ADEPTUS ASTARTES

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 L'Ange Gabriel

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Dim 23 Déc 2012 - 15:23

Merci pour les infos et les corrections. Le texte a été écrit un an avant la sortie du nouveau codex eldar noir si je me souviens bien, ce qui explique ces petits décalages. De la même façon ces derniers sont moins bardés de piquants et de barbelés qu'auparavant.

La suite demain Wink

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Le fusil laser est la seule arme de l'univers qui soit une arme jetable. C'est plus pratique pour courir.
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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Dim 23 Déc 2012 - 15:47

Alors vivement demain !

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Lun 24 Déc 2012 - 9:24

La Voix dans le Voile, Chapitre 2 : Coup de Grâce à Quatre

Fermement harnaché à l’habitacle du module d’atterrissage, Severian était balancé par les secousses dues à la pénétration à haute vélocité dans les différentes couches de l’atmosphère de l’engin d’assaut. Il semblait que les lois de la physique avaient décidé personnellement de mettre à mal le vieux Chapelain et son escouade, que Quatre leur refusait obstinément le passage et fit tout pour les empêcher de toucher son sol. Mais cela ne l’empêchait nullement de chanter des cantiques sacrés de toute la force de ses poumons génétiquement améliorés. Cela suffisait bien par soi-même à couvrir les hurlements des vents alors que le drop pod traversait comme une balle les cieux de Quatre. Mais la puissance des amplificateurs vocaux de son armure éclipsaient les mugissements de l’air et le réduisait à une simple plainte. La future plainte que tous les damnés de cette maudite planète allaient bientôt pousser ! Une plainte de désespoir et d’agonie !

Soudain, sans crier gare, il sentit une énorme pression sur ses épaules, une pression qui le collait littéralement à son « siège » encore plus fort qu’il ne l’avait été jusqu’à présent. Les rétro-fusées s’enclenchaient. Le sol n’était plus loin. Il ne fallut que quelques secondes pour qu’en un tonnerre retentissant le module se pose enfin sur la planète. Les sangles et les harnais se désactivèrent automatiquement. Un quart de seconde plus tard, les rivets explosifs éclataient autour des plans de sortie et l’escouade Kardiel se rua au dehors, reprenant les Litanies de la Haine que Severian lançait d’une voix forte comme un défi à ces Xenos qu’ils allaient anéantir.

Mais ils ne tuèrent personne. Pour la simple et bonne raison qu’il n’y avait personne à tuer.

-A couvert, vers ces bâtiments là-bas ! hurla Severian. Ce sont eux qu’il faut prendre en premier lieu ! En avant !

Les Dark Angels se précipitèrent dans la direction que leur indiquait le Chapelain, et traversèrent au pas de course les cratères béants et les monceaux de gravats qui recouvrait à présent la place. Certains fumaient encore. Au loin, quelque chose était illuminée d’éclairs et d’explosions. Le Palais Doré. Loin au-dessus de leur tête, quelque chose de gigantesque leur cachait le soleil. L’Isiah ! Le soleil pourtant réapparu. L’Isiah se désengageait et remontait vers une orbite plus haute. Les choses se montrèrent alors dans toute leur étendue.

Ils étaient tombés en plein jour de marché. Des échoppes, des boutiques, des marchands et de leurs clients, il ne restait plus rien, ou presque. Les éclopés qui tentaient de fuir la place étaient abattus impitoyablement par les systèmes de tir automatisés Deathwind, qui d’un bolt de canon d’assaut, qui d’un shrapnell libéré par un missile. Les Dark Angels sécurisaient tous les bâtiments qui leur avaient assignés sans coup férir. La riposte était trop surprise pour arriver aussi vite. Ils les avaient pris de court.

Severian et ses hommes se jetèrent à l’assaut d’un second bâtiment, après que le premier ait été investi par une escouade Dévastator. Ils massacrèrent sans pitié aucune les Xenos qui étaient là, et grimpèrent les étages les uns après les autres dans un ouragan de destruction. Severian grimpa sur le toit. Tous les objectifs principaux étaient pris. Il donna le signal convenu à Gabriel, qui le relaya aux Thunderhawks transporteurs en orbite stationnaire afin qu’ils entament le débarquement du matériel lourd.

Le Chapelain redescendit d’un étage et s’attarda sur le palier de l’escalier à détailler un de ces extraterrestres. Ils étaient plus grands, fins et émaciés, semblables à des humains mais avec une cavité céphalique plus développée, plus étirée en hauteur. Leurs membres semblaient décharnés tant ils étaient minces. Leur peau était presque diaphane. Ils portaient des habits, des justeaucorps de tissus passés sous d’amples robes souples et légères, aux couleurs vives et variées. Leur tête également était couverte par des voiles bigarrés, de sorte que l’on ne leur voyait que les yeux.

-Les xenos répliquent, Frère Severian. Contacts hostiles en approche par l’Est et le Sud, secteurs Alpha 8 et 9, Gamma 5 et 7. Distance sept-cent mètres.

-Tenez vos positions, pas de quartiers ! Le matériel lourd débarque en ce moment même !

Il afficha dans son heaume l’affichage tactique. Ses escouades avaient établis un solide périmètre de sécurité et il était évident qu’ils ne seraient jamais délogés de là. La seule inconnue était le nombre de Dark Angels qui allaient oeuvrer pour Son service jusqu’au sacrifice suprême. Les points rouges apparaissaient sur sa grille verdâtre au fur et à mesure que les auspex les détectaient. Leur masse s’écrasait sur les positions de la Troisième Compagnie. Sur l’affichage tactique, le massacre des guerriers xenos semblait identique à une barrière invisible tendue de part en part des secteurs attaqués et qui avalait tout ce qui essayait de passer au travers.

-Frères, nous sommes sur leur flanc gauche. Nous allons nous enfoncer dans leurs arrières et massacrer tout ce qui se présentera. Je vais demander à Redemption de nous appuyer.

Les Astartes redescendirent et foncèrent droit vers les lieux où l’ennemi se portait à l’assaut. Dans leur course, ils se trouvèrent rejoint par Frère Makarios. Makarios était le premier Dreadnought de la Troisième Compagnie. Ses deux bras armés d’autocanons jumelés couvraient la grande rue que Severian et son escouade traversaient à grands pas. Il leur adressa un salut au timbre métallique, et les suivit dans leur course.

La grille tactique indiquait une présence adverse à deux-cent cinquante mètres. Un rugissement bestial retentit. Makarios s’était arrêté, et son torse pivota. Ses systèmes d’amplificateurs vocaux émirent un rire sarcastique aux accents guturaux. Sa voix résonna sur le canal radio.

-Tentative de débordement secteur Gamma 4. Pauvres fous !

Ses autocanons ouvrirent le feu dans un tonnerre de détonations sèches, envoyant un dense réseau d’obus d’un calibre de 37mm balayé l’artère. Il fit quelque pas en arrière, se positionna au centre de la chaussée, comme en un geste de défi, et un déluge d’explosifs submergea la colonne Xenos. Leurs chars anti-gravs étaient gracieux et légers, mais aussi frêles que leurs constructeurs et les terribles obus que crachaient les tubes de Makarios faisaient un carnage dans leurs superstructures chétives. Ces engins étaient taillés pour la grande manoeuvre et le terrain ouvert, pas pour ce genre de combat urbain. Déjà trois d’entre eux brûlaient d’un feu d’enfer, un quatrième explosa et répandit alentour de terribles débris qui fauchèrent comme du blé mur les malheureux soldats Xenos. Ces derniers cherchèrent à gagner le couvert des immeubles, d’où ils pourraient mettre leurs armes en position et répliquer. Les Dark Angels avaient déjà affronté ce genre de technologie, et ils savaient que s’ils parvenaient à installer leurs armes lourdes, Makarios devrait lui aussi se mettre à couvert.

-Dark Angels, suivez-moi ! Pour le Lion !

Severian entraîna avec lui les vétérans. Il transmit son changement de plan à Gabriel. Celui-ci acquiesça et signala qu’il allait sauter avec l’escouade Saariel pour soulager la pression sur les lignes de l’Astartes. Le Chapelain glissa un regard vers le Thunderhawk. Ce dernier tirait avec toutes les armes dont il disposait tout en faisant mouvement de manière à remonter la ligne de front dans un sillage de destruction. Derrière lui, Makarios les couvrait d’un tir de suppression précis.

Severian décrocha une grenade de sa ceinture, l’arma et la lança avec force à travers une embrasure circulaire au rez de chaussée. Les obus de 37mm ravageaient la façade du premier étage. Les Fils du Lion se jetèrent à l’intérieur. Et aussitôt, l’Investigateur abattit son Crozius Arcanum sur un adversaire. La masse énergétique fendit de part en part l’extra-terrestre malingre. Leurs savantes technologies qui utilisait une énergie multi-phasée ne leur servait à rien face à la colère d’un Chapelain. Ses vétérans eux aussi massacraient à tour de bras, leurs bures blanches se tachaient du sang bleu des créatures à mesure qu’ils frappaient et tuaient. Un adversaire qui portait un casque empanaché chargea le vieux Dark Angel. Il portait une espèce de vouge dont la lame était constituée d’un entrelacs d’arcs électriques. Cela ne lui disait rien de bon, aussi lui expédia-t-il un bolt en pleine figure. Le projectile explosa sans causer le moindre dommage sur un bouclier énergétique que Severian n’avait pas encore vu. Les choses se corsaient. L’ennemi avait aussi ce genre de champs protecteurs portables...

Le Chapelain se jeta à l’assaut. Il battit le faisceau d’énergie d’un revers de son Crozius puis avant que l’autre n’ait pu revenir en garde, il trancha en deux la dangereuse arme. Le guerrier ennemi fut surpris et ses yeux s’écarquillèrent tandis qu’il regardait la pointe de son arme crépitée faiblement de quelques étincelles avant de mourir. A travers son heaume, Severian émit un ricanement sardonique, et fit pleuvoir les coups sur l’extraterrestre. Au bout du troisième, le bouclier céda et la masse fendit du cou jusqu’au thorax le soldat ennemi. Il s’effondra dans une odeur atroce de chair grillée.

Kardiel lui fit savoir que le bâtiment était à eux. Restait le second. Severian regroupa son escouade et ils traversèrent la rue à l’assaut de la seconde bâtisse en hurlant les Litanies de la Haine.

__________________________________________________


Le Thunderhawk lâchait bordée après bordée de son énorme canon. Les cratères qu’il ouvrait dans la cité étaient terrifiants pour tout autre qu’un Space Marine. Il pulvérisait des constructions entières, et tous ceux qui avaient eu la folie de s’y croire en sécurité. Gabriel regardait la contre-attaque ennemie se développer sous ses pieds. Il était debout devant la rampe d’assaut abaissée de l’engin, et tenait fermement une haussière de sa main gauche. Deux traînées de fumée jaillirent, longèrent la rampe et le dépassèrent quand l’artilleur lança deux missiles en direction d’une colonne de chars élégants mais bardés d’armes étranges. Les deux unités de têtes explosèrent, le troisième préféra faire machine arrière et se dégager. Au sol, la contre-attaque avait été endiguée, et à présent que le matériel lourd des Dark Angels venait épauler les Frères de Bataille, il n’y avait plus aucune chance de les déloger de leurs positions. La première vague, composée d’une meute de bêtes féroces, avait été brisée sans mal. La seconde était venue l’appuyer, mais les unités qui la composaient s’étaient retrouvées engluées dans un duel de tir qu’elles n’avaient pas pu soutenir au fur et à mesure que le soutien blindé était déployé. Eliminant avec minutie une poche après l’autre, les Impardonnés avaient annihilé la seconde vague. A présent, il fallait tenir la zone, chose que Frère Harridan, le Techmarine du contingent, s’était attelée aussitôt son débarquement à faire à l’aide de modules automatiques Tarentules.

Il n’avait même pas été besoin d’engager les réserves que constituaient les escouades 4, 5, 6 et 7 de la Deathwing qu’on lui avait confié pour traquer Cypher.

-Occularis à Gabriel, à vous.

Frère Gamélion, depuis le Damoclès de commandement, tentait de le joindre.

-Gabriel à Occularis, j’écoute.

-Les Auspex ont repérés une concentration ennemie dans le secteur Espsilon 5. Une cinquantaine d’unités, et pour l’instant cinq échos correspondant sans doute à des chars. A vous.

-Reçu Frère Gamélion. On va y jeter un oeil. Transmettez l’ordre à la Deathwing de sauter sitôt reçu les coordonnés de ma balise personnelle. Gabriel terminé.

-Bien reçu. Occularis terminé.

L’ennemi concentrait sans doute ses forces de manière à lancer une troisième contre-offensive. Gabriel ordonna à son pilote de se dérouter vers le secteur indiqué. Il allait tuer dans l’oeuf les projets ennemis.

-Saariel, dites à vos hommes de se tenir prêt à sauter, fit-il savoir au sergent en se retournant.

-Cible localisée Maître Gabriel. A 11 heures, distance cinq cent mètres.

-Ouvrez le feu. Faites un passage et ratissez-moi tout ça, nous sauterons à cinquante mètres de l’objectif.

-A vos ordres, Maître Gabriel.

Une détonation sourde et forte à la fois ponctua l’échange. Le canon du Thunderhawk tirait encore et encore sur la concentration de troupes ennemies, creusant de larges saignées dans les unités. Les extraterrestres coururent se mettre à couvert. L’aéronef lança ses derniers missiles, dont l’un des deux atteignit un des chars adverses. Ce dernier se mit à émettre une forte fumée. L’équipage se précipita au dehors.

L’escouade Saariel se rassembla derrière le Grand Maître. Il se tourna vers eux, et leur dit simplement :

-Allons-y.

Et il se jeta dans le vide.

-MFT-

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Lun 24 Déc 2012 - 12:38

Le récit est toujours aussi prenant.

Mais je continue mon oeuvre critique :

Citation :
Il afficha dans son heaume l’affichage tactique
Il faudrait peut-être trouver un synonyme au substantif (les données tactiques, par exemple) ou au verbe (actionna, activa ?)...

C'est vraiment du petit détail...

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Lun 4 Fév 2013 - 19:01

Intronisation, Chapitre 14 : Vétéran

Gabriel se trouvait agenouillé au centre du choeur de la chapelle d'honneur du Roc, simplement vêtu de sa bure cérémonielle brune. Devant lui se trouvait l'autel qu'il avait déjà pu détaillé lorsqu'il avait été amené ici par Naaman lors de son initiation au sein de la confrérie des Frères de batailles. Derrière cet autel trônaient les bannières sacrées des Dark Angels, les trois étendards qu'avait brandis un nombre incalculable de vétérans au cours de plus de dix millénaires de guerres. Ces précieuses tentures étaient contemporaines des premiers temps de la Légion, un temps où l'Empereur lui-même marchait encore parmi les siens, un temps où le Lion menait ses Astartes de victoires en victoires. Ces reliques pendaient majestueusement au mur, dans une abside au décor magnifique.

Aussi étrange que cela puisse paraître, malgré le fait que la Chapelle fut creusée loin dans les profondeurs du Roc, les vitraux lumineux et chamarrés brillaient d'une lueur claire, lançant des jeux de lumière bigarrées sur le sol dallé, animant les bas-reliefs et les frises sculptées des murs, des arcs gothiques et des voûtes. L'ensemble était somptueux.

Gabriel priait et méditait depuis une bonne dizaine d'heures déjà. Il ne montrait pourtant pas de signes de fatigue, sa robuste constitution ayant beaucoup gagné en endurance après les nombreuses campagnes auxquelles il avait participé. Il lui semblait qu'il était bien loin le temps où, jeune scout de la Dixième Compagnie, il avait été amené par son sergent-instructeur dans ces mêmes lieux pour intégrer au terme d'une série de rites initiateurs le cercle des Space Marines. Soixante-quatre missions et trente-sept ans plus tard, il était à nouveau enfermé dans la solitude, la prière et la réflexion.

Gabriel était jeune, très jeune, et lorsqu'au retour de l'expédition de Morden Prime, il fut appelé par le Grand Maître Belial à intégrer les rangs de la prestigieuse Première escouade tactique de la compagnie, au cours de la traditionnelle cérémonie de clôture d'une opération, il fut le premier étonné. Il n'avait pas encore un seul clou d'ancienneté rivé à son front ! Mais peu importait à Belial. Ce dernier lui remit les Lauriers impériaux pour l'avoir tiré d'une mauvaise passe face à un Talos eldar noir, et lui assura que la liste de ses faits d'armes constituait le meilleur des rivets d'ancienneté qui soit. Gabriel était donc promu parmi les meilleurs guerriers de la compagnie et reçu un tonnerre d'acclamations afin de saluer dignement cet honneur.

Cependant, au lieu de l'accueillir à bras ouverts comme il l'avait tout d'abord imaginé, ses nouveaux camarades ne lui adressèrent pas la parole et le rejetèrent constamment à l'écart. Même dans les exercices de combat, à la palestre réservée aux officiers et vétérans, cette conduite se perpétuait. Gabriel pris d'abord cette attitude comme une marque de dédain réservée à un parvenu, comme une forme de jalousie à l'encontre de sa fulgurante ascension, et cela heurtait profondément sa croyance en une confrérie homogène et solidaire de guerriers telle qu'il imaginait les membres de la première escouade. Quelle chute ses idoles faisaient-elles de leurs piédestal ! La camaraderie de la septième escouade commençait à lui manquer. Gabriel se résolu à considérer ce mépris comme une période probatoire, et pria l'empereur de faire parvenir au plus vite un quelconque appel désespéré d'un quelconque gouverneur impérial d'un quelconque système envahi, afin de leur montrer au plus tôt que son mérite n'était pas usurpé. Mais rien ne vint....

Heureusement, le trajet ne fut pas long. Au débarquement, à peine était-il entré dans ses anciens quartiers pour déménager les quelques affaires qui ne partaient pas avec lui en campagne que s'encadra dans la porte le vieux Severian. Son mentor lui fit signe de le suivre, après s'être toutefois habillé de sa seule bure de cérémonie. Il l'accompagna ensuite dans le dédale de couloirs qui serpentait à travers le Roc, et l'Investigateur l'abandonna finalement sans dire un mot dans la Chapelle d'Honneur.

Gabriel comprit qu'il était à un nouveau seuil de son existence de service, au seuil d'un nouveau rite d'initiation.
Aussi se mit-il à prier et à réfléchir sur ses années de service, sur ce que signifiait pour lui l'honneur d'appartenir au Chapitre des Dark Angels, le plus glorieux des Chapitres de l'Adeptus Astartes. Il s'interrogea longuement sur le sens que sa vie avait eu jusqu'ici, à toutes les actions qu'il avait entrepris, les erreurs qu'il avait commises et les réussites ou les exploits qui l'avaient illustré. Lorsqu'il se trouvait être en panne, ou qu'il avait besoin de souffler un peu et de laisser retomber sa concentration, il s'absorbait dans la contemplation du décor fantastique qui l'entourait.

Enfin, il entendit un pas lourd, le pas de bottes de céramite, résonner sur le sol dallé. Il se remit lentement debout, puis se retourna pour faire face au Chapelain Abraxas. Le terrible Astartes portait une bure blanche sur son armure noire, ornée de deux galons de pourpre tout le long du bord inférieur. Abraxas avait revêtu son casque au faciès morbide, et se tenait droit, sans arme mais pourtant tout à fait menaçant, comme si son simple aspect était la meilleure des armes qui fut.

-Viens.

Gabriel lui emboîta le pas dans la direction de la sortie, qu'ils franchirent dans le plus profond silence. Aussitôt dehors, ils furent encadrés de part et d'autre par deux de ces petits êtres étranges que l'on appelle « Ceux-qui-regardent-dans-les-Ténèbres ». Ils descendirent de plus en plus profondément, sans croiser quiconque dans les couloirs. Enfin, après avoir tourné dans un dernier couloir fort obscur et descendu un dernier escalier, ils s'arrêtèrent devant une massive porte de bois d'ébène, marquée de l'épée ailée. Sur le linteau de granit, courait une maxime gravée en haut gothique : « Rien de ce qui entre ici n'en ressort ». La porte elle-même était gardée par deux autres petites choses encapuchonnées.

-Je suis Frère Abraxas, Chapelain de la Troisième Compagnie. J'amène avec moi Frère Gabriel, valeureux Dark Angel et prétendant au Premier Cercle.

L'un des deux capuchons traça une série de signes mystérieux de ses manches, puis le second poussa la porte qui s'ouvrit sans peine. Les Astartes entrèrent.

Ils pénétrèrent dans une salle obscure et voûtée, éclairée de candélabres et d'un vaste chandelier. Le long d'une table, étaient assis sept Space Marines, tête nue, le casque posée sur la table. Gabriel les reconnu tous et fut impressionné : il s'agissait du Grand Maître Suprême Azrael lui-même, de ses deux lieutenants Sammael et Bekenel, de Belial, de Severian, du Maître-Archiviste Ezekiel et enfin d'un dernier personnage qui semblait moins humain que cybernétique : le Maître de la forge Toleus. Abraxas fit le tour de la table et vint s'assoir sur le dernier siège de libre, laissant Gabriel seul face à l'assemblée, au garde-à-vous.

Azrael prit la parole :

-Frère Gabriel, dit-il, Maître Belial t'a jugé digne au sortir de la campagne de Morden Prime d'intégrer le rang prestigieux de vétéran du Chapitre. J'ai donc décidé de réunir le Cercle Intérieur en son conseil restreint pour que nous tranchions si oui ou non cet honneur te serait accordé. Au vu de ton dossier et de tes états de service, n'importe quel Chapitre de l'Astartes t'aurait promu à cet honneur. Cependant, les Dark Angels ne sont pas n'importe quel Chapitre de l'Astartes, en conviens-tu ?

-Par le Lion, acquiesça Gabriel !

-Les Dark Angels estiment qu'un bon vétéran est non seulement un loyal serviteur de l'Empereur, non seulement un excellent combattant, mais qu'il est aussi capable de comprendre par son expérience et son intelligence le sens profond des choses. Un vétéran doit savoir mené une escouade, doit savoir comment réagir dans des situations inédites, et pour cela il doit être capable de se faire une idée la plus précise qui soit du problème qu'il affronte. C'est cette capacité d'analyse que nous allons jugé à présent.

-Je suis prêt à me soumettre à votre jugement, Frère Azrael.

-Bien. Tout d'abord, j'aimerais savoir à qui va ta loyauté.

Gabriel fut surpris mais ne cilla point. Il se serait attendu à une question moins plate !

-Ma loyauté va à l'Empereur et au Chapitre.

-Comment s'exprime la volonté de l'Empereur ?

-Par la voix du Haut Conseil de Terra.

-Et comment est-elle relayé ?

-Par l'Administratum.

-Mais s'il advenait que momentanément, la volonté de l'Administratum et celle du Chapitre divergeait ?

-Servir le Chapitre, c'est servir l'Empereur.

-Pourquoi ?

-L'Empereur est notre Père, nous sommes à son service exclusif et n'avons pas à dépendre des volontés de l'Administratum.

-Mais c'est celle du Haut Conseil ?

-Le Haut Conseil n'a autorité que sur ce qui le concerne. L'Astartes relève directement de l'Empereur, pas du Haut Conseil. Les Dark Angels sont Ses Prétoriens, nous Le servons en servant le Chapitre.

-Je me souviens d'un épisode douloureux, qui eu lieu lors de ta première mission au sein de la Troisième Compagnie, fit Abraxas, après la coûteuse victoire du pont de Gerzéel. T'en souviens-tu ? Te souviens-tu de ta réaction ? Es-tu sûre qu'elle est bien en accord avec ce que tu viens de déclarer ?

