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 L'Ange Gabriel

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Technaugure
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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Sam 13 Juil 2013 - 11:05

Un premier échec ?
Ou un dernier échec ?

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Galthan Ironsturm
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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Sam 13 Juil 2013 - 14:41

Nous apprenons plus de nos défaites que de nos victoires...

Aller Maître Gabriel, la Légion est derrière toi !

Merci MFT pour la qualité de ce texte.

Mais....où est la suite ? Wink

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Ne me forcez pas à écrire en orange ...

"Jamais n'oublie, jamais ne pardonne."
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O, Noble Maîtres de l'Astartes, venez inscrire dans le marbre du Palais de Terra le glorieux nom de votre Chapitre.
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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Dim 14 Juil 2013 - 7:50

Intronisation, chapitre 18 : Duel au sommet

Le ciel qui depuis quelques heures s'était assombri se déchira soudain dans le fracas du tonnerre. Une pluie drue se mit à se déverser des cieux. L'eau ruisselait dans les cratères, ravinait les sols épuisés, s'insinuait dans toutes les failles, fissures et traces d'impacts, des murs comme des armures. Les éclairs illuminaient fugacement d'une lumière intense le décor d'apocalypse, puis les ténèbres aussitôt se refermaient sur la centrale de Kadillus Harbour. Certains incendies déclinèrent voire s'éteignirent, tandis que d'autres continuaient de consumer tout ce qu'ils pouvaient trouver pour alimenter leur appétit.

-Si même le temps se met de la partie...

Gabriel ne distinguait plus de ses frères que les pupilles purpurines qui brillaient dans la pénombre. Un rideau de pluie d'une densité incroyable se déversait sur leurs positions. On ne voyait pas à dix mètres. S'il y avait eu encore un espoir de briser l'assaut ork, il s'étiolait à présent à mesure que la pluie le diluait. Belial apparut, sa bure détrempée rendue plus lourde encore par la pluie collant à son armure, soulignant le moindre de ses mouvements.

-Ma décision est prise. Nous allons nous replier et abandonner ces positions.

Gabriel n'en revint pas. Belial avait-il enfin entendu la voix de la raison ?

-Faites dire aux hommes de se replier sur le bloc de contrôle, ajouta-t-il. C'est lui qui commande toute l'usine, c'est l'objectif le plus vital. Tout le reste n'est que secondaire. Nous tiendrons là, et les peaux-vertes n'y pourront rien.

Le jeune Champion se mordit la langue pour ne pas jurer. Il était terrible de voir son chef bien-aimé terrassé par la passion et aveuglé par l'orgueil. Un chef pour lequel l'estime était forte mais qui peu à peu disparaissait, comme si la pluie, en plus de laver toute trace d'espoir, délavait l'image qu'il avait de lui. Mais c'était son maître, et s'il pouvait prendre des dispositions par derrière lui, il ne lui était pas possible de strictement désobéir. Il fit comme tous ses compagnons : il acquiesça.

Avec discipline, les Dark Angels retraitèrent vers le haut bâtiment bastionné. Les systèmes automatisés de défense n'étaient plus fonctionnels depuis longtemps, non pas parce qu'endommagés par les Orks mais plutôt par négligence coupable de l'alliance pétrolière qui exploitait ce site et par celle des autorités impériales qui avaient abandonné toute velléité de contrôle à ce sujet depuis bien longtemps. Néanmoins il restait quelques armes lourdes, quelques bunkers et positions de tir, et les Techmarines avaient déployé une demie-douzaine de systèmes Tarentules. Mais au fond de lui, Gabriel savait que cela ne suffirait pas à arrêter l'assaut massif des Orks qui était à présent imminent. Sur les cent-trente-cinq Marines qui avaient débarqués une semaine plus tôt, il n'en restait pas plus d'une grosse soixantaine, tous promis à un suicide collectif.

-Entre nous, j'espérais ne jamais avoir à me replier jusqu'ici, dit Belial en aparté à Gabriel. Mais le temps ne nous laisse pas le choix.

Gabriel soupira mais ne dit rien. Que pouvait-il dire ? Qu'y avait-il même à dire ? Rien en fait, Belial était décidé à mourir ici, et s'enfermait toujours plus avant dans sa folie.

-Même les pilotes de nos Rhinos monteront en première ligne. Ils ne seront pas de trop pour cette tâche. Nos véhicules sont de toutes façons à l'abri à trois cent mètres d'ici, bien dissimulés, ils ne risquent rien.

Belial sourit, posa amicalement sa main sur l'épaule de Gabriel puis le laissa pour superviser les derniers préparatifs de la défense. Si même les pilotes de Rhino montaient en premier ligne, se dit-il, il ne resterait définitivement plus personne pour raconter la mort sublimement héroïque et totalement inutile des derniers frères de la Troisième Compagnie... Un grondement sourd, plus rocailleux que le tonnerre et plus sourd encore que l'écho de la pluie qui tombait à verse, perça bientôt le brouillard sonore de l'orage. Les Orks arrivaient. C'était le bruit de centaines de moteurs qui résonnaient ainsi. Toute la vague verte, dans l'immensité de sa force et de sa masse, qui se mettait en mouvement. Ce grondement était comme celui du ressac, du ressac d'une mer de peaux-vertes aux visages bestiaux et aux yeux vicieux.