-Je m'en souviens, Frère Chapelain, répondit Gabriel en tournant la tête vers lui. Nous avions abandonné la position après l'avoir si chèrement défendu, et quitté la planète sans donner d'explications au Munitorum. A l'époque j'avais réagi violemment... et vous m'aviez remis à ma place de la même manière, ajouta-t-il en se massant légèrement le menton. Un sourire fugace éclairci le visage d'Abraxas et d'Azrael. Mais j'étais jeune et je n'avais pas encore autant mûri ma réflexion qu'aujourd'hui, reprit-il. Les prêches du Chapelain-Investigateur Severian m'ont fait comprendre beaucoup de choses. Je dois ajouter qu'en bonne part, ma réaction à l'encontre de notre redéploiement avait été suscité par mon désir de venger mes frères tombés au combat.

-La vengeance est un juste sentiment, et un sentiment honorable, néanmoins comme je te l'avais alors déclaré, tu vengeras tes frères à chaque fois que tu abattras un adversaire. La vengeance est l'un des plus beaux cadeaux que l'Empereur ai fait à l'Humanité.

-Oui, Frère Chapelain, et je dois dire que je les ai vengé depuis longtemps, et que je continue de le faire. Mais à vrai dire, je ne combats pas pour eux. Je combats pour l'Empereur. La vengeance n'est qu'un instrument qui me sert à décupler mes forces pour Son service.

Abraxas ne répondit rien, mais Gabriel sentit qu'il l'avait touché.

-Si je lis ton dossier, enchaîna Ezekiel, je vois que le sergent instructeur Naaman fait l'éloge de tes capacités d'appréhension de la tactique et de la stratégie. J'y lis aussi que tu étais passionné par les récits du Chapitre qu'ils vous racontait. Il y loue notamment le fait que tu répondais toujours avec exactitude à ses questions. Comme c'est aussi mon rayon, fit-il en s'autorisant à son tour un léger sourire, j'aimerais tout d'abord me rendre compte de ta connaissance en la matière. Pourrais-tu par exemple me résumer l'histoire du dernier chevalier Barracide ?

-Cette histoire remonte à l'époque de Caliban, quand le Lion était encore chevalier de l'Ordre. Gottwald, de la lignée des Barracides, quitta le donjon de sa famille pour une vie d'aventure au service de ceux qui souffraient des ravages des créatures des ténèbres. Il laissa la gestion de ses domaines et l'éducation de son jeune fils à son beau-frère. Lorsqu'il revint quinze ans plus tard, ses affaires les plus juteuses étaient devenues les possessions de son beau-frère, et les autres avaient périclité. Plus personne ne voulait le reconnaître, pas même son fils que son tuteur avait transformé en un monstre de cruauté. Gottwald jugea qu'ils avaient été pervertis par l'influence du Chaos et les massacra jusqu'au dernier.

-Que retiens-tu ?

-Que quiconque dévie s'expose au juste courroux du vertueux. Il faut savoir faire montre d'intransigeance face à la corruption. C'est pourquoi le dernier des Barracides s'est conduit en héros. Il a pourchassé et tuer jusqu'à son propre fils pour laver son honneur et extirper la perversité maligne du Chaos. C'est une lutte constante qui ne souffre aucune pitié, et aucune compromission.

-Voilà qui est bien dit. Parle-moi du jugement des trois fils du Grand Maître Phéanor.

-Phéanor était le dirigeant d'un ordre de chevalerie lignagier. Il avait trois fils et ses trois fils conspirèrent pour renverser leur vieux père. Lorsqu'il l'apprit, Phéanor fut terrifié car ils étaient ses seuls successeurs à la tête d'un ordre qu'il venait à peine de contribuer à redresser d'un schisme hérétique. Pourtant, il les fit mettre à mort et exécuta lui-même la sentence comme la coutume l'exigeait. On rejoint ici une dialectique assez semblable au récit précédent : Phéanor se trouve face à la trahison de ses êtres les plus chers et se trouve confronté à un dilemme : doit-il être indulgent et céder sa place contrairement à la justice et son rôle de chef, ou se conformer à ce qu'exige sa charge, fût-ce un si énorme sacrifice ? Phéanor lui aussi est un héros car il choisit de sacrifier l'oeuvre de toute une vie au profit de la justice que réclamait sa dignité.

-Que signifie pour toi : n'oublie jamais, ne pardonne jamais ?

-C'est la maxime qui doit nous guider dans notre lutte contre la corruption, mais je dirais qu'elle ne va pas sans celle-ci : « un moment d'égarement entraîne une éternité d'hérésie ». A partir du moment où l'on traque l'hérésie, la lutte doit être menée jusqu'à son terme, sans pitié, sans remords et sans doutes. Surtout sans doutes. Le doute, c'est le début de l'hérésie car c'est remettre en question Son service.

-Pourtant il est possible de douter : on peut se trouver dans la situation où Son service peut requérir des actions différentes et contradictoires. A ce moment-là se pose la question suivante : que dois-je faire pour m'acquitter au mieux de mon devoir envers l'Empereur ? N'est-ce pas ?

-Je sers l'Empereur en servant mon Chapitre : je prendrais la solution qui ira dans son intérêt, car se sera celui de l'Empereur par voie de conséquence. Mais je laisse le doute à mes supérieurs : j'exécuterai leurs volontés.

-Tu as une telle confiance en tes supérieurs ?

-Dans la mesure où ils ont très certainement passé cet examen avant moi, oui, répondit Gabriel avec malice. Ils comprennent certainement des choses qui me sont encore inaccessibles. Ils savent donc mieux que moi comment servir l'Empereur au mieux.

Un ange passa. Azrael griffonna quelque chose sur un parchemin, laissa retomber la plume puis se redressa. Il fit simplement :

-Bien. Le cercle intérieur va se retirer et délibérer.

Ils se levèrent tous et se dirigèrent vers une porte dérobée, qu'on eu pas soupçonnée tant l'obscurité la cachait. Tous les officiers s'y engouffrèrent et le dernier referma la porte dans un bruit sourd. Gabriel resta seul, anxieux. Il espérait avoir bien répondu aux questions et satisfait son jury. Il avait bien conscience que si l'avis était défavorable, c'était son arrêt de mort. « Rien de ce qui entre ici n'en ressort » proclamait l'inscription sur le linteau qui surplombait l'entrée. Il savait de par son expérience que dans le Chapitre, le secret était de mise, et dans qu'il n'existait aucune pitié lorsqu'on encourrait une sanction. L'examen l'avait bien rappelé. Au seuil d'accéder sans doute à un rôle privilégié au sein du Chapitre, avec les responsabilités qui incombaient, il ne lui serait pas témoigner de remords s'il contrevenait aux exigences. Ce qui l'intriguait, c'est que jusqu'ici rien de nouveau ne lui était apparu, en tous cas rien qui justifia de mettre à mort ceux qui échouait aux tests. Lui restait-il donc des épreuves à passer ?

De plus, Gabriel devait bien avouer qu'il était déçu : il s'attendait à obtenir des réponses aux questions qui le torturaient jour et nuit lorsqu'il ne combattait pas, à l'exercice comme en campagne. Ces réponses n'étaient pas venues, et il savait qu'il ne pouvait pas les poser. Les Dark Angels étaient un Chapitre dans lequel le secret était la règle. Le silence qui pesait sur certains détails qui avait heurtés Gabriel était si lourd qu'il en disait plus long qu'il ne l'aurait voulu. En voyant la maxime qui frappait le linteau de l'entrée, le jeune Astartes avait secrètement espéré qu'enfin, il obtiendrait des éléments de réponse, aussi terrible et aussi dangereuse serait-elle. Qu'on lui donna une piste ! Il s'en débrouillerait et son intelligence ferait le reste !

Il en était là de ses réflexions quand Severian repassa la porte. Dans l'obscurité, et tout accaparé qu'il était par ses pensées, Gabriel n'avait pas vu la porte s'ouvrir. Le vieux Chapelain avait repassé son casque à tête de mort. Il avança jusqu'au centre de la pièce.

-Suis moi.

Gabriel obéit. Il franchit à nouveau la porte sous les talons de son mentor, et déboucha dans une pièce de faible dimension, éclairée par quatre grandes torches, accrochées le long de quatre colonnes portant les arcs d'une voûte gothique. Au milieu trônait sur un piédestal une coupe d'or, sur laquelle était posée un pièce de tissu blanc. Il s'agissait de la mythique Coupe du Châtiment.

-Le Cercle Intérieur en son conseil restreint agrée ta promotion au rang des vétérans, cependant il souhaite t'imposer une dernière épreuve.
-Je me soumets à la sagesse de son jugement. Je suis prêt à affronter cette dernière épreuve.

-Oh, elle est assez simple en fait, fit Severian de manière assez surprenante -s'exprimer de cette manière ne lui était pas coutumier-. Le conseil souhaiterait seulement savoir si tu connais parfaitement l'histoire du Chapitre.

Quelle question étrange ! Il était du devoir de tout novice de la connaître dans les moindres détails. Cette question banale devait certainement renfermer un piège, et peut être le ton badin qu'avait employé le vieux chapelain en était un indice supplémentaire.

-La première Légio Astartes que créa l'Empereur fut celle des Dark Angels. Elle lui servit de garde personnelle jusqu'à ce qu'il retrouva le Lion sur Caliban. Sous son commandement, nous conquîmes les étoiles et nous libérâmes plus de monde que n'importe quelle autre Légion, à l'exception de celle de l'Archi-hérétique. Lorsque celui-ci révéla sa vraie nature de fourbe, de faux et de parjure, le Lion avait été envoyé selon ses ordres accompagné du Loup à l'autre bout de la galaxie, afin que nos guerriers ne renversent pas le cours des choses comme il l'aurait fait. Le Loup nous retarda tellement à vouloir purifier chaque monde rebelle de l'hérésie que lorsque les deux flottes arrivèrent au dessus de Terra, le drame était fini et elles ne trouvèrent qu'un palais dévasté, un Horus mort et l'Empereur blessé grièvement, placé d'extrême urgence sur le Trône d'or. Furieux, le Lion se brouilla définitivement à le Loup et rentra aussitôt sur Caliban afin de rassembler sa Légion et partir aussitôt à la poursuite des fuyards, avec les Ultramarines de Roboute Guiliman, les Imperial Fist de Dorn et les restes des légions qui n'avaient pas trahies l'Empereur. Mais comme le Lion mettait sur pied son expédition, une gigantesque invasion du Chaos déferla sur Caliban et les créatures des ténèbres surgirent à nouveau des forêts dont on croyait qu'elles étaient pourtant débarrassées de cette souillure. Finalement, après un combat titanesque, Caliban fut presque entièrement détruite et près de la moitié de la légion avait péri. Le Lion décida d'un plan audacieux et il passait par sa propre mort : il ordonna qu'une fois qu'il se serait jeté dans la mêlée, afin de retarder les hordes du Chaos, les Dark Angels, puisqu'ils ne pouvaient sauver leur monde, le bombarderait jusqu'à sa destruction totale afin d'en finir avec la corruption et l'hérésie. Mais il faudrait du temps et une diversion, c'est pourquoi Lion El'Jonson se sacrifia. C'est depuis ces temps que le Roc existe. L'histoire de notre Primarque est la plus belle histoire de sacrifice que les livres du Librarium raconte, frère Chapelain. Bien plus que celle du dernier Barracide ou de Phéanor l'Ancien, ajouta-t-il avec un air malicieux.

-Effectivement, c'est une belle histoire. Et c'est bien ce qu'elle est : une belle histoire.

-Que voulez-vous dire, Frère Chapelain ?

-Allons, je pense que tu peux le deviner toi-même, fit mystérieusement Severian d'une voix sourde.

-C'est à dire que tout cela n'est... qu'affabulation ? reprit Gabriel avec une pointe d'étonnement dans la voix.

-Non, les grandes lignes sont vraies, il n'y a que certains points que le Cercle Intérieur ne souhaite pas divulguer, et tu vas vite comprendre pourquoi. Lorsque le Lion revint sur Caliban, qu'il avait laissé à la garde de quelques uns de ses guerriers et du meilleur d'entre eux, son ami intime Luther, il fut frappé d'horreur et consterné. Il ne restait rien de l'ancienne garnison, les nobles Dark Angels avaient été complètement anéantis et sa planète était en proie au Chaos. Ce que voyant, le Lion comprit qu'il n'y avait plus aucun autre remède que l'Exterminatus. Du moins le pensait-il. Il entreprit de sauver ce qui pouvait encore l'être dans le plus grand des monastères de Caliban, la Tour des Anges, et fit déverser un tel déluge de feu sur son ancien monde que la planète se craquela, fut atteinte jusqu'à son noyau et finalement explosa en un fantastique champ d'astéroïdes. Mais la destruction des forces du Chaos n'avaient pas été totale. Des bandes de traîtres des légions renégates parvinrent à s'extraire de Caliban avant la chute finale. Pire, ils emportèrent avec eux des stocks importants d'implants génétiques du Chapitre. Lorsque le Lion l'apprit, il décida de partir lui-même à la poursuite des pillards, et il les pourchassa jusque dans le Maelström du Warp qui s'était ouvert dans les ruines de Caliban. Depuis, nul ne l'a jamais revu. En revanche, il apparaît de temps à autres des individus esseulés ou par petits groupes, qui portent notre héraldique et proclament sur le Chapitre des insanités dont la mort est le seul repentir possible. Ces faux Dark Angels sont créés à partir de notre patrimoine génétique. Mais en aucun il ne s'agit de nos frères : ce ne sont que des agents à la solde de l'Archihérétique Abaddon ! Leur seul souhait est de déstabiliser le Chapitre car il est l'un des plus puissants de l'Imperium. Ils veulent semer la discorde parmi les Adepta de l'Imperium, dans le seul but de le miner de l'intérieur afin que le suppôt des Dieux Sombres puisse l'attaquer. Ils s'attaquent à un symbole en répandant dans la populace des bruits infamants sur le Chapitre, afin de ruiner l'oeuvre de l'Empereur. Ces individus ne méritent que la mort, et c'est la tâche du Cercle Intérieur et du Premier Cercle que de les pourchasser sans relâche.

Severian se tut. Gabriel ne disait rien, pensant à juste titre que derrière son masque morbide, le Chapelain surveillait ses réactions. Il s'agissait certainement du véritable piège, et peut être le ton badin de l'Investigateur était-il sciemment étudié pour le lui faire soupçonner. Il étudia les révélations que venait de lui faire son supérieur. Ainsi, le Chapitre mentait sciemment à l'écrasante majorité de ses frères ! Le secret était si profondément implanté dans le cœur des Dark Angels que la confrérie des Frères de bataille que devait former chaque Chapitre de l'Astartes n'était somme toute qu'un vain mot chez eux ! Si en effet le Chapitre taisait des pans entiers de son histoire à la quasi-totalité de ceux qui œuvraient pour lui, comment encore croire qu'on était solidaires, mus par un même sentiment commun de fraternité ? Gabriel se sentait révolté. On lui avait menti depuis le début. Tout ce qu'il avait cru jusqu'à aujourd'hui, tout ce pourquoi il avait œuvrer jusqu'à aujourd'hui n'était rien d'autre que de la poussière. Tout ce qu'il avait chéri jusqu'ici n'était qu'un tissu de mensonge. Il se glorifiait chaque jour d'une belle histoire ! Pour tout dire, il se sentait trahi. Comment pourrait-il encore faire confiance à ses supérieurs, lui qui pourtant une dizaine de minutes auparavant louait la sagesse de ces derniers et ce faisait une fierté de servir en leur laissant la lourde responsabilité du doute !

Terrible responsabilité que le doute. Gabriel se remémora une petite phrase qu'on lui avait inculqué dans ses premières heureux de noviciat : « béni soit l'esprit trop étroit pour le doute ». A bien y réfléchir, Gabriel commençait à se demander si au contraire cette démarche n'était pas la meilleure qui fut: réserver le poids du secret, d'un secret si terrible, à une seule élite capable de l'assumer, c'était protéger les autres. Il était certainement mieux que le grand nombre n'en sache rien, continue de servir l'Empereur comme tout Space Marine de l'Adeptus Astartes, de peur que d'une part certains défaillent sous le poids d'une telle révélation, d'autre part certains soient perméables aux prêches hérétiques des imposteurs. Un moment d'égarement entraîne une éternité d'hérésie. Fournir le matériau pour semer soi-même les graines du schisme dans le Chapitre, pousser les Frères de bataille à l'hérésie, voilà effectivement tout ce qu'il y avait à gagner en révélant à chacun des frères ce secret. Mieux valait en effet le réserver à ceux dont en pensait qu'ils auraient les ressources suffisantes pour le supporter. Voilà qui justifiait de mettre à mort quiconque ne serait pas jugé assez fort pour le faire. C'était le devoir qui incombait au Chapitre, aussi lourd était-il : mentir, pour le bien de tous.

Pendant tout le temps qu'avait duré sa réflexion, Gabriel avait fait tout ce qui lui était possible afin de conserver un masque d'impassibilité, du moins un visage illisible afin que Severian n'y puisse y lire le désarroi qui tout d'abord l'avait envahi. Puis, au fur et à mesure qu'il avançait dans son raisonnement, il s'attacha à se composer un air marquant la résolution et la détermination. Car c'était certain à présent, c'était maintenant qu'avait lieu la dernière épreuve, l'épreuve décisive, voulue par le Conseil : les révélations étaient suffisamment dangereuses pour faire disparaître quiconque serait susceptible d'en faire un usage jugé contraire aux intérêts du Cercle Intérieur.

-Mentir pour le bien de tous n'est pas un acte pervers mais un mal nécessaire, lâcha-t-il finalement.

-Bien, mon garçon. J'ai toujours cru que tu me ferais cette réponse et je ne m'étais pas trompé. Je te félicite, Gabriel, tu seras un jour un grand héros du Chapitre. Prends la bure qui se trouve sur le calice, quitte l'ancienne et revêt-toi de celle-là.

Gabriel s'exécuta, quittant son ancien statut, devenant symboliquement un nouveau Gabriel, un membre de l'élite de l'élite de l'Humanité. Un vétéran du Chapitre des Dark Angels. Severian souleva la coupe, et la présenta à son ancien novice.

-Prends cette coupe, Gabriel, et jure de défendre le Chapitre quoi qu'il t'en coûte contre l'Hérésie. Jure de toujours chercher à châtier ces rebelles sans connaître le repos. Une fois ceci fait, tu prendras ce couteau et t'entaillera le pouce. Tu mélangeras ton sang au vin qui est au fond du calice. Puis tu boiras le tout, jusqu'à la lie.

Gabriel jura et s'exécuta, répétant un geste qu'il avait fait chaque année lors du Banquet des Maudits sans vraiment savoir ce qu'il signifiait. A présent il comprenait. C'était à la fois le renouvellement rituel du serment que chacun des vétérans prêtait lorsqu'il recevait l'honneur de partager le lourd fardeau du Chapitre. C'était aussi le symbole manifeste de l'union des initiés à ce secret et des autres dans le même désir commun : servir le Chapitre et l'Empereur, quelqu'en soit la forme, quelqu'en soit le coût.

Enfin il reposa la coupe. Severian lui désigna la sortie, de l'autre côté de la pièce, face à la première porte qu'ils avaient emprunté.

-Frère Chapelain, j'ai une question à vous poser.

-Pose-la.

-C'est à la poursuite d'un tel individu que nous dûmes de quitter sans avertissement la Croisade des mondes de Fulk après l'épisode du pont de Gerzéel ?

-C'est effectivement une illustration du sacrifice que le Chapitre se doit d'accomplir pour le bien de l'Humanité.

Gabriel acquiesça sans mot dire.

-Dois-je comprendre, interrogea le chapelain, que malgré ton discours sur cet incident tout à l'heure, tu n'étais toujours pas intimement convaincu de la noblesse de leur sacrifice ?

-Bien sûr que si, Frère Chapelain, tout mort au service de l'Empereur connaît le plus noble des trépas. Mais je peux définitivement tourner la page à présent que je connais le fin mot de cet incident.

-Ton attitude est noble, Gabriel. Je suis fier de toi. Tu iras loin, crois-moi. Sortons à présent.

Ils passèrent la porte basse de l'autre côté. Dans une vaste salle brillamment éclairée, aux tapisseries et aux vitraux colorés, une longue table l'accueillit avec des applaudissements. S'étaient réunis tous les hommes de la première escouade, qui vinrent le féliciter et s'adresser pour la première fois à lui avec chaleur depuis qu'il les avait rencontré. Gabriel compris qu'ils étaient liés par ce que lui-même venait d'apprendre, et qu'il ne pouvait pénétrer leur fratrie qu'une fois ce lourd secret connu. Abraxas fit signe à un grand nombre de serviteurs de commencer à servir le banquet, et tous les convives s'assirent. Belial, qui présidait la fête, s'assit seul en bout de table. Comme le repas s'achevait, il se leva, appela Un-de-ceux-qui-regarde-dans-les-ténèbres, et fit lever à son tour Gabriel. La petite forme encapuchonnée arriva avec un coussin de satin rouge de belle taille. Sur celui-ci reposait une belle épée, qui imitait en tous points celle qui frappait les armures des Dark Angels.

Belial la prit et la présenta à Gabriel. Ce dernier la reconnu immédiatement : c'était celle d'Ekar.

-Gabriel, fit le Grand Maître, en l'honneur de ton initiation à la confrérie des vétérans du Chapitre, et en remerciement de ton action d'éclat contre ce Talos sur Morden Prime, accepte de recevoir ce présent.

Gabriel s'en saisit, la main droite sur la poignée, la main gauche à plat sous la dangereuse lame, pour l'instant amadouée comme une auxiliaire bien dressée. Il admira le travail de l'artisan qui l'avait forgé. Une lame bien équilibrée, élégante et mortelle. Une belle garde, une poignée assez longue pour la manier à deux mains. Un pommeau lourd mais soigné.

-Il m'a semblé que tu te maniais cette arme de belle manière, et cela me chagrinait que vous soyez séparé tous les deux. Qu'elle soit ton alliée fidèle dans la bataille, et que votre alliance purge la galaxie des ennemis de l'Empereur. Fais-en bon usage.

-Merci Frère Belial. Je ne sais que dire, répondit-il.

-Eh bien, tu pourrais commencer par lui donner un nom, n'est-ce pas ?

-C'est juste, Frère Capitaine, mais j'aimerais qu'elle et moi fassions plus ample connaissance avant que je la baptise du nom qu'elle mérite.

Belial sourit et dit :

-Un jugement sans hâte et réfléchi est le plus sûr des jugements. Severian, qui me tanne à longueur de temps à ce sujet, a raison : tu feras un grand Dark Angel.

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Mar 5 Fév 2013 - 12:02

Encore !!!!

S'il te plaît...

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Mar 5 Fév 2013 - 13:38

La Voix dans le Voile, chapitre 3 : un visiteur... indésirable

Le pont de commandement du Winged Vengeance brillaient des lumières verdâtres, bleuâtres et rougeâtres des écrans de contrôle qui en habillaient les murs et les consoles. Des dizaines de serviteurs décérébrés, aux corps tronqués et greffés à leurs postes de travail, surveillaient un flot continue de données cryptées. Les vétérans de l'escouade de Gabriel allaient et venaient de l'un à l'autre, compulsant des rapports ou les apportant aussitôt à leur chef, lequel était penché sur une large table de travail, au centre d'une vaste passerelle supérieure qui surplombait la salle comme une mezzanine. En contrebas, un globe holographique d'un vert fluorescent était projeté par un appareil antique bardé de sceaux de pureté.

Gabriel lui-même étudiait en détail les projections pix qui défilaient sur l'écran du moniteur de son bureau. C'était une carte qui détaillait avec précision le positionnement de ses escouades qui assiégeaient le temple de la voix de l'Empereur, depuis maintenant une semaine. Il enrageait.

Cela faisait une semaine que sa compagnie avait débarqué sur Quatre, une semaine qu'ils avaient établi leur drop-zone et un retranchement inexpugnable contre lequel chaque jour et chaque nuit depuis une semaine venait s'écraser les attaques de l'ennemi. Cela faisait une semaine que sa compagnie piétinait, devant la fureur des assauts des xenos, obligés qu'ils étaient de devoir faire face aux agresseurs au lieu d'investir le Palais Doré. Cela faisait une semaine que les troupes assiégées à l'intérieur se barricadaient de plus en plus, et amassaient les défenses face à ses propres troupes. Gabriel en était réduit à des reconnaissances limitées, qu'il lançait avec ses scouts et les éléments de la Seconde Compagnie que maître Sammael avait mis à sa disposition en vue d'accomplir cette mission si hautement prioritaire pour le Chapitre : la capture de zéro-zéro-un, autrement dit Cypher, allias la Voix de l'Empereur.

Cypher avait été lui aussi un Dark angel, et connaissait bien les méthodes et les doctrines de ses anciens frères d'armes. Plus encore, c'était un vétéran de la Grande Croisade, et ses dix millénaires d'expérience du combat en avait fait un stratège particulièrement retors. Gabriel lui-même, qui pourtant n'était pas dépourvu de talent en la matière, devait bien admettre que l'adversaire était au moins du même niveau que lui. Et secrètement, il avait amèrement reconnu qu'il lui était supérieur... Du moins, jusqu'à ce que Gabriel eu trouvé sa faille, et ce jour adviendrait sous peu tant les efforts que le Grand Maître déployait pour y arriver étaient grands.

En fait, le problème majeur qui se posait à lui était qu'il n'avait tout simplement pas assez d'hommes ! Trop déjà avaient été mis hors de combat lors des différents assauts menés au cours de la campagne sur les autres planètes habitées du système. Et quand bien même cela n'eut pas été le cas, il lui aurait fallu certainement le concours d'une compagnie de combat supplémentaire pour mener à bien ses opérations. Le Cercle Intérieur avait vu trop juste en lui affectant seulements quelques escouades et escadrons de la Deathwing et de la Ravenwing en plus de sa seule Troisième Compagnie. Ceci dit, Azrael et ses conseillers ne pouvaient pas non plus se douter que Cypher allait se rendre maître d'un tel système et de toute une race xenos encore inconnue !

Gabriel dans l'immédiat se contentait donc de reconnaissances afin d'y voir plus clair dans le système de défense adverse. Il espérait que les attaques incessantes sur son périmètre finirait par s'épuiser, d'autant que ses propres pertes étaient bégnines, mais les ressources en hommes et matériel de l'ennemi semblaient inépuisables. Et tant que ces assauts n'auraient pas cessé, il était hors de question de passer à l'offensive et de percer une brèche dans les défenses du Palais. Cela, Cypher aussi le savait. Aussi s'efforçait-il de maintenir les Dark Angels en alerte et de se faire porter du ravitaillement par des infiltrations lors de ces attaques. La défense active que Gabriel avait mis en place parvenait toutefois à empêcher la plupart de ces tentatives de devenir des tentatives réussies.

Néanmoins, les propres approvisionnements de Gabriel n'étaient pas non plus illimités, et à ce rythme il ne pouvait pas espérer se maintenir plus d'une autre semaine. Il avait fait une demande expresse auprès du Roc pour obtenir des supplétifs, mais il ne s'attendait guère à une réponse rapide et pouvait attendre ces renforts pendant des mois si le Warp se montrait capricieux. Il fallait donc compter sans... Par conséquent, il devait trouver la solution dans les prochains jours. Mais Gabriel était confiant. Ses reconnaissances successives commençaient à porter leurs fruits et au fur et à mesure que les rapports complétaient sa carte pix, un plan de bataille prenait corps dans son esprit.

Il fut tiré de ses pensées par un appel de Béthor depuis la setion-contrôle Warp.

-Maître Gabriel, les senseurs détectent une anomalie Warp dans le secteur Omicron.

Se pourrait-il que ce fussent les renforts tant attendus, songea-t-il ? Mais non, c'était impossible, ou bien c'était l'oeuvre d'un caprice particulièrement favorable du Warp. Quelque chose disait au jeune officier que ce n'était certainement pas le cas. Que pouvait bien être cet empêcheur de traquer en rond ?

Gabriel descendit de la coupée, et se rendit près du moniteur. Son aide de camp lui montra sur l'un des écrans un écho qui se déployait en s'agrandissant, comme une corolle qui s'évidait progressivement en son centre.

-On dirait qu'un navire va émerger sous peu. Faites mettre le Winged Vengeance en position d'attaque face son point de sortie. Armes chargées et prêtes à tirer.

Les adeptes s'activèrent et un bourdonnement plus soutenu se fit entendre à mesure que les ordres étaient transmis et leurs réponses enregistrées en retour. Les cloisons tremblèrent quand les réacteurs à plasma passèrent au régime de manoeuvre.

-Branchez les auspex de longue portée, commanda Gabriel. N'émettez aucun codes de reconnaissance avant que nous sachions s'il s'agit d'hostiles ou d'amis.

Le navire s'ébranlait et se mettait rapidemment en mesure d'acceuillir l'intrus, à grand renfort de volées d'armes lourdes s'il le fallait.

-Faites signe à l'Isiah de dépasser le point de sortie et de se placer en embuscade de l'autre côté du champ d'astéroïde, dans le quadrant sept. les autres bâtiments resteront en formation avec le Winged Vengeance.

Sur l'écran, la corolle avait atteint une taille éminement respectable. Ce n'était donc pas un petit bâtiment qui allait faire son apparition, les précautions de Gabriel étaient donc loin d'être superflues. La perturbation Warp se précisait de minutes en minutes. Gabriel songea à l'astropathe qui, là-bas, dans les entrailles blindées du croiseur d'attaque, isolé dans un bunker ultra-sécurisé, voyait tout de son oeil unique et relayait au central toutes les informations qu'il percevait par le biais de kilomètres de cables et de circuits implantés dans sa chair. Les formes qui se dessinaient sur l'écran qu'il contemplaient, d'une couleur uniformément verdâtre, devaient certainement avoir une toute autre apparence pour l'aveugle du pont cinquante-quatre. Dans l'athmosphère hermétiquement close par les volets de combat de la passerelle du Winged Vengeance, la lumière des écrans donnait une ambiance très particulière au centre de commandement. Ils étaient les seuls choses qui permissent aux Astartes de percevoir ce qui se passait à l'extérieur et cela contribuait à leur donner le sentiment étrange d'être très limités.

La corolle était maintenant à peu près fixée, et à en juger par ses dimensions, il ne pouvait s'agir d'un simple contrebandier. Peut être un Space Hulk ou un cargo ? Cela simplifierait alors nettement la situation pour les Dark Angels. Mais Gabriel, sans qu'il sût comment, était à peu près certain qu'il s'agissait d'un navire de guerre, histoire rajouter encore une nouvelle contrainte à une campagne déjà bien pénible.

La perturbation se faisait de plus en plus précise et émergea soudain du Warp. Aussitôt, les senseurs entrèrent en action et dessinèrent sur les écrans de contrôle la forme constamment mieux définie d'un croiseur d'attaque Space Marine. Par le Lion ! Se pouvait-il vraiment que ... Gabriel décida d'en avoir le coeur net.

-Envoyez nos codes d'identification, et demandez les leurs en retour. Restez sur le qui-vive, mais ouvrez malgré tout les volets de combat. À cette distance, nous serons vite fixé, d'autant plus qu'il vient vers nous.

Quelques instants plus tard, les lourds rideaux blindés étaient relevés, et Quatre éclairait un peu de la lueur de ses océans les ténébres froides du vide spatial. Là bas, au devant de la proue du Winged Vengeance, se rapprochait à vive allure un bâtiment.

-Ca y est, nous captons ses codes d'identification ! dit frère Zelia, nouveau promu au sein de l'escouade de Gabriel.

Gabriel leva les yeux vers un autre écran et pesta. Ce n'était pas un navire en provenance du Roc. Plus précisément, ce navire n'avait pas du tout de base précise. Il grossissait à vue d'oeil. On put rapidemment distingué une grande croix blanche qui frappait la proue blindée et en étendait ses bras de part et d'autre. Gabriel soupira.

-Il demande une connexion holographique, Maître Gabriel.

-Branchez-nous.

Sur l'écran principal apparut une paire de solides moustaches, suivi d'un nez fort bien taillé et de deux yeux, petits mais perçants. Le reste du visage se précisa, et on distingua à l'écran un faciès noble, strié de quelques cicatrices, arborant une fière moustache et trois clous d'ancienneté au front. Les traits marquaient quelques traces de cet âge respectable, mais affichaient cependant une heureuse humeur.

-De Thierry Raimer, Sénéchal du Chapitre des Black Templars et commandant du croiseur Ophidium Gulf, à son glorieux frère de la prestigieuse Légion Prétorienne, salut !

-MFT-

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Mar 5 Fév 2013 - 17:00

Joli texte MFT Smile , et bel effet d'annonce!

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"Le pouvoir réside dans la Technologie."

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Lun 11 Fév 2013 - 6:56

Merci Smile

Je continue Smile :

Intronisation, Chapitre 15 : Un lourd héritage


Le timbre profond et sonore de la Grande Cloche du Winged Vengeance se répercuta le long des coursives du croiseur d'attaque, démultipliant en un lugubre écho ses six coups puissants. Le premier coup tira de leur torpeur cent-dix neufs Dark Angels. Le sixième coup en vit cent-vingt se diriger, frais et dispos, vers les réfectoires du navire, longue file encapuchonnée de bures silencieuses. Ils s'installèrent, toujours en silence, n'ouvrant la bouche que pour avaler la nourriture ultra-énergétique qui leur était servie par des dizaines de serfs du Chapitre. Seul Frère Hannibal, monté en chaire pendant que les autres s'asseyaient, remplissait son office de Lecteur auprès du Chapelain Abraxas en rappelant à la mémoire de ceux qui mangeaient quelques points importants de la doctrine, qu'il agrémenta d'un rapide sermon.

Parmi ses confrères de la Première Escouade, Gabriel écoutait d'une oreille attentive le Frère Lecteur, oreille d'autant plus attentive qu'il tentait par sa concentration d'oublier les cauchemars de la nuit précédente. A la différence de tous les autres, Gabriel était réveillé depuis bien longtemps lorsque le premier coup avait retenti. Depuis plusieurs semaines, de sombres rêves venaient hanter son sommeil et ce dernier n'avait plus rien de réparateur. De très profondes cernes creusaient des cavités autour de ses orbites et cela avait déjà attiré quelques remarques amicales. « Je veille beaucoup ces temps-ci », répondait-il simplement à toutes. Chacun comprenait ce que cela signifiait. Il n'était pas rare que certains frères se mortifient dans leurs chairs pour renforcer leur foi et les vétérans de la Première Escouade se devaient d'être exemplaires. Parfois, cette mortification allait au-delà de la simple ascèse ou veillée contemplative, et elle prenait alors la forme de flagellation. Et le dos de Gabriel était en effet maintenant tout couvert de grandes cicatrices rouges.

Pourtant, même ces exercices de pénitence et de purification ne parvenaient pas à l'empêcher de se réveiller, le front luisant de sueur, en plein temps de repos. Tous ces exercices d'astreinte extrêmes ne parvenaient pas à empêcher ses cauchemars de venir le harceler. Les veilles, les privations de sommeil, étaient autant des moyens de tenter de remédier à ces insupportables rêves par un écrasant besoin de dormir. La discipline dont il faisait usage, autant une véritable purification de son corps et de son âme pour le préparer à dormir que pour le laver de tout péché et chasser ces songes odieux. Mais rien n'y faisait.

«Use de ton nodule cataleptique » lui disait sa raison ; « Un Dark Angel ne fuit jamais » lui répondait sa conscience. Jusqu'ici, sa conscience l'avait toujours emporté. Mais les terribles privations pesaient de plus en plus sur ses épaules, et si il mobilisait toute son énergie pour rester attentif à ses devoirs et zélé dans l'accomplissement de ceux-ci, il lui était de plus en difficile de rester au niveau de ses frères dans les entraînements quotidiens aux stands de tir comme à la palestre du croiseur. Sans même parler du niveau d'excellence qu'il avait fait sien jusqu'ici. Jusqu'ici... mais depuis combien de temps déjà ?

« Cette nuit, si cela se reproduit à nouveau, j'enclencherais mon nodule » se dit-il en se levant dans le même mouvement uni que tout le réfectoire. L'ironie de ce vœu pieux, qu'il refaisait chaque matin, ne parvenait même plus à lui arracher un sourire désabusé. Les Space Marines se dispersèrent progressivement, escouade par escouade, vaquant à leurs activités matinales pendant ce long temps de transit qui devait amener la Troisième Compagnie et deux escouades de Scouts du Roc à Piscina IV. Mais, tandis que ses frères pénétraient dans la palestre privée des quartiers de l'Etat-major, le Chapelain Abraxas mit doucement la main sur l'épaule de Gabriel alors qu'il s'apprêtait à son tour à franchir le seuil.

-Gabriel, j'aimerais te parler un peu. Veux-tu bien m'accorder quelques instants ?

-Avec plaisir, Frère-Chapelain. En quoi puis-je vous être utile ?

-Je crois que c'est plutôt moi qui te serais utile. Mais ne restons pas là, un seuil de porte n'est guère l'endroit approprié pour notre conversation. Suis-moi.

Abraxas se dirigea vers la chapelle du Winged Vengeance. Ils s'avancèrent dans ce vaste espace aménagé dans le coeur du croiseur, dans lequel de nombreux cierges et luminaires brillaient de tous leurs feux et projetaient leur lumière chaude et réconfortante. A elle seule, elle suffisait à transformer ce lieu sacré et commun à tous en un sanctuaire pour les âmes meurtries de certains. Il l'emmena dans l'une des absides latérales et tourna deux chaises l'une en face de l'autre. Puis, tout en invitant Gabriel à l'imiter, il s'assit sur l'une d'entre elle. Leurs capuches, rabattues sur leurs visages, dissimulaient aux yeux de n'importe qui l'identité de l'un comme de l'autre. Mais à l'exception des serfs chargés du nettoyage et de l'entretien des lieux, personne de toute façon n'avait de raison de venir les déranger. Cependant, si leurs bures les coupaient du monde extérieur, elles établissaient un contact direct entre eux, et chacun fixait le regard de l'autre. Quelques cierges éclairaient faiblement l'abside, mais leurs yeux accoutumés à la vision nocturne n'avaient aucun mal à distinguer ceux de l'autre dans cette pénombre.

-Gabriel, commença Abraxas sans cesser de le fixer dans le bleu des yeux, tes amis s'inquiètent après toi. On me dit que tu dors peu, depuis maintenant fort longtemps, et que tu te donnes régulièrement la discipline. Tu sais que je ne suis guère favorable à cette pratique si elle n'est pas encadrée ?

-Oui, Frère-Chapelain. Mais on a peut être exagérer cette fréquence dans ce que l'on vous a rapporté.

-C'est possible, mais Frère Cupselon m'a dit quand même avoir été frappé de voir ton dos si meurtri. Et si un frère aussi respectable que Cupselon est surpris quand à la rigueur des pénitences que tu t'infliges, je suis en droit de penser que les autres bruits doivent s'approcher assez près de la vérité.

Et c'était vrai. Comment le nier ? Dix douzaines de coups chaque soir était bien plus que les flagellations habituelles de pénitence. Et rien n'y faisait, les cauchemars persévéraient aussi.

-Qu'est-ce qui te pousse à de telles extrémités, Gabriel ? Je sais bien que chaque vétéran doit donner l'exemple, mais d'aucuns murmurent que tu vas peut être trop loin. Et quant à moi, je préférais personnellement l'exemple que tu montrais... avant.

Gabriel ne répondit rien. Que pouvait-il dire d'autre ? Abraxas avait évidement raison, mais Gabriel ne pouvait rien lui dire.

-Tu peux te confesser à moi si tu penses avoir commis quelque chose de contraire à la règle ou si tu penses avoir négligé ton devoir. Je suis là pour ça. Je vois bien que ton âme est souffrante, c'est mon rôle que de la soulager.

-Je le sais, Frère-Chapelain. Je n'ai pas le sentiment d'avoir négligé mes devoirs ni quoi ce soit de ce genre. Je... j'essaie juste d'affermir ma foi car la tâche d'un vétéran est d'être honorable en toutes choses. Et si jusqu'ici la bataille des corps était mon domaine d'excellence, il me semble que la bataille des âmes méritait que je m'investisse plus.

-Mais la foi, c'est justement mon domaine de spécialité, fit Abraxas avec un sourire. Pourquoi ne pas m'avoir demandé de t'accompagner dans ta démarche ?

Pourquoi, en effet ? Pourquoi, sinon parce que le fardeau qui accablait Gabriel était tout à la fois trop lourd à porter seul et trop dangereux pour être partagé ? Il était condamné à en assumer seul la charge, condamné à se doter seul des forces qui lui permettraient d'avancer quand même malgré son poids. Le Chapitre cultivait le secret, pour ne pas dire que le secret était sa culture même. Comment alors atteindre les sommets qu'il visait sans à son tour apprendre à cacher et à supporter le lourd tribut que le secret exigeait à sa conscience ?

-Si je ne m'abuses, continua Abraxas devant son silence, il me semble que ce désir de foi s'est manifesté peu de temps après ton initiation au Premier Cercle, n'est-ce pas ? Est-ce cela qui te trouble ?

« Si seulement ! » pensa-t-il. Mais c'était bien plus que cela. Si encore il ne s'agissait que d'assumer les révélations que Severian lui avait faite ce soir-là, il s'en sentait tout à fait capable. Il n'aurait alors été question que de vengeance et de châtiment à apporter aux scélérats du Chaos. Un bien mince secret à conserver, en fait. Mais le malaise était bien plus profond, il allait beaucoup, beaucoup plus loin. On pouvait sans problème s'ouvrir au sujet d'un secret révélé. Oui. Mais qu'en était-il d'un secret qui n'était pas encore révélé, lui ? Et surtout, surtout, d'un secret aussi énorme ?

-Non, Frère-Chapelain. Il ne s'agit que d'une épreuve de foi que je m'impose. Je cherche à progresser dans cette voie-ci, afin de... de traverser toutes les épreuves.

-Quel genre d'épreuves ? répondit aussitôt Abraxas.

-Je pensais... nous avons tous une profonde affection pour notre commandant, Frère Belial. Et par ailleurs une aussi grande pour, par exemple, le Grand Maître Suprême Azrael. Si l'un d'eux venait à mourir, ce serait certainement un moment douloureux pour chacun d'entre nous. C'est à ce genre d'épreuves que je voulais faire référence. C'est notre rôle de vétérans que de montrer l'exemple aussi dans ces situations. Jusqu'ici, je n'y ai encore pas été confronté. Quand Maître Rhamiel a été tué sur Barathrum, nous étions loin, en mission, et à l'époque j'étais encore jeune. Le deuil ne m'a pas affecté comme il le ferait certainement à présent. C'est en vue de cela que je cherche à affermir ma foi.

Abraxas se renfonça dans sa capuche. Son regard disparu dans la pénombre, interrompant tout contact direct. Le croirait-il ? Si ce n'était pas le cas, les conséquences étaient incalculables, totalement imprévisibles. Il fallait qu'il le croit. S'était-il montré convaincant ? Mais ses nombreuses hésitations n'allaient pas vraiment dans ce sens...

-Tu n'es pas évident à cerner, Gabriel.

Gabriel ne répondit à nouveau rien. Cela n'appelait pas de réponses. Après encore quelques instants d'un silence profond, Abraxas soupira puis dit tout en se levant :

-Severian a raison, tu es sans doute promis à un bel avenir si tu survis d'ici là. Quel dommage qu'il ne soit pas avec nous, lui aurait certainement eu plus de réponses... enfin soit. Je pense que tes motivations sont nobles, mais un Dark Angel zélé mais fatigué n'est pas un bon serviteur de l'Empereur. Nous atteindrons Piscina dans une semaine, je souhaiterais que d'ici là tu ais cessé de t'infliger de telles pénitences car nous aurons besoin de toutes nos forces, comme dans chaque bataille.

Il posa sa main sur l'épaule du jeune vétéran et continua :

-Si néanmoins tu veux persévérer, cela ne sera pas sans que je te guide dans cette démarche. Je t'attendrais ce soir dans cette même abside. A présent, il n'est que temps pour toi de rejoindre tes confrères à la palestre. Puisse l'Empereur veiller sur toi, Frère Gabriel. Piscina n'est plus loin, et nous aurons besoin de toi au maximum de tes capacités, sois-en assuré.

-Puisse-t-il veiller sur vous également, Frère Abraxas.

*
**

Le tonnerre des rafales de bolter se déchaîna quand les Frères de bataille de la Deuxième Escouade criblèrent le bâtiment d'un déluge d'ogives. Les Dark Angels rechargeaient, tiraient, se déplaçaient et se couvraient méthodiquement, mitraillant d'un feu soutenu et continu toutes les embrasures de l'immeuble. Jugeant le moment venu, le Sergent Kandaran fit signe par com-vox à l'escouade Saariel qu'elle pouvait intervenir. Le rugissement des réacteurs dorsaux se mêla aux déflagrations des bolters. Kandaran interrompit le tir de suppression à l'instant précis où les Marines d'assaut s'engouffraient dans le bâtiment en ruine, qui par les brèches des murs, qui par le toit devenu ça et là manquant. Sans attendre, Kandaran donna l'ordre à ses hommes de charger à sa suite.

Les Dark Angels se ruèrent en avant, comme un seul homme, armés de leurs longues lames de combat et de leurs pisto-bolter. Ils se précipitèrent à l'intérieur à leur tour. Le sourire narquois qu'affichait Saariel s'ouvrit et il lança à son frère d'arme :

-C'est gentil à toi, mais nous avons déjà fini le boulot, fit le nouveau sergent de la Septième Escouade.

Et pour cause. Le bâtiment était vide.

Kandaran sourit, laissa passer l'amicale pique sans y répondre et lança un message au Grand Maître Belial :

-Kandaran pour contrôle. Séquence d'attaque 32 achevée. Passage à la suivante.

Ils se retirèrent dans la salle de briefing du Winged Vengeance tandis que les parois amovibles du hall d'entraînement du croiseur laissaient place à un nouveau décor tracté par une cinquantaine de serfs. Un nouvel environnement, une nouvelle configuration du terrain, naquirent en quelques instants pendant que Kandaran et Saariel, nouvellement promu à la tête de leurs unités, s'appliquaient à détailler la prochaine mission d'exercice.

*
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La longue journée d'exercices s'acheva. Les frères prirent une courte douche et chacun occupa le temps libre qui à présent lui était alloué pour vaquer aux occupations de son choix. Beaucoup se distrayaient en organisant des concours, qui à la palestre, qui au champ de tir. D'autres, plus portés vers la chapelle, ou ressentant le besoin de confesser des fautes ou des manquements, se dirigeaient vers celle-ci. D'autres encore prenaient soin de leurs équipements, nettoyant, polissant, inscrivant des litanies sur leurs armes et armures. D'autres enfin lisaient des ouvrages conseillés par les archivistes du Librarium.

Gabriel avait prit l'habitude de répartir hebdomadairement ses temps libres entre toutes ces activités. Néanmoins, depuis plusieurs semaines que la fatigue l'opprimait il ne se sentait plus la force d'y participer. Une fois de plus il rompit avec ses anciennes habitudes comme il le faisait depuis que ses cauchemars le prenait, et plutôt que de se rendre au concours organisé par la quatrième escouade, il préféra rendre hommage à ses armes. Ces temps-ci il avait plutôt tendance à lire les livres qu'il avait retiré du Librarium central -il avait épuisé celui du Winged Vengeance depuis bien longtemps- mais il décida ce soir d'honorer particulièrement ses armes, elles qui l'avaient si bien servies durant cette journée. Il n'était pas plutôt rentré dans sa cellule qu'il entama les rites de l'armurier. Il s'empara d'une pièce de tissu encore immaculée et d'un flacon d'huile bénie. Puis il démonta pièce par pièce son bouclier de combat. Il nettoya avec méticulosité chaque composant, tâchant d'huile consacrée le tissu qui peu à peu se transforma en un véritable chiffon. Récitant les strophes de l'hymne associé, il remonta lentement son bouclier, avec précaution et attention, témoignant à l'artefact tout le respect qui lui était dû. Il fit de même avec son pistolet bolter. Décrassant le canon dont la bouche était noircie par les dizaines de coups qu'il avait tiré dans l'après-midi, il entreprit de le démonter à son tour et d'en nettoyer et oindre chaque composant. Cependant tandis qu'il achevait de le remettre en état, la cloche de la chapelle sonna la prière du soir et les puissantes volées de son appel résonnèrent en une requête joyeuse. Il n'avait pas encore attaqué sa pièce préférée, son épée énergétique qu'il avait gagné en intégrant le Premier Cercle.

« Tant pis, se dit-il, je mordrai sur mon temps de sommeil. Elle le mérite ».

Il se dévêtit rapidement de sa bure de travail et d'exercice pour passer celle de couleur blanche, sa bure de cérémonie. Il rabattit la capuche de cette dernière sur ses yeux, et sortit, rejoignant les Dark Angels qui cheminaient, dans le même silence religieux que ce matin, vers le lieu saint.

*
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Tout en se dirigeant vers la chapelle à travers le dédale de coursives, de salles et d'ascenseurs que constituait un croiseur de bataille, Gabriel repensa à ce qui le mettait mal à l'aise depuis sa dernière mission. Il s'était écoulé à peine trois semaines depuis qu'il avait été admis au sein de la Première Escouade de sa compagnie. S'il avait ainsi approché d'un peu plus près Belial, il lui semblait également être soumis beaucoup plus intimement au regard de son vieux mentor Severian. Sans pouvoir dire exactement sur quoi il fondait au juste cette intuition, il était presque certain de ce fait. A n'en point douter, le vieil Investigateur devait avoir une idée assez précise du malaise qui l'habitait. Leurs liens étaient proches, profonds, et du reste Severian devait déjà avoir guidé nombre de Dark Angels sur les mêmes chemins que lui. Sans compter que lui-même avait très certainement connu une situation similaire un jour. Ainsi, au fond de la profonde dépression dans laquelle Gabriel se débattait, l'Investigateur constituait sa lueur d'espoir. Lui aussi avait affronté semblable épreuve, et il en était sorti renforcé d'une foi inébranlable. Sans forcément aspirer à prendre sa succession en tant que chapelain, Gabriel admirait la force d'âme et le courage qu'un Severian pouvait signifier par sa seule prestance. Son absence du Winged Vengeance était donc douloureuse à double titre. D'une part, elle pouvait signifier n'importe quoi quant à la surveillance du nouvel initié. D'autre part, ce dernier se trouvait privé de lumière au moment où il en avait le plus besoin pour affronter les ténèbres qui menaçaient de le noyer. Son absence lui faisait cruellement défaut.

Gabriel avait toujours vu la Première Escouade comme un sas. Un sas, qui menait vers une carrière multiple au sein de la hiérarchie du Chapitre. Tous aspiraient à rejoindre les rangs de la Première Compagnie. Mais le chemin était long, et la Première Escouade paraissait le seuil de tous les possibles. Certains obtenaient une place de sergent-vétéran dans une escouade des compagnies de réserve. D'autres obtenaient une promotion interne et prenaient la tête d'une compagnie de combat. Parmi les plus chanceux, ou les plus distingués, rares étaient ceux qui parvenaient à l'armure Terminator dès leur promotion. Beaucoup étaient promus aides de camp dans l'escouade de commandement de la compagnie, et cela déjà était une belle récompense. Généralement, c'était parmi eux que se recrutaient les futurs membres de la Deathwing. Et plus encore, leur proximité du commandement leur faisait miroiter la possibilité d'un commandement général un jour ou l'autre.

Mais ces aspects hiérarchiques n'expliquaient pas bien la présence attentive, voire presque pesante, de rien moins qu'un Chapelain-Investigateur. Ce dernier semblait tout autant surveiller ses frères que les guider au combat. Gabriel l'avait senti dès son noviciat, et s'en était persuadé depuis qu'il avait été initié au secret du Chapitre. De plus, la structure même du Chapitre reposait sur le secret. Il le savait. Severian était là également pour faire respecter ce secret, aussi bien en choisissant ceux qui pourraient le porter, que ceux qui ne le pourraient pas. La seconde intuition qui le mettait mal à l'aise était celle-ci :n'était-il pas en train de passer une dernière épreuve probatoire cachée ? Et si Severian faisait exprès de le laisser se débattre dans les eaux périlleuses du doute, sans assistance ? A celle de la culpabilité venait s'ajouter la pression de l'échec. Car si échec il y avait à cette épreuve, c'était non seulement la fin de toute ambition, mais aussi la reconversion en serf du Chapitre, comme il pouvait en voir tant et tant arpenter les coursives du bâtiment. Au mieux, en fin de compte, ne pouvait-il espérer qu'une mort digne pour récompenser ses hauts faits et ses mérites antérieurs. Un pauvre sourire d'ironie parvint à se peindre sur ses lèvres. Ce serait sans doute la seule faveur que pourrait lui témoigner Severian, cet impitoyable...

Mais tout cela n'expliquait finalement qu'une partie de son malaise. Sa pire intuition, que corroborait largement son rite d'initiation aux secrets de la Première Escouade, était qu'à chaque degré hiérarchique devait correspondre son secret. Qu'est-ce qui attendait encore de lui être révélé ? Gabriel n'en savait rien encore, ou plutôt refusait de reconnaître la vérité. Voilà pourquoi elle revenait le harceler dans ses cauchemars depuis trois semaines. La hauteur et le décor imposant des portes de la chapelle arrêta ses réflexions au seuil du sanctuaire. Sans plus s'attarder à toutes ces questions, il se concentra sur les prières à venir et ce fut en se sentant plus serein, plus confiant, comme armé de toute sa foi, qu'il pénétra dans l'édifice.

*
**
En tant que membre de la Première Escouade, il n'avait pas encore de stalle réservée dans l'abside, aussi se contenta-t-il du banc du premier rang de la nef qui lui était alloué. Celle-ci, tout comme l'abside du choeur, se remplit rapidement, et les célébrants, Abraxas et plusieurs frères qui l'assistaient dans son office, remontèrent la travée pour rejoindre le choeur. Le service commença. Tandis qu'Abraxas préparait une huile sainte et des fumigations, les frères, manipulant leur chapelet, récitaient d'une voix de basse les dix-huit cantiques du Service, entrecoupé par la Louange du Géniteur lorsqu'il s'agissait d'une petite perle, de l'Hymne de la dévotion lorsqu'il s'agissait d'une grosse. Les chapelets comptaient assez de perles pour répéter tout l'ensemble trois fois.

Une fois le chant achevé, toutes les célébrants se répartirent au bout des multiples travées et dans un bel ensemble les frères de toutes les escouades se levèrent. Puis, une à une, chacune s'avança pour recevoir une onction tandis qu'un serviteur, balançant un encensoir, environnait le frère de sainte fumée. Gabriel aspira à pleine goulée l'arôme béni. Un orgue, actionné par un serviteur rivé à son siège et son pupitre, jouait un hymne particulièrement propice à la dévotion. Le Dark Angel se laissa aller à son sentiment religieux. Il avait l'impression d'expérimenter un lien unique et privilégié avec l'Empereur. Il avait l'impression que l'Empereur se tenait parmi eux, qu'il les inspirait d'une chaude et réconfortante béatitude, un sentiment simple et naturel ancré profondément en lui. Il n'y avait rien d'autre à faire que de le ressentir, pour expérimenter ce lien au Créateur. Pas besoin de chercher des développements rationnels pour l'expliquer. Juste vivre. Juste le vivre. Comme tout était simple, parfois ! Une sensation intense de bonheur et d'apaisement irradiait de ses entrailles, tandis qu'il respirait les vapeurs sacrées et les effluves de l'onction. Il sentait l'amour filial qui le liait à l'Empereur, son père. Pour lui, cela justifiait tous les serments, et il n'aurait pas de repos tant qu'un seul parmi les Hommes ou les abominations qui hantaient l'univers agirait contre son Père. Pas de répit, pas de rémission.

Le service prit fin. Chacun des assistants rejoignit le réfectoire pour un nouveau repas. Lorsqu'il fut à son tour achevé, les Dark Angels se retirèrent pour prendre quelques heures de sommeil conquises de haute lutte. Mais alors qu'à l'ordinaire Gabriel aurait agit de manière semblable, ce ne fut pas le cas cette fois-ci. Pour la troisième fois de la journée, il prit le chemin de la Chapelle.
Abraxas l'attendait au fond de l'abside. Même s'il se sentait mieux, comme bien souvent après une cérémonie, il connaissait aussi la nature de son mal et savait bien que ce bien être intérieur ne durerait pas. Abraxas l'accueillit, et le félicita d'avoir entrepris la démarche -démarche rédemptrice, ajouta-t-il.

-L'usage de la discipline doit être régulé et contrôlé, dit-il. La douleur recherchée est aussi une voie de la damnation. Nous ne devons pas rechercher le martyr pour le martyr, mais pour le service. Ôte ta bure, Frère Gabriel.

Gabriel s'exécuta, et tout en s'agenouillant il découvrit son dos. Abraxas se contint et réprima une interjection de stupéfaction mêlée d'horreur. Il avait vu bien des choses, mais pas le spectacle d'un dos aussi lacéré par le fouet que ne l'était celui du vétéran. Oh, bien sûr, il avait vu de bien plus terribles blessures mais cela, cela n'avait rien à voir. Cela réveillait en lui de biens sinistres comparaisons.

-Depuis... depuis combien de temps t'infliges-tu la discipline, frère Gabriel ? interrogea le chapelain, incapable de cacher plus longtemps sa profonde surprise. Il y a là plusieurs centaines de marques de coups !

-Pas plus de trois semaines, Frère-Chapelain.

-Trois semaines ? fit-il avec une horreur réelle cette fois-ci, trois semaines ? Mais je vois là plus de cicatrices qu'un dos ne devrait en avoir pour trois mois ! Par l'Empereur, Gabriel, qu'est-ce qui te pousse donc à agir ainsi ? Ne vois-tu pas qu'une telle pratique est terriblement dangereuse ? Terriblement dangereuse, oui, répéta-t-il pour bien mettre l'accent sur les implications profondes du mot.

Gabriel resta muet. Ce qu'il comprenait dans l'immédiat du danger, c'est qu'il avait fait un double mauvais choix, et qui plus est franchement périlleux. Pour commencer, Abraxas risquait bien de ne rien lui infliger du tout ce soir, et la perspective d'affronter une autre nuit sans le confort spirituel médiocre que parvenait à lui assurait son rituel ne l'enchantait pas du tout. Mais pire encore, Abraxas manifestait un dégoût qu'il réservait d'ordinaire pour l'hérésie, et en l'occurrence ses paroles allaient en ce sens. Et se faire accuser d'hérésie par un Chapelain n'était pas une perspective d'avenir très réjouissante non plus. Et s'il n'allait sans doute pas pousser jusqu'à ce niveau-là son aversion, il allait en revanche forcément écrire un rapport et la situation n'en serait guère meilleure.

-Je ne peux pas t'obliger à te confesser, Gabriel, répondit-il à son silence. Je ne peux pas non plus te laisser aller à de telles extrémités. Je ne peux pas t'aider contre ta volonté. Mais puisque tu es venu ce soir, je peux du moins t'aider en encadrant ta pratique. Il est certaines limites à ne pas dépasser, et tout ce que je peux faire pour l'instant est de t'aider à les franchir en sens inverse.

*
**

Il quitta Abraxas l'esprit plus en paix. Pourquoi, il n'aurait su le dire avec précision, mais le fait était qu'il se sentait mieux. Peut être était-ce dû au fait qu'il se sentait accompagner dans sa démarche, ce qui d'une certaine manière lui permettait d'agir dans un cadre sûr, accepté ? Peut être aussi cela lui permettait-il de partager un peu du poids de son fardeau ? Quoi qu'il en fut il se sentait soulagé, indéniablement. Il ouvrit la porte de sa cellule et entra.

Gabriel fit le signe de l'Aquila devant l'image de l'Empereur qui décorait le mur du fond de sa cellule, mit un genou au sol, se releva, quitta sa bure pour une simple tunique et s'assit sur sa paillasse. Il ne s'étendit toutefois pas encore. Il reprit le rite de l'Armurier là où il l'avait laissé, et nettoya avec ferveur la lame de son épée. C'est seulement une fois qu'il eut marqué son respect pour son arme favorite qu'il se permit de prendre à son tour du repos.

Il n'en trouva pas le sommeil pour autant. Depuis qu'il avait été intronisé vétéran, deux questions le taraudaient sans cesse, le traquaient comme lui-même traquait ses ennemis, sans trêve ni repos : combien de secrets le Chapitre cachait-il ainsi à ses membres ? Et surtout, qu'elle était la nature de ces secrets ? Car si à chaque honneur correspondait une progression dans ses secrets, Gabriel commençait à craindre sérieusement ce qui attendait encore de lui être révélé.

Il se rappela ce qu'il avait dit ce soir-là dans la crypte, le soir de son admission : certains secrets sont trop lourds pour être levés. Du moins, trop lourd pour certains. Le Chapitre recherchait les Dark Angels sans faille, ceux qui avaient les épaules pour porter ce fardeau et dont on était sûr qu'il ne les écraserait pas. Gabriel aspirait à être un de ceux-là. Mais en avait-il la force ? Du moins ce soir avait-il compris quelque chose : il ne servait à rien d'essayer d'y parvenir seul, avec ses seuls moyens et par la seule force de sa volonté. Au contraire. Outre qu'il était dangereux, comme le lui avait démontré Abraxas, de le croire, cela montrait aussi un profond manque de jugement. Dans ce genre de lutte, la sagesse était du côté de celui qui utilise toutes les armes à sa disposition. Le reste n'était que témérité, et pire encore, vanité. La vanité était un terrible péché, l'un de ceux qui avait conduit à la damnation éternelle les anciennes légions renégates.

Pour la première fois depuis trois semaines, c'est avec assurance qu'il se laissa glisser dans le sommeil.

*
**

C'est avec un hoquet, suivi d'un besoin urgent d'aspirer de l'air, de l'air en quantité, qu'il en émergea subitement. Le front couvert de sueur, à demi-redressé sur sa paillasse, il cherchait à aspirer à grande goulée tout en reprenant peu à ses esprits. Et peu à peu, ils lui revinrent. La chute vertigineuse dans un puits ténébreux et froid s'était achevée dans sa cellule. Ses yeux s'habituèrent rapidement à l'obscurité et il reconnu son petit univers familier, aussi nu et froid puisse-t-il être. Malgré le dépouillement total de la cellule, elle lui procurait un doux sentiment de refuge et d'abri sûr. L'angoisse le quitta progressivement. Il se leva, chercha dans l'armoire où il avait rangé son paquetage et finit par en sortir une petite bougie, consumée déjà aux deux-tiers.

Il s'approcha de l'icône de son Père, et déposant la bougie sur la table de travail, la transforma en un autel de fortune. Il prononça quelques paroles homilétiques avant de l'allumer et se mit à genou devant la petite flamme tremblotante. Il essayer de s'absorber dans sa contemplation mais rien n'y faisait et comme chaque nuit, il ne pouvait s'empêcher de repenser à ses rêves et de méditer sur ceux-ci.

Aucun n'était semblable en tous points à un autre, mais au fur et à mesure il voyait des points communs se dégager. En général, ses interrogations se télescopaient avec de vieux souvenirs d'expériences qu'il avait dû cacher, refouler au plus profond de sa mémoire de peur qu'un jour elles ne lui fassent du tort. Bien souvent, c'était l'attaque mentale de cette psyker eldar qui revenait le tourmenter. D'autres fois, celui d'un de ses vieux compagnons de noviciat transformé en serviteur décérébré. D'autres fois encore, le souvenir de cet Astartes en armure noire capturé et emporté en toute hâte par la Deathwing. Un Astartes qui portait les armes du Chapitre sur son armure -il les avait vu distinctement.

En toute logique, il devait s'agir d'un de ces Archi-traîtres de l'Alpha Légion qui se faisait passer pour un des glorieux fils du Lion, l'un de ces renégats manipulateurs dont lui avait parler Severian lors de sa seconde initiation. Mais c'était bien là que se logeait le coeur du problème. Dans cette seconde initiation.

De quelque façon qu'il retourna le problème, la conclusion était toujours la même. Cette seconde initiation n'était que le premier pas vers la révélation de secrets toujours plus dangereux, toujours plus infamants concernant une vérité si terrible qu'elle devait être cachée, enfouie à jamais sauf aux yeux de quelques rares, très rares, « privilégiés ». Si tant est qu'on pouvait considérer comme un privilège de porter le poids si lourd d'une faute pareille.

Bien qu'il chercha à la refouler toujours plus loin, cette conclusion logique revenait sans cesse avec plus de forces pour se faire accepter. Et avec elle, elle charriait toute la fange d'une vérité indicible. Les conséquences de cette conclusion était pire encore que la conclusion elle-même. Cela voulait dire que non seulement tout ce qu'on lui avait révélé jusqu'ici était faux -ou du moins n'était qu'une déformation subtile de la réalité- mais pire encore cela signifiait une chose qu'il ne pouvait accepter. Ce n'était pas Severian mais la prophétesse eldar qui avait raison.

A cette seule pensée coupable, le premier mouvement de Gabriel la veille eut été de se lever pour aller chercher son fouet. Mais cette fois-ci il resta concentré sur ses pensées, à genou devant la petite bougie qui éclairait l'icône.

« Fuir sans cesse ne sert à rien. Je ne trouverais jamais la force de supporter tout ceci si je ne l'affronte pas. Il me faut l'assumer ou périr. Je n'ai pas le choix. Si je refuse cet héritage, je deviendrais fou ou alors finirait hérétique, ce qui ne vaut pas mieux. Si je l'accepte, alors je serais un Dark Angel. Là est la vérité. »

Et il ouvrit son esprit, libérant le torrent de sa pensée qui se déploya, logique, effroyable, impitoyable, mais pertinente et véridique. La vérité, nue, était horrible à voir. Le Chapitre n'avait jamais été le parangon de loyauté qu'il affirmait avoir été. Il avait bien failli basculer dans la trahison à son tour et seul quelque chose l'en avait empêché, quelque chose que Gabriel ne pouvait exprimer avec netteté tant étaient opaques les ténèbres qu'entretenaient le Chapitre autour de cet événement, quelque chose qui toutefois avait eu assez d'influence pour maintenir le Chapitre au sein de l'Imperium.

Le raisonnement était atrocement simple, en fait, et terriblement logique; la principale faille dans la belle histoire des agents de l'Architraître étant celle-ci : pourquoi, s'ils essayaient de semer le trouble et discréditer les Dark Angels, pourquoi s'évertuaient-ils à revêtir une armure noire, et non verte ? Et une armure noire frappée de l'héraldique du Chapitre qui plus est ? Cela n'avait pas de sens, cela n'avait même aucun sens ! Alors, si ce récit ne proposait aucune explication qui pu solutionner ce paradoxe accablant, c'est que lui-même ne fonctionnait pas. Or quoi d'étonnant à ce que ce récit-ci ne fut pas plus qu'une autre belle histoire, à l'image de celle qu'apprenaient par coeur les novices et la vaste majorité de ses frères ? Oh, bien sûr, il se pouvait évidemment qu'elle contienne quelques aspects véridiques, comme la précédente, et dans la mesure où la partie entièrement nouvelle et secrète concernait précisément les renégats qui portaient l'héraldique du Chapitre, comment douter que celle-ci, justement, n'était pas plus qu'une déformation subtile mais néanmoins colossale de la vérité ? Cette vérité qui lui avait été énoncée autrefois par quelqu'un qui avait cru saper sa volonté grâce à cette révélation. Quelqu'un qui avait eu raison depuis le début : la prophétesse eldar. Évidemment, il était tout aussi possible qu'elle eu cherché à mentir effrontément. Après tout, ce n'était qu'une Xenos, on ne pouvait leur faire confiance. Et a fortiori à une eldar...

Et pourtant... de quoi le Chapitre aurait-il bien pu avoir peur au point de cacher une vérité à la quasi-totalité de ses frères ? De quoi d'autre, sinon d'une vérité indicible telle que la trahison du Chapitre, ou du moins d'une grande part des frères de l'antique Première Légion ? C'était une vérité très lourde, incommensurablement plus lourde à porter que le simple secret du Premier Cercle. Mais maintenant Gabriel savait. Il avait deviné. Tout ce qui importait à présent était de le cacher tout en servant le Chapitre et en servant l'Empereur. Peu importe à quel stade un pareil secret pourrait lui être un jour révélé, si tant est que le dernier des Cercles accepta un jour de divulguer quelque chose de semblable. Appartenir aux Dark Angels voulait dire partager sciemment ou non ce secret. Être Dark Angel, cela signifiait vivre avec cet héritage, le cacher, le porter, mais continuer de servir avec la même détermination que l'Initié. Au fond, connaître ou non ne changeait rien à son service. Il continuait d'apporter la mort aux ennemis de son Père, de son Créateur, et aujourd'hui les Dark Angels étaient irréprochables des fautes de leurs aînés. Seul l'honneur du Chapitre et la crainte qu'un nouveau schisme hérétique ne divise à nouveau les Dark Angels empêchait sa divulgation. Jusqu'ici, sans en avoir connaissance, il avait toujours agit fidèlement et loyalement envers l'Empereur. Il n'y avait pas de raison que cela s'arrête. Au contraire. Un bon service, loyal et honorable, rachèterait l'inconduite de ses ancêtres.

Gabriel laissa la bougie briller, comme pour remercier l'Empereur d'avoir su le guider et lui avoir donner la force de dépasser cette épreuve, pour le remercier de lui avoir donner à voir plus loin, à voir au-delà. Il se recoucha, et sut qu'il dormirait tranquille cette fois-ci. Il avait accepté le legs du Lion, et il était devenu un vrai Dark Angel. Il ne craignait plus rien ni personne. Ni même quelques cauchemars...

-MFT-

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Jeu 14 Fév 2013 - 9:22

La Voix dans le Voile, Chapitre 4 : Proposition malvenue

Gabriel soupira intérieurement : il ne lui manquait plus que ça !

Pourtant, il se devait de donner le change à Raimer tout en trouvant rapidement une solution : le Black Templar ne devait pas soupçonner quoique ce fut !

-Du Grand Maître Gabriel, maître de la Troisième Compagnie des Dark Angels et commandant du croiseur d'attaque Winged Vengeance, au sénéchal Thierry Raimer, Frère prestigieux du dévoué Chapitre des Black Templars, salut !

En même temps qu'il retournait la politesse à son interlocuteur, il pressa hors du champ de la caméra holographique un bouton, afin d'appeler Severian sur le pont de commandement de toute urgence.

-Laissons là les banalités protocolaires, mon frère !lança le Raimer holographique. Si vous commenciez par désactivez les systèmes d'armes qui sont pointés sur moi ?

-Evidemment, mon frère, évidemment, répondit Gabriel en souriant. Vous comprendrez que dans un tel contexte, quand un navire déboule sans être annoncé, on prend toujours quelques précautions. D'ailleurs, si vous pouviez éviter de verrouiller les vôtres sur l'Isiah, qui va passer dans votre dos pour rejoindre mon escadre, vous me feriez également plaisir.

-Sages précautions effectivement ! Je reconnais bien là la sagesse des membres de la Première Légion. Il est heureux d'ailleurs de rencontrer des personnes aussi affables que vous, cela n'arrive pas si souvent dans cette galaxie.

Gabriel ne put s'empêcher de sourire. La situation ne manquait pas d'ironie...

-Que me vaut l'honneur de votre visite, mon frère ?

-Vous n'êtes pas sans savoir que le Chapitre des Black Templars mène une croisade permanente contre les ennemis de l'Empereur ?

-Ils sont mêmes renommés et loués pour cela, Frère Raimer.

-Exactement, et il se trouve que les pérégrinations de la croisade que j'ai l'honneur de mener nous ont conduit à quelques lieues d'ici, en abord de ce système non-répertorié. Quelle étonnement et quelle joie, lorsque nous nous sommes aperçus que non seulement d'autres Astartes étaient présents dans ce secteur inconnu, mais qu'en plus ils menaient un combat au nom de l'Empereur ! J'ai donc décidé de remonter la piste toute chaude, si je puis m'exprimer ainsi, ajouta-t-il avec un petit rire, et voici qu'en orbite de la quatrième planète nous découvrons une flotte d'un des plus grands Chapitres de la Création ! Je viens donc tout bonnement vous proposer mon aide pour purifier la galaxie d'une menace xenos de plus. Qu'en dites-vous ?

-Votre intention est très noble, sénéchal Raimer, et je vous en remercie. Mais cependant je crains fort de devoir décliner votre offre, mon frère, car il ne me semble pas que la situation l'exige. En effet la campagne touche à sa fin, l'ennemi au sol est encerclé et son extermination n'est plus qu'une question de jours à présent.

-Vraiment ? Dans ce cas, mon frère, pourquoi ne pas hâter les choses ? J'ai pu me rendre compte des destructions que les opérations ont engendrées sur les autres planètes, et il me semble, du moins je puis me tromper, que l'ennemi n'est toutefois pas de petite envergure, n'est-ce pas ? Je suppose que vos forces n'ont pas été épargnées par les rigueurs de la guerre, les miennes sont fraîches, ravitaillées et bien équipées. Acceptez mon offre, nous terminerons cette campagne la main dans la main, et nous repartirons chacun plus vite à Son service dans d'autres contrées où notre présence sera requise !

-Ce que vous dites est juste, Frère Raimer, mais ne pensez-vous pas que vos hommes ne seront pas plus utiles ailleurs ? Je suis certain que d'autres planètes ont un besoin urgent d'être secourues sans attendre, et dans la mesure où ma Compagnie est déjà engagée ici, je vois mal qui d'autre que vous peut voler à la rescousse. Il me semble pour ma part que les forces de l'Empereur seront mieux employées si vous recherchiez une autre mission et me laissiez accomplir la mienne, ne croyez-vous pas ?

Raimer s'étonna quelque peu qu'une offre d'assistance si généreuse trouva un refus en guise de réponse. Il sembla perdre son air joyeux, bien qu'il tenta de n'en rien laisser paraître, et s'apprêtait à répondre lorsque Gabriel lui demanda quelques instants d'attentes et s'effaça du champ. Severian venait d'entrer, et Gabriel ne voulait surtout pas que le sénéchal capte un mot ou devine quoi que ce soit de la conversation. Peut être pouvait-il lire sur les lèvres ? Rester dans son champ de vision deviendrait alors extrêmement dangereux.

-Dites-lui d'aller se faire voir ailleurs ! lança Severian sitôt passer le seuil de la salle de contrôle.

-C'est ce que j'essaye de lui faire comprendre, frère Chapelain. Le malheur, c'est qu'il y met toute la mauvaise volonté du monde, répondit Gabriel en louant l'Esprit de la machine pour avoir inventé le circuit audio fermé.

-Passez-le-moi, je vais lui faire comprendre, moi.

-Avec tout mon respect, frère Chapelain, j'aimerais autant garder le contrôle de la situation, fit Gabriel, inquiet de la tournure que pourraient prendre les évènements si jamais Severian et son sens très personnel de la diplomatie se chargeait des négociations. Et puis, j'ai bien envie d'accepter son offre, finalement.

-Quoi ? Mais vous êtes devenu fou, Gabriel ! Vous ne pensez pas sérieusement ce que vous dites !

-Au contraire, j'y pense même très sérieusement. La capture de zéro-zéro-un s'annonce passablement compliquée et nous risquons de laisser beaucoup de monde sur le carreau, sans les effectifs appropriés. Or, ces effectifs, je ne les ai pas. Bethor, fit-il en tournant la tête vers son vétéran, demande donc au sénéchal la liste des troupes qu'il souhaite mettre à notre disposition. De plus, reprit-il en tournant la tête du côte cette fois-ci de Severian, il ne nous reste munitions et ravitaillements que pour une semaine tout au plus, et vous savez aussi bien que moi que l'approvisionnement n'arrivera pas avant trois. Il faut conclure au plus vite, ou je vois mal comment nous allons nous maintenir. Et si ça n'est pas le cas, toute cette opération n'aura servi à rien, car Cypher risque de nous échapper une fois encore. Raimer est le renfort idéal.

-Et si jamais c'était lui qui tombait sur Cypher ? Vous imaginez un instant les conséquences que cela aurait ? Le risque est bien trop grand !

-Je les imagine très bien et le risque peut être ramené à des proportions limitées avec un plan de bataille appropriée. J'ai d'ailleurs à ce sujet une idée de plus en plus précise, et j'ai bien intention de la concrétiser. D'ailleurs, ajouta-t-il en consultant rapidement le rapport que lui tendait Bethor, les forces de Raimer paraissent convenir idéalement à l'emploi que je comptais en faire.

-Et moi je continue à penser que votre plan est démentiel, Gabriel, et qu'il n'amènera rien de bon.

-Frère Severian, je sais bien que ce plan est particulièrement périlleux, mais d'une part c'est le seul valable, d'autre part je vous rappelle que vous tempêtiez autant sur celui que j'ai mis en oeuvre à l'époque sur Piscina, après la mise hors de combat de Frère Belial, et nous n'avons pas eu à nous mordre les doigts de mon audace de l'époque.

-Hmmoui, maugréa le chapelain. Cette fois-ci, effectivement, vous aviez été bien inspiré... J'espère simplement que vous savez ce que vous faites, Frère Gabriel, les enjeux sont loin, très loin d'être les mêmes. Les conséquences d'une fuite, d'une seule misérable fuite, seront immenses, et leurs répercussions aussi. Enfin, c'est vous le commandant en chef de cette expédition, et je vous aurai averti. En cas d'échec, je ne suis même pas certain de pouvoir vous soutenir efficacement devant le Cercle Intérieur. L'Empereur vous guide, Gabriel.

-Merci, Frère Chapelain. Rebranchez-nous, adressa-t-il aussitôt à Zelia.

Raimer sourit, de manière un peu moins franche et un peu moins amicale cependant, quand il vit que la communication était rétablie.

-Finalement, après mûres réflexions, vos arguments ont fait mouche, Frère Raimer.

-Ah ! J'en suis fort heureux ! Je commençais à me demander si les quelques rumeurs sulfureuses quant aux actes de votre Chapitre ou de leurs successeurs n'était si infondées que cela. Mais je suis fort content de constater que ce n'est pas le cas !

-Racontars et propagande anti-impériale d'agents de l'Archihérétique que tout cela. Tenez, pour me faire pardonner mon refus initial, je vous invite même dès à présent à me rejoindre sur mon bâtiment afin de mettre au point un plan de bataille commun. Il va de soi que je partagerai avec vous toutes les informations en ma possession. En toute honnêteté !

-Bien sûr, mon très cher frère. Je vais préparer instamment un Thunderhawk, préparez les vecteurs d'approche. Raimer, terminé.

-Gabriel, terminé.

La connexion holoraphique s'éteignit. Gabriel resta un instant immobile devant la console, pensif.

-Puisse le Lion veiller sur nous, laissa-t-il échapper tout bas.

-MFT-

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Jeu 14 Fév 2013 - 10:19

Super! J'attends la suite avec impatience Wink.
Bien que le mot "débouler" fait bizarre dans la bouche d'un SM.

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Lun 18 Fév 2013 - 19:59

Toujours aussi bon !

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Lun 18 Fév 2013 - 20:45

C'est excellent!

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Lun 15 Avr 2013 - 16:38

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Stp...

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Mar 16 Avr 2013 - 19:40

Intronisation, Chapitre 16 : Piscina

Aussi loin que portait le regard, on ne voyait que désolation. Assis sur le haut de la caisse du Razorback Magna Veritas, Gabriel laissait vagabonder son regard sur les alentours de la centrale électrique de Kadillus Harbour. Il fourbissait son épée. Elle devait être prête pour le prochain combat, qui ne saurait tarder à venir. Le jeune champion de la Troisième Compagnie savait qu'il ne tarderait pas. Il en était ainsi depuis deux semaines, il n'y avait aucune raison qu'il en aille autrement ce soir encore. Un Dark Angel n'était jamais fatigué de combattre. Mais il pouvait être fatigué physiquement. Malgré toute son endurance, deux semaines de combats de rues acharnés, brutaux, vicieux, répétés à une cadence humainement insupportable, l'avaient complètement épuisé. L'usage de son nodule cataleptique, des drogues de combat et de l'adrénaline de synthèse avait un coût douloureux, qui le laissait bien las. Ses muscles étaient lourds, ses mouvements mus par un automatisme issu de soixante-dix ans d'entraînement et de combats étaient moins vifs et s'accomplissaient sans entrain. Son moral n'était pas atteint, son envie de tuer les ennemis de l'Empereur toujours aussi furieuse qu'au premier jour, mais son corps, bien que génétiquement amélioré, commençait à atteindre le point de rupture. Il en était réduit à laisser ses membres accomplirent les gestes rituels sans y réfléchir, car se concentrer l'empêchait de se reposer. Il laissait ses yeux courir sans fin sur l'horizon.

L'horizon qu'il inspectait sans relâche rougeoyait sous le double éclairage du soleil couchant et des incendies montant de centaines d'épaves dispersées un peu partout. Les carcasses de véhicules et de peaux vertes semblaient constituer un horizon indépassable. Des colonnes d'âcre fumée noire s'élevait d'une multitude de débris. De temps à autres, parce que les flammes atteignaient un magasin ou un réservoir plein, l'un de ces tas de débris explosait tel un volcan en éruption, faisant voler à la ronde des pièces calcinées, des poutrelles tordues, tout un ensemble de choses bizarres qui allaient s'écraser aux alentours en des amas hétéroclites. Parfois, dans la corolle noire du champignon, des flammes tourbillonnaient, apparaissent et disparaissaient tout aussi subitement, parfois même continuaient de brûler haut dans le ciel quand elles trouvaient un combustible sur lequel alimenter leur appétit vorace.

Le jour tombait, mais si le ciel s'assombrissait, l'horizon, lui restait toujours aussi rouge, aussi intense. Les spires noires se confondaient avec le crépuscule et la scène produisait une image encore plus infernale : les silhouettes se découpaient sur les flammes, faisaient émerger ici un angle bizarre à la jonction de deux plaques de tôles soudées n'importe comment, là une cheminée, là une forme anthropoïde, celle d'orks qui avaient été pris au piège dans leurs véhicules et qui se consumaient depuis longtemps.

A côté de Gabriel, un déclic métallique se fit entendre et la trappe du tourelleau s'ouvrit. Frère Hostilus passa la tête hors du véhicule, jeta un bref regard sur les alentours, puis se hissa hors du poste de conduite.

-Quoi de neuf ? demanda-t-il.

-Rien pour l'instant. Il commence à peine à faire nuit mais on y voit comme en plein jour, et c'est parti pour durer, tant ces incendies ont l'air inépuisables. Je pensais allumer bientôt le projecteur.

-C'est précisément ce que j'étais venu faire, fit Hostilius. Frère Harridan a trop à faire avec le Vénérable Kleomen pour s'occuper d'un misérable projecteur.

Il se dirigea vers l'engin, le démarra et balaya les environs avec le puissant faisceau. Depuis qu'une roquette primitive avait atteint le brave transport, rien n'allait plus comme avant. Il roulait toujours, son système de tir fonctionnait encore mais il avait fallu forcer l'Esprit de la machine du véhicule et ce dernier le faisait savoir en renâclant autant qu'il le pouvait. Sans doute espérait-il un peu plus de commisération, mais tous les soins des Techmarines étaient concentrés sur des priorités plus urgentes. Près de la moitié des véhicules de l'expédition étaient hors de combat, et la quasi-totalité du reste ne tarderaient guère à le devenir à leur tour s'ils n'était pas l'objet de soins constants et acharnés de la part des frères spécialisés dans le service de l'Esprit. Une grossière charge antichar ork avait par exemple laissé le Dreadnought Vénérable de la Compagnie totalement paraplégique, et tous les moyens et le temps que pouvaient consacrer Frère Harridan et ses acolytes aux machines lui étaient dédiés. Malheureusement il n'était que le premier d'une longue file d'attente...

Les membres de l'escouade de commandement de Belial en était réduit à tenter d'apaiser l'Esprit courroucé de leur Razorback avec les moyens du bord, les quelques formules et gestes simples qu'ils avaient appris. Mais il semblait en falloir bien plus qu'ils ne pouvaient faire et ne parvenaient à tirer de lui que le strict minimum. Sans doute celui-ci avait-il compris qu'il était le cadet des soucis des prêtres de la Machine, et il manifestait ostensiblement son désaccord. Hostilius promena de nouveau le faisceau sur les carcasses sinistres, puis éteignit le projecteur afin de ne pas user inutilement la batterie et tenter de faire comprendre à Magna Veritas qu'ils voulaient l'économiser, qu'ils faisaient de leur mieux pour le soulager. Mais les quatre tuyères d'échappement ne laissèrent saisir aucun signe qu'on put suspecter d'être de la reconnaissance, aucun grincement ni ronronnement particulier du moteur ne trahit une quelconque marque de gratitude. Hostilius haussa les épaules, et redescendit par là où il était monté.

Gabriel se retrouva à nouveau seul, fixant le désert de cendre par lequel arrivait depuis deux semaines des vagues croissantes de peaux-vertes. A présent que ses yeux s'étaient habitués à la pénombre ambiante il pouvait repenser aux évènements de ces quinze derniers jours pendant que la partie professionnelle de son cerveau inspectait sans cesse le terrain avec attention. C'était au retour d'une mission accomplie que la Troisième compagnie avait fait escale sur Piscina IV, un des traditionnels mondes de recrutement du Chapitre. Un monde paradoxal, dans lequel la moitié de la population vivait dans des villes bourdonnantes d'activité, conforme aux standards de l'Imperium, tandis que l'autre moitié était constituée de rudes montagnards nomades, peuple de chasseurs-cueilleurs dont la principale fonction était de fournir une part de leur chasse à des marchands qui approvisionnaient les villes de la planète d'une viande d'une très grande qualité énergétique. Ces montagnards restaient une population aux standards de vie très primitifs, ce qui avait plu aux Dark Angels qui venaient tous les quinze ans chercher de nouvelles recrues parmi eux, et parfois plus souvent lorsque le besoin s'en faisait sentir ou que l'occasion se présentait. Piscina était une planète qui ressemblait à un enchevêtrement de chaînes de montagnes émergées des océans grisâtres de la planète. Quelques plaines côtières et de nombreux plateaux, et surtout des matériaux rares qu'il fallait extraire du fond des mers. Peut être étaient-ce ces derniers que les Big Boss ork Ghazkull et Nazdreg voulaient s'approprier ?

Ils avaient surgis du Warp une semaine après l'arrivée des Dark Angels. Leurs deux flottes coalisées, organisées autour de deux gigantesques Space Hulks, avaient contraint sans difficulté le Winged Vengeance et sa flottille d'accompagnement à battre en retraite et aller quérir du renfort sur ordre de Belial. L'équipage prit le temps de débarquer le maximum de matériel possible puis s'échappa en direction du Roc, talonné par plusieurs bâtiments orks. Il ne faisait pas de doutes qu'il se tirerait d'affaire, se dit Gabriel, optimiste par nécessité. Il le fallait. Trop de frères étaient tombés pour que ce sacrifice soit vain. La moitié de l'expédition, pour être exact. Il n'y avait plus que cinq scouts, par contingence stratégique, tous les autres avaient été intégrés par Belial dans les escouades de frère de batailles tant les besoins en hommes étaient grands. Frère Gideon ne savait presque plus où stocker les glandes progénoïdes, le dernier legs des morts au Chapitre.

Piscina n'était que faiblement défendue en temps normal, et serait déjà tombée depuis longtemps aux mains des peaux vertes si la Troisième Compagnie ne s'était pas trouvée sur place. Les orks avaient clairement pour objectifs les centrales électriques de la planète, au nombre de cinq. Deux étaient déjà entre leurs mains, et plusieurs villes avaient été pillées, leurs populations réduites en esclavage par les peaux-vertes pour leurs industries de guerre. Mais pourquoi les orks cherchaient-ils à s'assurer par tous les moyens des sources d'approvisionnement en énergie ? Leurs Hulks en orbite devaient déjà regorger d'usines et de centrales pour les faire tourner. Alors pourquoi ? Capturer ces centrales ne pouvaient être le seul objectif des deux chefs de guerre. Alors les métaux précieux ? Peut être, mais pour autant qu'il sache, Gabriel ne se rappelait pas que les orks semblaient vraiment faire la différence entre les matériaux, à part peut être entre les conducteurs et les inflammables... question sans réponse pour l'instant. De toutes façons, quelque soit leur but final, l'objectif présent était clair : la possession des générateurs. Kadillus Harbour à lui seul représentait le double des quatre autres réunies. C'était celle-là qu'il fallait défendre. Ce que Maître Belial avait compris.

Belial. Depuis maintenant une semaine qu'il le côtoyait, son supérieur apparaissait à Gabriel sous un jour différent de qu'il avait été jusqu'à présent. Jusque là, il avait toujours vu le Maître de sa compagnie comme une sorte de dieu vivant, pas l'égal de l'Empereur, ni du Primarque ni même d'Azrael mais tout de même comme un génie militaire dont chaque décision était mûrement réfléchie, pesée, tirée toute lumineuse de son esprit avisé. Un Astartes aux capacités physiques et d'analyse hors du commun. Cette carrure olympienne était restée intacte, immaculée, malgré toutes les épreuves que la Troisième Compagnie avait pu traverser sous son commandement. Néanmoins, une fois entré dans la Première escouade, Gabriel avait approché un peu plus le personnage. Il l'avait suivi dans plusieurs actions difficiles. Compte tenu de sa place, il avait accès à quelques informations supplémentaires et était à même de commencer à juger la pertinence des plans de son supérieur. L'impression de malaise qu'il commençait à ressentir vis à vis de certains des actes de Belial ne fit que s'amplifier lorsqu'il intégra sa garde rapprochée.

Ce n'était pas que Belial était faux. Il était effectivement un grand personnage, un combattant doué et expérimenté. Ce n'était pas non plus que ses conseillers soient tout pour lui. Si en effet Gabriel avait assez vite compris que les conseillers de Belial jouaient un rôle certain auprès de leur chef, ce qui écornait un peu l'image du chef militaire clairvoyant qu'il s'était forgé de lui dans les premiers temps, Belial était loin d'être dénué d'esprit de décision ou d'initiative. Du reste, jamais il n'aurait atteint cet échelon dans la hiérarchie du Chapitre si cela n'avait pas été le cas. Non. C'était plutôt qu'il prenait des décisions discutables par leur caractère acharnées, de loin trop obstinés. Gabriel était un Dark Angel : il tiendrait sa position envers et contre tout si on le lui ordonnait. Mais cela ne l'empêchait pas à présent de critiquer pour lui-même certains ordres de ce genre. Il est de très nombreuses situations ou n'importe quel autre Chapitre que les Dark Angels auraient abandonnés leurs positions pour un repli stratégique. Mais il en était parfois aussi où tenir la position à tout prix n'était pas la meilleure solution parce qu'elle ne pouvait déboucher sur rien. Cette guerre autour de Kadillus Harbour en était l'exemple parfait. Les Dark Angels restaient sur place et se faisaient lentement laminés sans appuis, ni possibilité d'en apporter ailleurs, tandis que les forces de l'adversaire ne faisaient que croître à chaque engagement. A ce rythme là, le Winged Vengeance ne pourrait jamais revenir à temps avec des renforts, et les Dark Angels ne pourraient tout simplement plus reprendre la planète. Pour Gabriel, la solution était claire : abandonner Kadillus Harbour et se retrancher dans les montagnes, dans lesquelles les orks ne pourraient plus jouir de l'avantage du nombre, dans lesquels les usines situées sur le plateau pourraient fournir ou réparer du matériel aux Dark Angels, alimentés par les sources d'énergies dont la Troisième Compagnie disposait en nombre suffisant. On pourrait tenir dans ces montagnes bien assez longtemps pour que le Winged Vengeance fasse deux fois l'aller-retour, et prendre en tenaille les orks. Mais non, pour Belial il n'en était pas question et évoquer la question n'était absolument plus possible devant lui. Il n'avait qu'un mot à la bouche : tenir, tenir, tenir !

Au fond, Gabriel commençait à voir son chef d'un autre œil. Pénétrer dans l'intimité en quelque sorte du grand homme était un honneur et une malédiction. Quand Belial lui proposa la place de Frère Torqatus après que celui-ci eut été coupé en deux par la pinc' énergétique d'un nob ork lors d'un engagement particulièrement violent, il avait accepté avec joie tant l'honneur qui lui était fait était grand ! Être nommé champion de sa compagnie après n'avoir passé que quatre mois au sein de l'escouade de vétérans de celle-ci était exceptionnel, et il n'était pas certain que les annales du Chapitre ait conservé un autre exemple d'une telle ascension. Il n'était pas certain non plus que jamais une compagnie n'eut connu de situation plus précaire : jamais les pertes de la Troisième Compagnie n'avait été si conséquentes. Mais il demeurait que sa trajectoire au sein du Chapitre avait été fulgurante et Gabriel, bien que sa tâche soit surtout guerrière au sein de la suite de Belial, était régulièrement consulté par celui-ci sur des questions de stratégie, au même titre que des frères plus expérimentés que lui que Belial avait choisi avec précaution longtemps auparavant.

Plus il voyait Belial commander, prendre ses décisions, partir au combat, plus il voyait les défauts de celui-ci. Il était peut être un grand chef de guerre, mais il était aussi un carriériste, un homme orgueilleux qui chercherait toujours à se mettre en avant, un homme qui n'avait pas peur de la démesure lorsque celle-ci pouvait servir ses plans ou sa gloire, un homme pour qui la renommée était autant une fin qu'un moyen d'accéder à de toujours plus hautes charges. Un homme qui n'hésiterait pas par exemple à tenir jusqu'au dernier Dark Angel une centrale énergétique qui n'était plus prioritaire compte tenu de la situation actuelle, dans le seul but de se faire bien voir ou de mourir au sommet de sa gloire, cette mort dut-elle ne rien apporter du tout ni au Chapitre, ni à l'Imperium. Tenir, oui, jusqu'au bout, mais pour quelque chose. Quelque chose qui en valu plus la peine qu'une once de gloire supplémentaire pour Belial.

Gabriel frissonna. Ses pensées avaient quelque chose de séditieux, un relent d'hérésie peut être. Mais pourtant elles existaient, et Gabriel avait eu beau juré de toujours garder sa confiance dans ses supérieurs, il ne pouvait empêcher son esprit de courir et remuer ses réflexions amères. Il mourrait pour Belial si celui-ci lui ordonnait, mais cela n'empêchait pas qu'il souhaita à l'instant fatidique que cela serve autre chose que la gloire de celui-ci. Cruel paradoxe, cruelle contradiction sans doute mais cela ne l'entraverait pas dans son devoir ni dans aucune action. Tant qu'il n'aurait pas le pouvoir de le décider, il devait accepter de mourir en vain. Et au rythme où allaient les choses sur Piscina, c'était le sort qu'il finirait par connaître sous peu, comme certainement tous les frères qui avaient survécus jusqu'ici à la moitié des autres.

La nuit était à présent totalement tombée. Les divers incendies continuaient d'éclairer les ténèbres. Les charognards se repaissaient des corps des peaux vertes. Fallait-il qu'ils soient mal nourris ! sourit Gabriel. Mais son sourire retomba aussitôt. Son oeil expérimenté avait cru déceler un mouvement insolite et inattendu. Rapportant la chose sur le canal d'escouade, il entreprit d'insepcter la zone après avoir lancé le projecteur. Frère Hostilius apparu à nouveau à travers la trappe et s'approcha de Gabriel tandis que celui-ci promenait le faisceau avec attention, scrutant les alentours. Rien ne bougeait plus.

-Cela m'étonnerait bien qu'il n'y ait rien là-bas, dit-il.

-Je vais réveiller maître Belial, répondit Hostilius. Il avisera.

-Très bien, mais préviens les autres escouades sur le canal général de se tenir en alerte. Je n'aime vraiment pas ça.

Hostilius redescendit. Gabriel repassa le pinceau de lumière et revint subitement en arrière, par ruse. Le cercle de lumière donna en plein sur le visage d'un ork, totalement ébloui par les kilowatts qui le frappaient de plein fouet.

-Alarme ! hurla-t-il, tout le monde, à son poste ! Des Kommandos !

Se sachant découvert, ces derniers descendaient en vociférant leurs gutturaux cris de guerre de la colline qui faisait face à la centrale. Gabriel sauta à terre alors que le Razorback se mettait en mouvement et que les bolters lourds de Magna Veritas entraient en action, envoyant une tornade de projectiles dans la vague et une masse impressionnante de grosses douilles en tous sens.

Gabriel, son épée à la main, son bouclier dans l'autre, faisait quelques moulinets pour échauffer son poignet pendant les quelques minutes qui restaient avant que la horde soit sur eux. Belial et le reste de l'escouade de commandement le rejoint. Les Rhinos débarquaient les escouades sur leurs positions de combats, tout le dispositif des Dark Angels se mettait en place avec une précision superbe. Les orks se rapprochaient encore, tirant de leurs armes primitives des rafales inoffensives. Quelques roketts allèrent se perdre dans le décor. Une, deux, trois dizaines de pas en plus, et les Spaces Marines ouvrirent le feu à leur tour, tissant un rideau de bolts infranchissables. L'élan de l'attaque fut stoppée nette, les premiers rangs furent fauchés d'un seul mouvement. Leurs camarades escaladèrent les amas de corps, mais à peine une tête dépassait-elle qu'elle se volatilisait sous l'impact d'un bolt. Les kommandos finirent par perdre confiance et refluèrent en désordre.

-Cessez-le-feu ! ordonna Belial de sa voix de stentor, cessez-le-feu ! Economisez vos munitions, ce n'était qu'une reconnaissance en force ! Rechargez et remontez dans vos véhicules. Nous nous replions sur nos positions secondaires. Je sens venir le barrage d'artillerie, confia-t-il à Gabriel.

Comme pour lui donner raison, le fracas d'une salve de canons lourds se fit entendre au loin, suivis moins d'une minute plus tard par le sifflement des obus. Ils frappèrent trop court, pulvérisant les cadavres de la première vague et ceux qui agonisaient encore. A l'abri dans leurs transports, les Dark Angels regardèrent les terrifiantes explosions retourner des positions dans lesquelles ils ne se trouvaient plus, transformant encore un peu plus le paysage en un amoncellement terriblement confus de poutrelles et de ruines.

-MFT-
Désolé d'avoir totalement zappé de vous poster la suite mais j'ai mille choses en tête à la fois :sorry:

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Un jour Chuck Norris a tué quelqu'un avec un fusil laser (il frappait avec la crosse).


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Technaugure
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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Mar 16 Avr 2013 - 23:57

Ne t'en fais pas. Mais la suite a été dévorée en quelques minutes et mérite une petite rallonge Wink

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Mer 17 Avr 2013 - 13:04

Très bon comme d'habitude Wink

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alino
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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Mer 10 Juil 2013 - 15:00

Jai tt lu en deux jours et c est vraiment super on a vraiment l impression de lire un roman Black Library l ambiance et les sentiments sont parfaitement bien explicites de meme que tout l spect pieux et religieux des spaces marines. Merci pour ce texte et vivement la suite !!!!
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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Ven 12 Juil 2013 - 7:24

La Voix dans le Voile, chapitre 5 : A l'assaut !

Le connétable Raimer -sénéchal était un titre uniquement protocolaire- regarda passer en vrombissant loin au dessus de sa tête une salve de missiles qui s'abattit avec fracas sur les murs du Palais Doré, trois-cent mètres plus loin. L'édifice disparu dans un nuage de poussière, tandis qu'une nouvelle salve faisait vibrer l'air au-dessus de lui. Il tourna la tête à droite et à gauche, constata que les Dark Angels prenaient bien position comme il en avait été décidé durant la préparation de l'attaque, et se rassura. Il craignait jusqu'au dernier moment un retard ou une « erreur » quelconque. Malgré sa confiance de façade, il n'était pas tout à fait sûr de la sincérité de son allié après que celui-ci eut accepté son offre d'assistance autant à contre-coeur. Mais dans l'immédiat, tout semblait se dérouler comme prévu, ce qui l'apaisa quelque peu. Peut être finalement le Grand Maître Gabriel était-il en tout point sincère ?

Sincère ou pas, le templier éprouvait tout de même une certaine sympathie pour un commandant aussi jeune et un stratège aussi talentueux. Raimer n'était pas né de la dernière pluie et il se serait attendu à diriger la mise au point de leur assaut, mais il en avait été tout autrement : à peine était-il entré dans la salle de contrôle des opérations que le Dark Angel lui avait fourni un plan minutieusement préparé, planifié dans ses moindres détails, et auquel il n'avait pour tout dire rien à ajouter, contester ou modifier. Il était tout simplement bluffé !

Le connétable, qui tenait le timing à l'oeil s'aperçut qu'il était temps pour lui maintenant de rejoindre ses troupes et fit demi-tour, redescendant le monticule de gravas qu'il avait escaladé pour trouver un abri et observer le déroulement du tir d'artillerie. Il se remémora rapidement les différentes phases de ce plan si bien conçu. En fait, l'assaut consistait en une double diversion : les rapports montraient que les xenos comptaient sur les défenses de leurs portes principales pour repousser tout assaillant, en conséquence de quoi ils n'avaient pas renforcé ce secteur de barricades particulières. Ils avaient plutôt massés leurs troupes sur les accès secondaires afin d'y contre-carrer toute offensive. Aussi les Dark Angels allaient-ils mener plusieurs assauts appuyés sur ces secteurs afin de concentrer l'attention de l'ennemi sur ces points précis. Puis huit minutes plus tard, les Black Templars passeraient à leur tour à l'attaque sur la porte principale, avec pour mission si possible de l'enlever, du moins de représenter la menace la plus grave possible afin que l'ennemi croit y voir l'attaque principale. Car là encore il ne s'agissait que de diversion. L'adversaire soustrairait certainement des troupes des derniers secteurs non attaqués, et les Dark Angels regrouperaient alors toutes leurs forces -moins quelques éléments engagés pour maintenir le maximum d'ennemis sur leurs premières positions- et frapperaient le coup décisif dans l'un de ces secteurs que l'on espérait trouver dégarni.

Raimer toutefois comptait bien sur ses Black Templars pour percer les défenses des xenos et s'enfoncer profondément dans le Palais, à la recherche de la Voix, ce dieu mystérieux qui avait asservi toute une race extraterrestre et un système entier, et dont il avait eu écho malgré les destructions opérées dans les « temples » des trois autres planètes. Il rejoignit ses unités, stationnées en contrebas, dans un cratère géant laissé au beau milieu d'un quartier résidentiel par les impacts d'une salve d'artillerie de marine. Sous le regard attentif du Réclusiarque Amaranth, le Champion de l'Empereur Korbinian rappelait à ses frères, agenouillés devant lui, les voeux qu'ils avaient prêtés lors de leur initiation, comme le voulait la coutume. Les formes trapues et robustes de trois Dreadnought se tenait derrière lui comme une garde d'honneur. Raimer rejoignit ses propres Frères d'Epée Terminator et écouta la fin du sermon du champion. Après une courte bénédiction délivrée par Amaranth, les croisés montèrent dans leurs véhicules d'assaut.

Sa croisade ne comptait qu'une centaine de Marines, mais son équipement lourd était considérable : sept chars Land Raider, dont trois de la version Crusader, trois Dreadnought, autant de Predator et deux Vindicators, à quoi venaient encore s'ajouter une demie-douzaine de transports plus légers, autant de Land Speeders et pour finir deux douzaines de motos. Le tout en faisait une formation d'assaut redoutable, laquelle s'ébranla à l'heure H+8 minutes en direction de la porte du Palais Doré.

Quelques minutes plus tard, ses éléments de tête étaient engagés par les défenses mais les tirs ne causèrent pas de gros dommages. Du moins, l'un d'entre eux parvint à décheniller le « Fléau des Infidèles », dont l'escouade embarquée se rua hors du Land Raider et chargea sur les cent-cinquante mètres restant à pied. Les Devastators Dark Angels saturaient de tirs toutes les canonnières ou embrasures, et bientôt les Vindicators écrasèrent les deux portes blindées sous leurs terribles obus. La brèche était ouverte, et les Black Templars s'y engouffrèrent en hurlant leur haine des xenos.

Sitôt débarqués, ils furent pris à parti par des systèmes automatisés et des défenseurs xenos qui tentèrent vainement de s'accrocher au terrain. Malgré quelques pertes, Raimer et ses hommes exterminèrent les premières lignes et établirent un solide périmètre de sécurité. Le Connétable regarda l'horologium intégrée à son casque et constata que depuis deux minutes les Dark Angels s'étaient désengagés et se regroupaient. Ils lanceraient leur nouvelle attaque dans quatre minutes. Celle des Black Templars, avance comprise, n'avait pas duré plus de quinze.

-Préparez-vous à recevoir l'ennemi. Repoussez-le, et poursuivez-le !

Le Connétable profita des derniers instants de calme qui restaient pour mettre à jour les données tactiques, en particulier la carte du palais, puis relaya ses informations jusqu'au Damoclès des Dark Angels qui centralisait les informations et renvoyaient à chacun des deux groupes un plan précis des installations et situations.

Soudain, un tir surgi de nulle part atteignit un des Frères de bataille. Son armure se décomposa autour de l'impact et fut traversée comme s'il ne s'agissait que d'une vulgaire feuille de papier. Le Black Templar s'effondra, le poumon droit perforé. Plusieurs autres tirs fusèrent sans qu'il soit possible de détecter d'où ils étaient partis.

-Franc-tireurs ! Hurla Raimer. Abritez-vous !

Il ordonna un tir de suppression. Des milliers de bolts crachés par des centaines de bouches à feu criblèrent tout le décor environnant, et quelques formes mal définies chutèrent au sol dans des gerbes de sang.

Des hordes de chiens étranges surgirent alors de partout, et aussitôt apparurent de nombreux guerriers xenos. La tuerie commença.

Les bêtes furent toutes massacrées avant d'avoir atteint les lignes impériales, mais le duel de tir paraissait pouvoir durer une éternité, car l'ennemi s'était bien retranché. Raimer regarda l'heure : H+34. Les Dark Angels avaient enfin porté le coup fatal, et il n'était plus nécessaire de rester sur place à maintenir l'ennemi.

-Black Templars, avec moi ! A la charge ! Sus à l'ennemi !

Dans un cri jailli de cent poitrines, les croisés s'élancèrent comme un seul, et se ruèrent sur les positions adverses. Les Land Raiders écrasèrent tout de leurs chenilles, fournissant un tir de couverture des plus efficaces. Les xenos, qui ne s'y attendaient pas, furent pris totalement par surprise.

Raimer et sa garde rapprochée se jetèrent sur une position défendue par un petit groupe d'ennemis. Ils n'en firent qu'une bouchée. Le Connétable écrasa de son marteau deux adversaires, et poursuivit sa course en avant avec ses hommes. Partout, les Black Templars débordaient leurs opposants, les massacrant dans de violents corps à corps, dans lesquels la constitution chétive des xenos n'était que très partiellement contrebalancée par leur avance technologique. Bientôt, les blindés s'ouvrirent un chemin dans les décombres et établirent un nouveau périmètre de sécurité dans les jardins, protégeant la brèche qui leur servirait de sortie.

Le connétable prit le temps de souffler quelques instants, puis sépara sa force en deux, prenant la tête de la première, confiant la suivante à Korbinian, puis ils partirent chacun de leur côté dans un secteur différent.

Le connétable et son groupe progressaient depuis deux ou trois minutes quand ils tombèrent dans une embuscade. L'ennemi paraissait pouvoir se rendre indétectable aux auspex, et ils mirent hors de combat trois frères dès les premiers instants. La réponse des Templiers ne se fit pas attendre et ceux-ci répliquèrent par un nouveau tir de suppression qui tua deux agresseurs. Mais combien y'en avait-il ?

Raimer avisa une porte au fond du couloir dans lequel ils étaient pris à parti, et au pas de charge ils se dirigèrent vers celle-ci. Ils pénétrèrent dans une vaste salle et une arme automatique se mit à déchaîner sa fureur vers eux. À grands renforts de grenades, les croisés firent taire la position. Puis ils se remirent en route et détruisirent un second barrage dans un couloir voisin. Les défenseurs parvinrent à s'enfuir, et ils les poursuivirent en traversant plusieurs pièces avant de les rejoindre et les exterminer. Il fit marquer une nouvelle pause, mit de nouveau à jour ses données avec celle des Dark Angels, puis reparti de l'avant.

Toutefois, il ralentit le pas et demanda à ses hommes de prendre beaucoup plus de précautions. Puis, il prévint Korbinian d'en faire autant. Ce dernier acquiesça, et lui répondit qu'il était également du même avis que lui : tout cela sentait le traquenard à plein nez. Raimer se méfiait et pour cause : il se serait attendu à plus d'opposition. Il avait la désagréable impression d'être « guidé », et c'était en général synonyme de piège...

*
**

H+26. L'heure était venu de porter le coup décisif et d'enfin tirer vengeance de Quatre. Là-haut, en orbite, une dizaine de Terminators, engoncés dans leurs lourdes armures blanc os, attendaient dans la chambre de téléportation du Winged Vengeance de recevoir les coordonnées de saut pour ouvrir la voie aux Dark Angels.

-Escouade Nathaniel, à vous de jouer !

Le sergent scout accusa réception, infiltré loin là-bas à l'intérieur des murs à la faveur des premières diversions, et Gabriel pouvait presque le voir appuyer sur le bouton de la balise de téléportation, commander à son escouade de se dégager, et courir vers de nouvelles positions de combat pour ouvrir le feu sur l'ennemi retranché derrière sa barricade tant il avait pensé cette opération dans tous ses détails.

-Frères ! En avant ! Et par le Lion, balayez-moi cette racaille xenos !

Aussitôt, la colonne de Rhinos démarra dans un grondement de moteur formidable et, le Predator Caliban's Blade en tête, se dirigèrent tout droit vers la poterne qui était leur objectif. Gabriel, qui pour une fois avait abandonné ses réacteurs dorsaux, dirigeait la manoeuvre depuis le Razorback de son escouade de commandement, le « Magna Veritas ».

Sans surprise, ils atteignirent l'objectif sans être arrêté par l'opposition, balayée qu'elle avait été par la frappe en profondeur des escouades Antigonos et Séleucos. Une charge à fusion plus tard, la porte n'existait plus. Les blindés pénétrèrent à l'intérieur, se déployèrent dans une grande cour en se couvrant mutuellement. Les Dark Angels débarquèrent de leurs transports et envahirent le palais à leur tour.

-Gabriel à Severian, repliez-vous sur le point alpha, appliquez la phase 2, tenez la ligne ! Nous sécurisons l'objectif avant d'infiltrer le Palais. A vous.

-Severian à Gabriel. Message reçu. Faisons mouvement vers le point alpha. Severian terminé.

A présent que Severian redéployait les escouade cinq, six, neuf et dix de la compagnie en vue d'établir un solide corridor de retraite protégé des contre-attaques adverses, la vitesse était la clef. Les forces ennemies ne seraient plus maintenus en plusieurs points par les unités de diversion, et les retranchements de siège n'étaient plus défendus que par les systèmes automatisés. Ses unités de la Ravenwing assureraient la défense active mais Gabriel doutait qu'ils puissent, malgré leur maîtrise et leur expérience, réussir à contenir toutes les forces assaillantes qui tenteraient de reprendre le palais et les empêcher de mener à bien la mission.

Le Grand Maître scinda sa force d'assaut en trois groupes, deux emmenés par une escouade de la Deathwing, qui devrait capturer zéro-zéro-un et le rapatrier aussitôt, la dernière menée par lui-même et son escouade de commandement. Il conservait en réserve deux autres escouades de Terminator, qui eux aussi maintenant attendaient le signal du saut que leur enverrait les balises des commandants de groupes. Vingt terminators ne seraient pas de trop pour capturer le Déchu le plus dangereux de tous.

Les trois groupes se mirent aussitôt en marche et pénétrèrent dans un labyrinthe de couloirs et de salles. Les premières barricades et positions retranchées furent enlevées assez facilement, mais à mesure que les Dark Angels s'enfonçaient à l'intérieur, la résistance se fit plus âpre. Une dizaine d'Astartes étaient déjà mis hors de combat à des degrés divers, et la Troisième Compagnie déplorait trois morts après un quart d'heure de progression.

Gabriel s'arrêta à un carrefour où se croisaient à angle droit deux couloirs. Ils étaient bâtis dans du marbre d'un grain fin, et moulurés de stucs ciselés avec soin. De l'ambre relevait les bas reliefs, lesquels représentaient des scènes plus ou moins ésotériques. Pas le temps de se pencher sur la question. Il mit à jour les données tactiques, demanda au Damoclès comment progressaient les Black Templars, et jeta un coup d'oeil à droite et à gauche pour inspecter sommairement l'intersection. Personne. Pour une fois ! Le Grand Maître s'élança droit devant lui, mais il n'avait pas passé l'intersection que trois tirs d'énergie percèrent le mur derrière lui. Ce couloir était pourtant désert !

Gabriel ordonna à ses hommes de rester sur leurs positions et demanda si l'auspex avait un signal quelconque. La réponse fut négative. Il comprit que l'ennemi disposait de moyens de camouflage puissants. Certainement étaient-ce des troupes d'élite de la Voix.

-Pas le temps de finasser, fit-il en se saisissant d'une, puis deux, puis trois grenades. Il les lia entre elles avec un morceau de tenture qu'il arracha à une tapisserie proche, et arma l'une des charges avant de la lancer à bout de bras à travers le couloir adjacent. Une déflagration puissante. Ses hommes et lui traversèrent sans plus de mal une zone complètement dévastée.

Ils surgirent dans ce qui semblait être un hall de réception, un espace vaste et haut de l'équivalent de plusieurs étages, qui paraissaient desservis par des galeries. Du marbre, toujours, on eu pu croire que l'ensemble avait été taillé directement dans une mine de marbre. De nombreux flambeaux rehaussaient la beauté des décors, projetant alternativement ombres et lumières sur les volutes d'or, d'argent et d'ivoire magnifiquement polies, le sol était pavé d'une mosaïque d'une finesse avoisinant le millimètre. Mais la splendeur du spectacle ne retint pas l'oeil professionnel de Gabriel. Là haut voletaient des xenos ailés porteurs de différentes armes de tirs ou de mêlée. Quelques Frères de bataille le dépassèrent pour se mettre à couvert en courant, afin de couvrir le passage. Plusieurs rafales d'armes lourdes, dissimulées au premier niveau tentèrent de les cueillir, Frère Kelsus tomba percé d'une plaie béante au côté. Les volants s'abattirent sur eux. Mais ce fut sans mal qu'un sévère tir de couverture permit de les tenir à distance pendant que les quelques Astartes entrés refluaient vers le coude du couloir, tirant à eux la dépouille. Tandis que frère Gideon se penchait sur lui pour prélever ses glandes progénoïdes, Gabriel détailla la situation. La position était forte et bien établie, en venir à bout sans l'aide d'un des deux Dreadnoughts de la Compagnie ne serait pas une mince affaire. Malheureusement, la hauteur des plafonds n'avaient pas été calculée pour laisser passer de tels engins aussi faudrait-il faire sans.

-Escouade Kandaran, arrosez-moi tout ça, occupez-les pendant que nous cherchons à dégager le passage. Les autres avec moi.

Accompagné de son escouade de commandement et de l'escouade du Sergent Clostermann, Gabriel remonta au pas de charge le couloir, et désigna un endroit qui lui paraissait convenir. Les auspex ne détectaient rien alentour.

-Frère Barral, ouvrez-moi ce mur.

Le Dark Angel s'approcha, arma son fuseur et une boule de feu jaillit pour désintégrer le mur face à lui. Gabriel s'engouffra dans la brèche ainsi crée, et continua de même jusqu'à parvenir, estimait-il, à hauteur de la barricade ennemie. Les Astartes se mirent en position, puis Barral fit feu une dernière fois. Un large pan de mur fut volatilisé, et des grenades à fragmentation volèrent au travers du trou. Elles firent un carnage parmi les défenseurs. Ceux qui n'eurent pas la chance de succomber à ce moment furent taillés en pièce par la charge de l'escouade Bethor, Gabriel en tête. Les xenos volants, trop surpris, n'eurent pas le temps d'intervenir et s'égaillèrent sans demander leur reste par les nombreuses portes qui donnaient sur les galeries supérieures. Quelques uns toutefois furent happés par les rafales de l'escouade Kandaran, tandis qu'il rejoignait le reste du groupe. Leurs cadavres s'écrasèrent avec des bruits sourds sur le sol, faisant sauter de nombreux tessons de la mosaïque.

Les Dark Angels montèrent et sécurisèrent les différents couloirs qui amenaient sur le hall. Gabriel fit un rapide relevé des couloirs qu'il envoya au Damoclès, et se fit transmettre l'état de ses autres groupes d'assaut. Visiblement, d'après les rapports qu'ils lui transmirent, leur progression à eux aussi était difficile. L'ennemi vendait chèrement sa peau. Severian en revanche était surpris du peu d'agressivité des aliens. C'était donc synonyme de renforts importants au devant : tous les efforts étaient concentrés sur le Palais et la défense de la Voix.

-Qu'en est-il des Black Templars ?

-Apparamment ils ne sont pas confrontés à la même résistance que nous, répondit frère Rammiel depuis le Damoclès. Leur avance est plus rapide et leurs rapports font état d'une opposition plus éparse.

La communication fut interrompue par l'un des hommes de Gabriel, qui cria :

-Hostiles en approche !

L'ennemi contre-attaquait. Gabriel sauta se mettre à couvert, tel un chasseur guettant sa proie pour surgir au bon moment et la tuer avant qu'elle ne réalise qu'il est sur lui.

-Faites dire aux sergents Séleucos et Antigonos d'accélérer, quelqu'en soit le coût. Il ne faut pas perdre plus de temps ! ordonna-t-il au Damoclès par le canal de commandement.

L'ennemi arrivait de partout. Dans chaque couloir, de chaque position défendue par les Dark Angels montait progressivement le staccato des bolters. Les projectiles fusaient et déchiquetaient tout ce qui avait le malheur de se trouver sur leurs trajectoires. La contre-attaque adverse était vouée à l'échec.

-Ils tentent de nous repousser, lança Gabriel pour galvaniser ses hommes, mais ils se briseront sur notre défense de feu et d'acier ! Dark Angels, ne faiblissez pas ! Tuez ! Tuez ! Au nom de l'Empereur, exterminez-les tous !

Gabriel encourageait ses hommes, et fit lui-même le coup de feu avec Redemptor, son bolter-fuseur. Toutefois, l'attaque était si féroce que certains adversaires parvinrent au contact et engagèrent les Astartes au corps à corps. Les couteaux de combat faisaient office de canifs face aux longues piques d'énergie que maniaient les Xenos.

-Dark Angels ! Montrez-leur la force de la Première Légion ! Montrez-leur et exterminez-les !

Gabriel se jeta dans la mêlée. Il esquiva une première attaque et abattit son gantelet blindé en une terrible manchette qui brisa les frêles cervicales d'un premier alien. Absolution para un deuxième, puis un troisième coup, et, trouvant une faille dans la garde adverse, empala un second xenos. Un troisième succomba, largement ouvert depuis l'épaule jusqu'à la hanche. Bethor, Gideon et le reste de son escouade éventraient l'ennemi à tour de bras avec leurs épées tronçonneuses. La dizaine de combattants qui avaient réussi à atteindre la ligne impériale furent occis en quelques instants.

-Vous marquerez deux jours de pénitence pour avoir laissé l'adversaire vous engagez, dit Gabriel à l'adresse des deux Dark Angels fautifs. Vous avez mis la ligne en péril, et donc tous vos frères par la même occasion. Et estimez-vous heureux de pouvoir encore marquer ces deux jours !

Les incriminés baissèrent la tête en silence. La punition était juste et méritée.

-Escouades Kandaran, Clostermann et Bethor : on reprend la progression ! En avant !

Le groupe se remit en route. Gabriel ouvrait la marche lui-même et menait un train d'enfer. Mais la résistance était de plus en plus farouche et malgré l'élan qu'il insufflait, ils n'arrivaient pas à progresser plus vite. Cela faisait près d'une heure que les Dark Angels s'étaient engouffrés par la poterne et les gains de terrain se faisaient de plus en plus laborieusement. La vitesse était la clef, et les choses n'en devenaient que passablement plus compliquées.

-Gabriel à Damoclès. Qu'en est-il des Black Templars ?

-Damoclès à Gabriel. Raimer et ses hommes ont pénétrés loin dans le complexe, sans grande résistance visiblement. Nous avons capté il y a dix minutes une communication selon laquelle ils commencent même à redouter un piège.

Soudain, Gabriel comprit. Oh non, il ne s'agissait pas d'un piège. Bien au contraire : Cypher, se sachant condamner, était tout simplement en train d'amener les croisés de Raimer à lui.

Il ne fallut que quelques minutes pour qu'il eu la confirmation de sa sinistre intuition :

-Damoclès à Gabriel. Les Black Templars échangent des communications agitées depuis quelques instants. Il serait question d'un Astartes non-identifié. Attendez ! Il y a du nouveau : Raimer vient d'ordonner le désengagement à ses groupes d'assaut !

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Le fusil laser est la meilleure arme de l'univers : il n'est jamais rechargé. La preuve, personne ne l'a jamais fait !
Le fusil laser est la seule arme de l'univers qui soit une arme jetable. C'est plus pratique pour courir.
Le fusil laser est, de tout l'arsenal de la Garde Impériale, l'arme qui a le meilleur taux de rendement. Avec lui, tout le monde se rend.
Un jour Chuck Norris a tué quelqu'un avec un fusil laser (il frappait avec la crosse).


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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Ven 12 Juil 2013 - 7:52

Rhooo,
Quel suspens !
Vivement la suite...

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Ven 12 Juil 2013 - 13:11

Toujours aussi haletant...la suite, la suite, la suite, la suite, la suite,la suite, la suite, la suite !!!

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Ven 12 Juil 2013 - 15:39

Si pour que tu postes ici il faut de temps en temps te relancer ce sera fait avec plaisir vu la qualité des textes !

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Ven 12 Juil 2013 - 17:36

Intronisation, ch 17 : Morts et doutes pour une centrale

Cela dura toute la nuit et jusqu'à une heure avancée du jour. Les Dark Angels tinrent bon, malgré la fureur croissante des assauts orks. Ils repoussaient vague après vague que Gazkhull et Nazdreg leur envoyaient. On ne parvenait plus à voir le sol de cendre de Piscina tant celui-ci était encombré des carcasses des peaux-vertes ou de leurs véhicules. Le spectacle du coucher de soleil de la veille était déjà suffisamment éloquent en terme de carnage, mais il n'avait plus aucune commune mesure avec celui qui s'offrait au zénith du lendemain. Et les choses n'avaient fait qu'empirer durant l'après-midi. Les orks se jetaient sur eux toujours plus nombreux, mais ce n'était pas encore assez pour faire plier les Fils du Lion.

Gabriel but un rasade d'eau à la bouteille purifiante que lui tendait Gidéon. Ses bras lui faisaient mal d'avoir tant frappé, les réservoirs de dogues de combat de son armure étaient épuisés et ceux de Gidéon également. C'était en vérité toute la Compagnie qui était épuisée : les hommes étaient épuisés ; les rangs étaient épuisés ; les réserves étaient épuisées.

Gabriel et toute l'escouade de Bélial suivaient le Grand Maître tandis qu'il passait auprès de chacune des positions, auprès de chacun des hommes, prodiguer des encouragements et des paroles promptes à maintenir le moral des hommes. Frère Atars tenait haut la bannière de l'unité, et ranimait la rage de tuer et de vaincre des hommes. C'était à eux de le faire à présent puisqu'ils avaient porté en terre le fier Chapelain Abraxas deux heures plus tôt.

Au moment le plus critique, Abraxas s'était tenu seul au milieu de la brèche qu'avait ouverte la disparition de la quatrième escouade, submergée par la vague verte. En parangon des valeurs du Chapitre, il avait tenu bon, là, frappant en tous sens, massacrant par chapelets les orks qui se massaient autour de lui. C'était l'incarnation de la mort qui se dressait parmi les trépassés. Au moment le plus critique, il était là, semant la destruction parmi les peaux-vertes comme jamais un héros du Chapitre ne l'avait fait. Malgré les innombrables blessures que l'on découvrit sur lui, il ne recula pas et continua d'écrire le récit qui lui serait consacré dans le Grand livre de la confrérie des Anges de la mort. Abraxas vécut assez pour qu'une contre-attaque menée par Bélial lui-même le dégage et mette en fuite les xenos. Il vécut encore assez pour qu'on lui retire son casque et qu'il bénit le Chapitre de lui avoir permit de servir l'Empereur de cette façon, et assez encore pour remercier l'Empereur de lui avoir permit de quitter la vie ainsi, et de rejoindre sa droite au sommet de sa gloire. Puis il s'éteignit, laissant s'échapper son dernier souffle.

Gabriel n'avait jamais vu un Astartes pleurer, il n'aurait jamais cru possible qu'un Dark Angel puisse verser des larmes. Mais la vue de ses plus vieux compagnons se prendre le visage dans les mains ou bénir une dernière fois le vieux mentor lui fendit le coeur et la tristesse s'y engouffra. Bélial lui-même tenta de se composer un masque stoïque mais n'y parvint guère et Gabriel décela dans ses yeux le même reflet luisant qui brouillait sa propre vue. Il vit certain de ses frères défoncer à coup de crosse ou à main nue les visages brutaux des peaux-vertes qui jonchaient le sol autour de la dépouille du Chapelain. Ceux qui, pour leur infortune, vivaient encore furent torturés atrocement pour venger la mort du Chapelain. Leurs cadavres furent empalés sur les pièges antichar qui défendaient la centrale de Kadillus Harbour. D'autres furent pendus à tout ce qui était susceptible de s'y prêter. La fureur meurtrière des Dark Angels ne s'éteignit pas, elle ne fit que croître et à présent qu'ils inspectaient les frères de bataille, Bélial et les siens surent que la mort d'Abraxas valait mieux que toutes les paroles pour les exhorter.

Enfin les cinq hommes -Frère Raziel était mort durant le quatrième assaut- reprirent leur poste afin d'attendre la prochaine attaque. Ils s'installèrent à l'intérieur d'un abri bétonné qui protégeait l'un des générateurs. Ils s'assirent sur de gros blocs de plast-béton éparpillés dans un fatras de gravas. La centrale n'était que superficiellement endommagée, et toujours en état de marche, mais ce superficiel était déjà conséquent. L'artillerie ork avait totalement anéanti tous les bâtiments périphériques et un certain nombre d'obus s'étaient égarés plus en arrière, touchant les bâtiments vitaux sans pour autant les détruire. Ce qui était bien dommage d'ailleurs, car cela aurait permis de faire entendre raison à Bélial et de se replier dans la chaîne de Koth pour tenir en attendant les renforts.

-Je connais bien Gazkhull et Nazdreg, dit Bélial. Leur fierté est piquée au vif, et le sacrifice d'Abraxas les aura tellement mis en fureur que le prochain assaut se fera sans aucunes réserves. Les xenos vont tout mettre dans la balance pour un dernier assaut décisif, et je vous paye mon écot que les deux Boss seront de la partie. Nos hommes sont exténués, mais nous tiendrons quoi qu'il advienne. Je le répète, cet assaut sera décisif : quoiqu'il arrive ce sera le dernier. Ce jour marquera la chute de Gazkhull une bonne fois pour toute. Nous vaincrons, ils se briseront sur notre courage d'adamantine. Abraxas nous a montré l'exemple : ils ne passeront pas.

Bélial se leva. Sa volonté farouche se lisait sur son visage. Tous ses muscles étaient contractés et reflétaient sur son faciès son âme, toute tendue vers un seul objectif. Défaire le fléau d'Armageddon. Il prononça une prière à l'Empereur après avoir étendu les bras pour bénir ses compagnons, et se retira à l'écart. Ses hommes le regardèrent partir puis s'éloigner de plus en plus pour finalement disparaître de leur champ de vision.

Gabriel retira son casque et suggéra à ses équipiers d'en faire autant.

-Qu'y-a-t-il frère ? demanda Gidéon. Un problème de transmission ?

-Non, répondit Gabriel d'une voix basse. Non. Il y a que nous devons tenir un conseil privé.

-Dans le dos de maître Bélial ? Tu perds l'esprit Gabriel ? fit Frère Atars d'une voix sourde ou perçait la menace.

-C'est lui qui perd l'esprit, rétorqua Gabriel. La perte d'Abraxas nous est cruelle à tous, mais elle ne doit pas nous aveugler comme elle semble le faire pour maître Bélial !

-Comment oses-tu... siffla Hostilius en se levant, l'air menaçant.

-Réfléchissez bon sang ! éclata Gabriel en se levant à son tour. Maître Bélial parle de l'exemple d'Abraxas mais il n'en comprend rien ! Abraxas s'est sacrifié, mais il n'est pas mort en vain. Et nous ? Pourrons-nous en dire autant lorsque nos corps seront le festin des charognards et que nos têtes orneront le chariot de guerre de Gazkhull ?

-Un Dark Angel ne recule jamais, Gabriel, espèce de lâche, calomniateur, séditieux, traître ! hurla Hostilius.

Gidéon sauta sur ses pieds avec une vivacité qu'on ne lui connaissait plus, et gifla Hostilius.

-Assieds-toi, crétin ! Ordonna-t-il. Je suis le plus âgé ici, je t'ordonne de t'assoir et de la boucler à double tour ou tu auras affaire à moi.

-Si Bethor était ici, il...

-Si Bethor était ici, pauvre idiot, il dirait la même chose que moi. Je le sais, cela fait plus d'un siècle que je le côtoie. Tu peux en dire autant ? Certainement pas.

La froide colère qui émanait de Gidéon fit plus qu'appuyer ses paroles. Elle écrasa de toute sa force, de toute son autorité, le frère Hostilius qui avec un regard de rancoeur, se rassit de mauvaise grâce.

-Continue, Gabriel, même si je suis à peu près certain de voir ou tu eux en venir.

-Merci, Frère-Apothicaire, répondit l'intéressé. L'idée de mourir ici ne me fait rien, Frère Hostilius, reprit-il. Si tel est notre destin, je l'accepte et servir l'Empereur par ma mort ici ou ailleurs, c'est toujours le servir. Mais c'est précisément là ce que je veux vous dire. Pour servir l'Empereur, il faut que notre mort ne soit pas vaine. Et si cette centrale tombe intacte aux mains de Gazkhull, notre mort n'aura servit à rien. Abraxas s'est sacrifié pour nous rappeler qu'un sacrifice n'en est un que s'il y a un sens à la mort. Si nous mourons tous pour une centrale qui continuera de fonctionner de toutes façons, à quoi bon serons-nous tombés ? Aurons-nous servi l'Empereur ? Puisque Maître Bélial a décidé que tout se jouera ici, nous devons respecter sa volonté, et il n'est pas question de la remettre en cause. En revanche, devons-nous laisser ces bâtiments fonctionels ? Non ! Il serait totalement absurde de le faire ! Si nous devons tous mourir ici, Gazkhull ne doit pas trouver cette centrale intacte ! Prenons au moins la précaution élémentaire de la miner. Le dernier d'entre nous qui tombera le fera après avoir détruit cette maudite centrale, pour l'honneur de nos morts !

-Mais nous devons agir dans le dos de Bélial, dit Hostilius. C'est de l'hérésie.

-C'est ne pas le faire qui serait hérétique. Si nous ne faisons rien, nous serons mort pour la gloire de Bélial, si nous le faisons, nous serons mort pour celle de l'Empereur.

-Espèce de... hurla Hostilius.

Il se jeta sur Gabriel et, le saisissant à bras le corps, ils tombèrent à terre. Ils roulèrent dans la poussière et les gravas jusqu'au bas du tertre de débris. Par le hasard du combat, ce fut Hostilius qui se retrouva au dessus de Gabriel. Il leva son poing et l'abattit vers la figure de Gabriel en clamant :

-Je vais te faire rentrer tes paroles dans la gorge, sale traître !

Mais il ne porta pas le coup. La poigne de fer de Gidéon l'intercepta et lui tordit violemment le bras : Hostilius laissa échapper un cri de douleur. L'Apothicaire le saisit sans lui laisser le temps de de revenir de sa surprise par le protège-nuque de son armure, le força à se relever, puis lui décocha un direct du droit qui envoya Hostilius s'étaler sur le sol de cendres. Atars aida Gabriel à se relever.

-Quoi ? Même toi Atars ! Tu ne vas quand même pas te ranger à l'avis de ces...

-De ces quoi ? fit sèchement Gidéon. J'ai deux fois plus d'expérience que toi Hostilius, je sais des choses que tu ignores, et je t'avais déjà en assez piètre estime. Je n'ai pas mon mot à dire dans les nominations de maître Bélial mais si j'avais été à sa place tu ne serais pas ici.

-Gabriel l'a traité d'hérétique et c'est moi qui n'ai pas ma place ? Mais dans quel monde vis-tu Gidéon ? Atars ! Tu sais ce que je vaux ! Regardes-nous et dis-moi lequel de nous deux est l'hérétique ?

Le porte-étendard resta silencieux.

-C... Comment ? Mais... mais dis quelque chose bon sang !

-Je ne sais pas lequel de vous deux est l'hérétique ni si l'un de vous l'est plus que l'autre. Et je ne veux pas le savoir, lâcha Atars. Il ne s'agit pas d'hérésie mais de bon sens. Si nous mourons tous, et que la centrale tombe aux mains de Gazkhull intacte, toutes ces semaines de combats n'auront servies à rien. Je ne veux pas que le prix que nous avons payé jusqu'à présent soit vain. La mémoire de nos frères exige que cette centrale reste entre nos mains ou quelque saute. J'ai dit.

-Et nous prendrons toutes les mesures pour que ceci s'accomplisse, conclut Gidéon. J'ai dit.

-Mais c'est de la rébellion ! Vous êtes tous devenus fous ! Fous à lier !

-Ca suffit ! trancha l'Apothicaire. Je suis le plus vieux, c'est de ma seule décision, et ce sera de ma seule responsabilité si l'on devait me demander d'en rendre des comptes. Mais j'en doute.

Hostilius jura, mais ne dit rien de plus, tourna simplement les talons et s'en alla. Les trois autres remontèrent le long de la pente, et Atars et Gidéon conseillèrent à Gabriel de l'attendre au sommet pendant qu'ils allaient chercher à convaincre Harridan. Ils avaient plus de chances d'y arriver que lui.

« Ce que j'ai fait est grave, se dit Gabriel. Hostilius a raison sur deux points : c'est de l'insubordination, et je crois bien avoir été trop loin dans mes pensées en parlant de mourir pour la gloire de maître Bélial. Il me hait maintenant, cet imbécile, et la haine d'un imbécile, c'est toujours dangereux. Il faudra que j'apprenne à mieux retenir mes pensées.

« Suis-je vraiment hérétique ?

« La divergence de pensée, c'est le schisme. Le schisme, c'est l'hérésie. J'avais juré d'obéir aux ordres de mes supérieurs, et voilà que je prends des dispositions pour contrevenir à ceux de mon supérieur direct. En tous cas, il est sans doute assimilable à de l'hérésie de penser, que dis-je, de proclamer que son chef est hérétique. Et je suis certain que cette brute va aller mettre séance tenante maître Bélial au courant pour peu qu'il le retrouve...

« Suis-je vraiment hérétique ? Peut être. Peut être le Lion lui-même s'est-il trouvé confronté à cette situation ? »

Gabriel laissa sa tête basculer en arrière pour aspirer l'air plus librement et se reposer un peu avant le choc qui ne saurait plus tarder. Il repensa au discours qu'avait prononcé le Grand Maître Rhamiel le jour de son entrée comme scout dans le Chapitre. « Dans la souffrance et la douleur, confiez-vous à votre Primarque, Lion el'Jonson ». Fallait-il ici encore lire un sens caché ? Certainement oui, sans doute, et le chemin qui y menait passait par l'épreuve.

« Je ne suis pas hérétique, non. J'agis par sens du devoir, celui de protéger l'Humanité et servir l'Empereur. Cette station doit nous rester ou être détruite, peu importe ce qu'en pense un Hostilius ou un Bélial. Il y a un intérêt plus grand. J'agis pour mes frères, ceux qui sont morts et ce qui seront morts en défendant cette maudite unité. Je n'ai pas le droit de rester là les bras ballants sans rien faire, à attendre une mort stupide. La mort, oui n'importe où, n'importe quand, mais pas stupide. Il est trop facile de paraître coupable à ceux qui ne peuvent rien comprendre. »

-Nous avons parlé à Harridan.

Gabriel sursauta. Gidéon lui posa la main amicalement sur l'épaule.

-Je ne vous avais pas entendu arriver, Frère Gidéon.

-Je sais encore me faire silencieux malgré mon âge, répondit ce dernier d'un air amusé. Bon, enfin, assez badiné. Nous avons parlé à Harridan. Il n'a pas été facile à convaincre lui non plus, mais il a tout de même fini par accepter. De mauvaise grâce bien entendu...

-Bah de toutes façons les Techmarines sont tous les mêmes : toujours ronchons, à grogner qu'on leur abîme leurs belles armures et qu'ils n'ont jamais assez de serviteurs pour tout réparer et trouver le temps de s'occuper des machines à contenter, en plus de tout ça.

-Il y a du vrai dans ce que tu dis, Gabriel, dit l'apothicaire en souriant. Mais, pardonnons-lui : après deux semaines aussi éprouvantes pour ses équipes et lui, on ne saurait vraiment lui en vouloir. Et puis, aller contre la volonté formelle d'un supérieur n'est loin d'être évident pour un Dark Angel. Hostilius a beau être bête comme ses chaussettes de céramite il illustre bien le problème.

-Croyez-vous qu'il puisse avoir l'oreille de Bélial et lui rapporter ce que nous avons fait ? J'ai du mal à porter un jugement sur sa valeur réelle et les raisons qui ont poussé Bélial a en faire un de ses plus proches.

-Justement parce qu'il est fidèle et servile, et qu'il lui voue un véritable culte. J'apprécie maître Bélial, mais il a un goût prononcé pour son image personnelle et apprécie ceux qui savent le flatter. Note que je ne vois pas Hostilius comme un flagorneur patenté. Je le crois sincère. C'est peut être là le pire d'ailleurs. Enfin... Non, il n'hésitera pas une seconde à nous dénoncer, c'est certain, et d'ailleurs si tu veux mon avis, j'imagine qu'en ce moment il doit être en train de déblatérer tout ce qu'il a sur le coeur à notre encontre à son idole. De là à dire qu'il en aura l'oreille... Bélial n'est pas un imbécile, je suis persuadé qu'il a le même jugement que moi sur Hostilius mais il a besoin d'un chantre dévoué. Enfin sans doute...

-Il n'empêche. Le chagrin altère la perception, et la colère de Bélial quand il apprendra que nous contrevenons à sa volonté pourrait bien être redoutable.

-Oui, c'est très juste ce que tu dis-là, dit Gidéon en s'asseyant à ses côtés.

Il se saisit de son épée tronçonneuse et la nettoya quelques instants des restes de sang coagulé qui y adhérait encore. Ses yeux se firent vagues, ils se fixèrent dans le vide et y restèrent quelques instants alors que ses bras exécutaient leur tâche comme des automates. Comme pour se donner le temps de la réflexion.

-J'espère qu'il subsistera même dans un moment aussi dramatique une part de réalisme dans son esprit.

-Que voulez-vous dire frère Gidéon ?

-Il est parfois des vérités qui doivent rester cachées, tu le sais certainement frère Gabriel, fit Gidéon en appuyant un peu sur la fin de sa phrase. Ceci dit, tu n'es pas comme Hostilius, et je crois pouvoir te parler sans détour. Bélial est un bon commandant, mais tout à l'heure, lorsque tu as parlé de « mourir pour sa gloire à lui et non celle de l'Empereur », j'ai le sentiment que cela sonnait atrocement juste. Je t'ai appuyé non seulement pour le bon sens de ta proposition, mais aussi parce qu'au fond, je pense à peu près la même chose. Je le répète, maître Bélial est un bon commandant, mais il a ses défauts et peut être est-il un peu trop... obstiné, dans le mauvais sens du terme, et cela se conjugue mal avec sa soif de gloire et son ambition. Il saura toujours où est la ligne rouge entre orthodoxie et hérésie, mais si cela peut le servir, il n'hésitera pas à la côtoyer.

Il eu un petit rire, et ajouta :

-C'est mal, n'est-ce pas, de parler ainsi dans le dos de notre chef bien-aimé ?

-Je ne sais pas si c'est mal, mais je ne vois pas complètement le rapport avec la mort de frère Abraxas.

-Eh bien, il se murmure parmi les anciens de la compagnie et quelques initiés du Cercle Intérieur que maître Bélial et lui étaient très proches, voire des proches tout court. Cette légende prétend qu'ils furent frères dans leur vie antérieure au Chapitre et que, au jour du recrutement, il n'y avait qu'une place pour l'un d'entre eux. On demanda à ces enfants de sept ans qui devrait survivre à l'autre et tous les deux se seraient serrés l'un contre l'autre en répondant qu'on les tue plutôt tous deux que l'un d'eux. Et, paraît-il, ils ne se sont jamais quittés depuis lors non plus. Je n'ai jamais prêté beaucoup de crédit à cette légende, elle peut très bien avoir été forgée a posteriori car il est vrai que pour ce que j'en sais, ils étaient très liés et ont eu de nombreux états de service ensemble. Je n'y ai jamais prêté beaucoup de crédit, jusqu'à aujourd'hui du moins. Pour ne rien te cacher, puisque nous en sommes là, je n'ai jamais vu maître Bélial dans un état pareil.

-Et vous craignez que ceci le porte à... à quelque action déraisonnable, comme de préférer mourir ici pour lui plutôt que détruire la centrale et se replier sur la chaîne de Koth ?

-Ou même qu'il cherche à se venger, par n'importe quel moyen. Je n'ai aucun moyen de le savoir, je te l'ai dis, c'est une situation inédite pour moi. Mais dans l'état actuel des choses, j'en viens de plus en plus à étudier les solutions à une situation dans laquelle maître Bélial ne serait plus là, physiquement ou mentalement.

Gabriel parut interloqué. Il n'aurai jamais imaginé qu'un Dark Angel puisse envisager une telle possibilité, douter à ce point de son supérieur. Gidéon dut le remarquer, car il poursuivit :

-J'ai deux-cent-cinquante ans de service à mon actif, je suis plus ancien que Bélial lui-même, j'ai de l'expérience et je sais ce qu'est le commandement, l'autorité et le pouvoir. C'est une lourde responsabilité, et, vois-tu, il implique d'aller toujours plus loin dans la réflexion, de dépasser les dogmes en les comprenant si intimement qu'ils finissent par se transcender d'eux-mêmes. Je ne suis qu'Apothicaire, mais tout comme Bethor ou dans une moindre mesure Atars, j'incarne la continuité du pouvoir et du commandement de la Troisième Compagnie, bien au-delà de maître Bélial. C'est toujours lui qui commande, mais c'est nous qui restons lorsqu'il n'est plus là, ou qui resteront lorsqu'il ne sera plus là. Et qui te seconderont lorsque le temps sera venu.

-Me seconder ?

-Te seconder.

-Frère Gidéon, vous... vous n'y pensez pas sérieusement ?

-Au contraire, je ne vois que toi pour suppléer à maître Bélial lorsque l'heure aura sonné.

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Ven 12 Juil 2013 - 21:26

Merci !

C'est vraiment excellent !

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Sam 13 Juil 2013 - 10:48

La Voix dans le Voile, Chapitre 7 : Décrochage

-Rhaimer vient d'ordonner le désengagement à ses groupes d'assaut !

Les mots explosèrent comme des obus dans les oreilles de Gabriel. Son pressentiment était le bon, et ce qu'il craignait qu'il put arriver de pire était advenu. Les Black Templars avaient trouvé Cypher, ou plus précisément Cypher s'était jeté dans leurs bras. C'était terrible. Un très court instant, Gabriel resta immobile, comme frappé par une attaque invisible, tout soudain pétrifié. C'était terrible : le pire ennemi du Chapitre était dans les mains d'autres agents de l'Imperium. Il fallait le récupérer coûte que coûte.

-A tous : code rouge, code rouge, désengagement immédiat et repli sur les transports. Exécution. Dies Irae, relayez cet ordre en boucle sur nos fréquences, utilisez le cryptage Bêta-8.

-L'ennemi revient à la charge, Monseigneur !

Une de ses sentinelles ouvrit le feu depuis sa position surplombante pour retarder quelques instants les assaillants et donner quelques secondes supplémentaires aux défenseurs. Peine perdue, les extraterrestres semblaient devenus fous, et se ruaient comme des déments vers les lignes vertes des Dark Angels.

-Décrochez par escouades et couvrez-vous les uns les autres, schéma Grad-2. Allez-y Clostermann, l'escouade Bethor et moi-même resterons jusqu'au dernier.

Sans mots dire, les dix Dark Angels quittèrent la ligne et coururent chercher l'abri d'une barricade qui coupait le couloir en deux, et s'établirent fermement sur leur nouvelle position. Aussitôt une deuxième escouade rompit les rangs et se replia jusqu'au carrefour suivant, afin de sécuriser la voie de repli. Les détonations des bolters emplirent d'échos la salle dans laquelle les Dark Angels avaient établi leur ligne de défense lorsque les premiers Xenos apparurent dans l'encadrement des portes ou des fenêtres. Le sang et les viscères éclatées se répandirent au sol et sur les murs à mesure que les bolts trouvaient leurs cibles, mais les vagues suivantes enjambèrent les premières. Cette attitude était nouvelle, jamais Gabriel ne les avait vu agir de cette façon. Bientôt, ils furent au contact, attaquant avec des armes improvisées comme de simples bouts de bois les Astartes en armures. Le combat ne pouvait être qu'à sens unique, mais il retardait le décrochage. Très vite, le Grand Maître comprit qu'il s'agissait d'une nouvelle fourberie de Cypher, qui sacrifiait ses pions en les envoyant à l'abattoir pour empêtrer encore plus avant les Dark Angels. Aussitôt, Gabriel ordonna à toutes ses unités de rompre le contact, ne restèrent alors plus que ses cinq compagnons et lui-même.

Ils se battirent comme des lions, retraitant pied à pied pour éviter de perdre le contact avec le reste de leurs hommes et de se retrouver isolés. Bientôt, les bolters de Clostermann aboyèrent à nouveau et dégagèrent les six combattants. Ils se mirent alors à courir, bien couverts par les rafales dévastatrices. Ils passèrent en trombe au travers de plusieurs couloirs, ses hommes se repliant sur les talons de leur chef. Des décharges d'énergie striaient les airs, de plus en plus nombreuses, sifflant derrière eux et frappant les murs ou parfois les hommes. Les pertes creusèrent peu à peu les rangs, bien que lorsque c'était possible, un Frère aidait l'autre à se relever et l'entraînait avec lui.

Les Dark Angels parcoururent ainsi en sens inverse les couloirs qu'ils avaient si difficilement conquis, bien couverts par les tirs de leurs Frères. La discipline des Fils de Jonson animait toute la mécanique qui fonctionnait à plein, comme une machine aux rouages bien huilés. Chaque Frère savait parfaitement ce qu'il avait à faire, et les escouades adaptaient leurs schémas tactiques à l'environnement et aux circonstances sans difficulté, avec une maîtrise parfaite et implacable. Ouvrant le feu pour quelques courtes rafales, les Dark Angels abattaient avec précision les ennemis les plus acharnés et balayaient leurs poursuivants, puis décrochaient graduellement afin que chaque escouade à tour de rôle battit de son tir les couloirs et les salles tandis que les autres consolidaient leur position de cinquante mètres en cinquante mètres. Ainsi, le repli s'effectuait à une vitesse impressionnante, sans perdre ni temps ni efficacité.

Gabriel, tandis qu'il courait à la tête de ses hommes, admirait avec respect et satisfaction la manoeuvre de ses unités. Il en était particulièrement fier, et veillerait à les récompenser comme il se devrait ses escouades lorsque tout cela serait achevé et qu'il aurait récupéré Cypher. Menant la pointe de l'épée, Gabriel et son escouade de commandement emportaient tout sur leur passage, quelques soient les obstacles que dressaient les Xenos pour les intercepter. Il culbuta les barricades, renversaient les extraterrestres, taillait et tranchait à tour de bras. Ses robes étaient maculées du sang bleu des Xenos, il n'était que furie guerrière au travers du carnage. Il déboucha finalement dans l'un des grands jardins qu'ils avaient traversé à l'aller. Des chants martiaux et gutturaux prononcés dans une langue inconnue flottaient dans les airs, des cris de guerre aigus jaillissaient de plusieurs endroits différents sans qu'il soit possible d'identifier où. Gabriel jaugea le terrain découvert, et jugea plus prudent d'ordonner une pause à ses hommes, afin qu'ils se mettent en position pour battre de leur feu le plus large champ. Ses escouades prirent l'abri qu'elles purent trouver, se gardant de face comme de dos, et certains Astartes poussèrent rapidement des reconnaissances afin de localiser l'ennemi ou de possibles points d'entrée cachés. Cependant, Gabriel avait autre chose en tête. Il prit contact avec le Dies Irae. Lorsque ce dernier fut établi et que la voix de Frère Gamélion résonna dans son casque, il lui demanda aussitôt la situation de Rhaimer.

-Dies Irae à Gabriel. Il aura atteint dans cinq minutes la porte principale et ses propres véhicules. Il ne semble pas avoir rencontré de résistances durant son retrait.

-Gabriel à Dies Irae. Bien reçu. Continuez à espionner leurs communications. Vous localisez-nous avec précision, Gamélion ?

-Dies Irae à Gabriel. Affirmatif Monseigneur, vous avez parcouru à peine plus de la moitié du chemin. J'estime votre retard sur Rhaimer à une vingt minutes.

Gabriel soupira. Il avait calculé quelque chose de similaire, tout en priant que son estimation soit fausse ou que le Connétable ait pris du retard. Evidemment non, il n'en avait rien été.

-Gabriel à Dies Irae. Reçu. Transmettez nos coordonnées à nos Thunderhawks pour extraction. Faites savoir à Severian qu'il doit se replier avec nos chars vers la zone d'atterrissage. Et qu'il entame son repli vers la flotte au plus vite. Dites à Harridan et aux autres Techmarines qu'ils abandonnent le matériel léger de défense, nous n'aurons pas le temps de...

-Ils arrivent ! lança un des Dark Angels cent mètre sur sa gauche.

Aucune arme n'aboya pourtant. Les Dark Angels attendaient que l'ennemi se masse pour l'anéantir définitivement. Cela laissa le temps à Gabriel de terminer sa conversation.

-...de ramener tous les systèmes Tarentule. Il y a plus urgents. Gabriel, terminé.

-Dies Irae à Gabriel. Message reçu. Nous transférons immédiatement vos coordonnées à nos escadrons d'assaut. Les Thunderhawks devraient être sur zone dans cinq minutes environ. Dies Irae, terminé.

Gabriel bénit l'Empereur pour avoir créer des guerriers aussi efficaces que les Space Marines, et revint aux Xenos hostiles qui arrivaient. Ils sortaient de partout. Une vraie vague bleue. Ils ne semblaient pas déroutés le moins du monde de ne pas être accueillis par un dense feu et chargeaient en poussant des cris aigus et des sifflements. Dans les airs, des Xenos ailés armés de ces étranges armes à énergie survolaient leurs congénères par escadrons. Lorsque la vague se trouva à cinquante mètre de la double ligne Dark Angel, bien en place derrière les murets, les murs et tout ce qui pouvait les dissimuler quelque peu, la première s'illumina d'une kyrielle de départs de coups. Les flammèches et les étincelles jaillissaient des bolters à chaque fois qu'un projectile émergeait du canon, traversant en une fraction de secondes l'espace qui séparait les tireurs de leurs cibles. Il pénétrait alors profondément la chaire de cette dernière, laquelle était souvent soulevée de terre par la force de l'impact et rejetée en arrière. L'ogive détonait l'instant suivant à l'intérieur du corps et le pulvérisait, souvent avant même que l'extraterrestre ne soit retombé au sol.

La violence du tir faucha comme du blé les trois premières lignes. Le staccato bref des Bolters tissait une ode à la mort que soulignait et renforçait les longues voix de basse des Bolters lourds. La quatrième fut abattue alors qu'elle franchissait l'amoncellement de corps pêle-mêle, qui constituaient comme une barrière. Il en fut de même pour la cinquième. Sur les flancs, les Xenos tentèrent de surgir de couloirs ou de trous d'impacts pour prendre par surprise les Dark Angels, mais les reconnaissances avaient localisés ces voies d'approches et postés les moyens appropriés pour les barrer. Dans leur dos, la seconde ligne Dark Angel abattait impitoyablement les assaillants qui tentaient de les prendre à revers. La situation pouvait ainsi durer des heures, d'autant que Gabriel, prévoyant, avait fait donné à ses escouades un approvisionnement en munitions doublé. Néanmoins, la sixième vague, brisée comme les autres sur le mur de feu des Dark Angels, ne fut pas suivie d'une septième. Les extraterrestres préfèrent battre en retraite, constatant qu'ils ne parvenaient pas à progresser. Leur nombre était encore impressionnant. Gabriel savait comme eux que dans un terrain que ses ennemis connaissaient, il lui faudrait beaucoup d'efforts et de pertes pour passer à travers. Et autant de temps de perdu. Il avait néanmoins un atout décisif : les Thunderhawks. Plus que trois minutes.

Le carnage n'en avait duré que deux, mais le tableau était éloquent. Un vrai charnier. Un véritable mur de cadavres s'était constitué à cinquante mètres de la ligne Dark Angel. Les corps s'empilaient littéralement les uns sur les autres, démantibulés, explosés. Le sang et les humeurs se déversaient des viscères éclatées et ruisselait sur le sol en gros bouillon, imprégnant la terre qui ne parvenait pas à absorber ces quantités phénoménales. Un rugissement inquiétant, bestial, rauque, éclata. Le sol se mit à trembler sous les pas sourds d'un mastodonte. Lentement, un dos colossal, une tête difforme et monstrueuse, une bête d'une taille impressionnante émergea à l'horizon. Elle était toute de fourrure, marchait à quatre pattes pesamment. Elle ressemblait à une sorte de gigantesque singe de Lénanda croisé avec un ours de Siberius. La monstruosité beugla à nouveau, et se lança à l'assaut. Elle était grosse comme deux Land Raiders. Gabriel songea rapidement à replier ses hommes à l'intérieur du bâtiment, là où la bête ne pourrait les suivre, mais c'était se couper sa voie de sortie la plus courte. Non. Il fallait l'affronter, mais il semblait que face à ce monstre nouveau, saturer de tirs d'armes légères ou à fragmentation était sans doute la meilleure des choses à faire pour tuer la bête. Les Dark Angels ouvrirent le feu à cent mètres, mais l'animal ne ralentit même pas, n'hurla même pas, comme s'il ne ressentait pas la douleur. Les Botlers lourds et les missiles à fragmentation donnèrent de la voix à leur tour. La bête se rapprochait toujours, plus que vint-cinq mètres.

Soudain, les bâtiments tenus par les Xenos volèrent en éclats, anéantis par plusieurs missiles et obus d'artillerie. Les Thunderhawks !

La bête n'était plus qu'à dix mètres quand soudain un missile à fragmentation tiré de l'escouade Kandaran atteignit le monstre dans l'oeil. Il détona à l'intérieur dans une gerbe de matière organique pulvérisée. Le monstre hurla de douleur en relevant la tête et s'arrêta, portant l'une de ses pattes à son oeil.

-Frère Zephael : votre lance-flammes, maintenant ! lança Gabriel.

Le Dark Angel surgit de la ligne et courut vers le monstre, la veilleuse de son arme brillant d'un bleu mauvais. Il lâcha un premier trait de Prometheum enflammé sur la bête. La fourrure pris immédiatement feu. L'animal poussa un second hurlement de douleur, dans lequel Gabriel crut reconnaître de la détresse. Un deuxième trait de feu atteignit le monstre à la gorge. Il se mit à courir, hors de contrôle, beuglant à mort et piétinant tout autour de lui. Zephael, surpris, ne put s'écarter à temps et fut écrasé.

-Eloignez-vous des murs ! cria le Grand Maître.

Le monstre se dirigeait à présent droit vers le bâtiment. Gabriel avait déjà perçu le danger. Sa masse allait percuter avec une incroyable violence le mur déjà dans un état pitoyable, et ce dernier allait probablement s'effondrer sur ses hommes. Les Dark Angels jaillirent, en toute hâte. La bête cogna contre la façade, et le choc fut tel qu'elle tomba dans un fracas de tonnerre et l'ensevelit sous les décombres. Sans se retourner un instant, la Troisième compagnie courut jusqu'aux appareils d'assaut qui se posaient dans une tornade de poussière soulevée par leurs puissants réacteurs.

-Escouades Une à Trois, commanda Gabriel, grimpez immédiatement dans Zealous Guardian. Quatre à Six, à vous Purity of Vengeance. Sept et huit, avec moi.

A grandes enjambées, entourés des toiles de bolts traçants projetées par les bolters lourds des Thunderhawks qui traçaient autour d'eux un mur protecteur, les Frères de bataille atteignirent les rampes d'embarquement et prirent place aussi vite qu'ils le purent dans leurs alvéoles. Gabriel monta le dernier, se retourna une dernière fois vers le champ de bataille si durement conquis et déjà abandonné, et frappa plutôt qu'il n'appuya d'un geste brusque et de mauvaise humeur sur le bouton de fermeture de la porte. Les vérins hydrauliques coulissèrent tandis que la rampe d'accès remontait, environnée de jets de vapeur. Sans attendre plus longtemps, le Thunderhawk s'arracha du sol et grimpa vers les cieux.

*
**

Durant le trajet de retour, Gabriel rumina son échec, remâcha ses mots et ceux dont Severian ne manquerait de l'accabler. Il avait sans doute gravement sous-estimé Cypher, et sa capacité à retourner les situations à son profit. Le Déchu l'avait joué. Pas même la vue des étoiles, du noir froid et sobre du vide spatial, ne parvint à lui faire desserrer les dents. Il s'était fait joué, et le ressentait comme une injure grave à son honneur personnel. Et si il n'y avait que cela ! Le Chapitre risquait d'être très gravement compromis, et ce par sa faute. Il n'arrivait pas à l'admettre, tout en lui se rebellait. C'était inacceptable ! Mais face à un tel problème, il allait falloir prendre des mesures drastiques, et radicales. Quant à sa carrière, laver un tel écueil ne serait pas tâche facile.

Il quitta le poste de pilotage où il aimait se placer d'habitude. Partir à l'assaut, rentrer de mission, étaient deux aspects de la guerre qui avaient leurs charmes propres, et Gabriel ne se sentait pleinement les apprécier que lorsqu'il se trouvait là, avec les pilotes, avec l'objectif qui grossissait à grande vitesse dans la vitre blindée ou lorsqu'il rentrait une fois la mission accomplie vers le Winged Vengeance. Cette fois, ce n'était pas le cas, et cette vision ne lui apportait aucun réconfort. Il redescendit donc, laissant les pilotes seuls. La charge du commandement était bien lourde parfois. Plus jeune, lors de moments difficiles ou de missions ratées, il avait toujours reçu le soutien de ses Frères plus âgés. Cette fois-ci, c'était la première fois qu'il échouait dans la conduite de sa propre mission, et il était seul. Seul à l'assumer, ce qui était normal, mais seul aussi à devoir porter le poids de la faute, sans qu'un ami puisse venir, s'approcher de lui et l'en décharger d'une partie. Il se retourna pour faire face à ses hommes, qui s'étaient branchés sur les systèmes de recharge de la canonnière. Il n'était plus vraiment l'un des leurs. Il était leurs commandant. Le commandement est une charge difficile, songea-t-il, elle trouve son honneur dans son hypocrisie : il est impossible de donner le moindre signe de faiblesse, même quand celle-ci est évidente. Drôle de paradoxe.

Gabriel ne tenait pas en place. Il n'était bien nulle part, persécuté par ses remords. Il s'en voulait énormément d'avoir sous-estimé Cypher et il le lui avait bien fait payer. La perspective de remonter à bord et d'essuyer le feu des critiques de Severian n'était pas non plus particulièrement réjouissante. Oui, définitivement, contrairement à d'habitude, il n'était pas heureux du tout de rentrer. Il faisait les cent pas, arpentant le compartiment passager spartiate du Thunderhawk puis, énervé, il regagna le cockpit. Là, les feux du croiseur avaient encore grossis et étaient à présent étincelant. L'engin d'assaut s'en rapprochait et les feux croissaient à vue d'oeil. Quelques minutes plus tard, Gabriel distinguait les superstructures. Le Thunderhawk entama alors sa manoeuvre d'approche, et le pilote fit décrire un virage à son appareil pendant que l'artilleur prenait contact avec le contrôle du croiseur afin d'établir les derniers détails. Bientôt, la canonnière se trouva face à une baie d'appontage, qui s'était vidée de tout son personnel et de son matériel. Les boucliers se désactivèrent alors, la température chuta de manière brutale à celle du vide glacial, et le vide emplit la salle. Le Thunderhawk se posa et le chassa bien vite. Le bouclier d'énergie protectrice se rematérialisa aussitôt derrière lui.

La rampe d'assaut s'abaissa dans un torrent de vapeur d'eau, pendant que la température grimpait à nouveau sous l'effet des puissants générateurs d'énergie et de la chaleur intense qui s'échappait des tuyères du monstre d'acier. L'atmosphère revint et l'air redevint respirable. Gabriel descendit le premier et couvrit d'un pas rapide la distance qui le séparait de la porte. Celle-ci s'ouvrit en faisant coulisser ses deux battants alors qu'il n'en était plus qu'à une dizaine de mètres. Severian surgit devant lui. Son casque mortuaire n'exprimait rien de plus que son rictus morbide habituel, mais il ne fallait pas être grand clerc pour deviner que derrière l'éclat des lentilles rouges sombres de son casque, ses yeux brillaient de colère.

-MFT-

_________________
Le fusil laser est au Garde Impérial ce que le préservatif est à l'amour : il ne sert jamais qu'une fois.
Le fusil laser est la meilleure arme de l'univers : il n'est jamais rechargé. La preuve, personne ne l'a jamais fait !
Le fusil laser est la seule arme de l'univers qui soit une arme jetable. C'est plus pratique pour courir.
Le fusil laser est, de tout l'arsenal de la Garde Impériale, l'arme qui a le meilleur taux de rendement. Avec lui, tout le monde se rend.
Un jour Chuck Norris a tué quelqu'un avec un fusil laser (il frappait avec la crosse).


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