*
**

La situation était totalement désespérée, si même elle avait pu être autre chose que totalement désespérée dans les derniers jours... Les Dark Angels, retranchés dans le poste de contrôle, déversaient toujours un feu meurtrier quoique parfaitement contrôlé sur les assaillants orks. Ces derniers ne se souciaient guère des pertes. Manifestement, Gazzkhull n'avait qu'une idée en tête : écraser les défenseurs sous le nombre, quel qu'en soit le prix à payer, pourvu qu'il y ait encore et encore bataille. Cela avait l'air de l'amuser, il ne prenait même plus la précaution d'envoyer quelques obus sur le dernier carré des Space Marines.

Engoncé dans son armure lourde, Belial dirigeait la défense d'une main de fer, sûre et efficace, mais pour combien de temps encore ? Il tirait de ses deux armes de poing tout à la fois, chaque tir faisait mouche, qu'il visa la même cible ou deux Orks en même temps. Lorsque ces derniers étaient trop près, il menait la contre-attaque en hurlant le cri de guerre du Chapitre. Il était magnifique, une incarnation des dieux de la guerre que Gabriel avait croisé au détour de ses lectures sur l'antique Terra. Mais les Dark Angels savaient que la dernière vague de la marée verte serait la bonne. Les Devastator des escouades Heman et Scalprum n'avaient plus de munitions. La petite quarantaine de derniers frères ne pouvaient plus guère compter sur deux ou trois chargeurs par armes. C'était la fin, définitivement la fin. La pluie ne cessait pas de tomber, ruisselant le long des parois, chutant en colonnes de gouttelettes par maints trous dans le toit du bâtiment. Un beuglement profond vint de l'extérieur, plus profond encore que celui des précédents assauts, mais rugi par une seule gorge. Le beuglement sauvage d'une bête plus terrifiante encore que toutes les autres réunies : Gazkhull. Gazkhull, le Fléau d'Armageddon, montait en ligne. Le cri de guerre fut repris par plusieurs centaines de voix rocailleuses. Des chocs sourds retentirent, un gigantesque martèlement accompagna enfin la charge des orks. Les peaux-vertes arrivaient.

-Feu, ordonna simplement Belial.

Les salves fauchèrent un premier rang, puis un deuxième, puis un troisième rang. Le quatrième rang s'effondra alors qu'il enjambait les barricades et obstacles, et le cinquième arriva au contact. Belial laissa pendre son pistolet-Bolter à son côté, se saisit de son arme énergétique, et se lança dans la mêlée à corps perdu. Ses quatre compagnons le suivirent en hurlant. Derrière eux, tous les Dark Angels de la seconde ligne se ruèrent à l'unisson pour repousser l'assaillant. La mêlée devint indescriptible. Des langues de feu couraient dans toutes les directions tandis que les lance-flammes des uns ou des autres entraient en action à bout portant. Des éclairs, des cris, des coups vicieux s'échangeaient si vite que l'entendement surhumain d'un Astartes ne pouvait les percevoir tous. Dans la mêlée, une forme massive se détacha des autres.

-Gazkhull ! À moi vous autres, finissons-en ! C'est notre dernière chance ! hurla Belial.

-En avant, protégez le Grand Maître ! cria Gabriel.

Et il se lança derrière lui.

Il tailla son chemin à gauche de son chef bien-aimé, réduisant en pièces tout Ork assez intrépide pour tenter d'entraver son chemin. Gazkhull lui-même s'ouvrit un boulevard à la force des bras, pulvérisant amis comme ennemis pour enfin atteindre Belial. Ils gravirent tous deux une plateforme de chargement par un bord opposé, et se jetèrent aussitôt l'un sur l'autre comme deux pugilistes sur un ring. L'épée de Belial rencontra l'énorme pince du Seigneur de guerre dans une éruption d'étincelles. Ils échangèrent quelques coups rapides, attaquant tour à tour puis rompirent le contact quelques instants. En contrebas de leur tribune, le carnage était toujours intense. Les Dark Angels faisaient montre d'une ténacité incroyable et l'énergie dont ils faisaient preuve prélevait un lourd tribut aux Orks. Mais chaque perte était irremplaçable et bientôt les vingt-cinq derniers survivants furent acculés, coupés de leur commandant que pas un d'entre eux ne pouvait l'aider. Du reste, les peaux-vertes non plus ne paraissaient vouloir interrompre le duel. Hostilius avait perdu un bras, mais continuait à se battre armé de sa seule épée tronçonneuse. Son sang noir maculait sa bure blanche sinistrement, mais l'adrénaline, les drogues de combat et surtout sa volonté le maintenait dans un état de combativité tel qu'on pouvait se demander si ce bras-là n'avait jamais été en trop chez lui ou à quoi il avait bien pu lui servir jusqu'à présent... Atars quant à lui était au plus mal, une plaie béante ouverte à travers l'aigle pectoral de son armure, mais il continuait de brandir la bannière de la Troisième compagnie à bout de bras et d'insuffler son énergie aux survivants.

Sur la plateforme isolée, le duel avait repris. Belial mettait une pression énorme sur Gazkhull en attaquant à la vitesse de l'éclair, déployant tout son immense talent martial afin de créer une brèche dans la défense du Boss. À travers le rideau de pluie, on ne voyait plus à dix mètres. Les Orks avaient stoppé leur progression vingt mètre devant les lignes de la Troisième compagnie, car, sévèrement étrillés, eux aussi devaient pansés des blessures qu'ils n'attendaient pas si profondes. Il n'y aurait plus de pause à présent. Un grésillement dans l'oreille de Gabriel attira son attention sur le canal de commandement. Il ouvrit la fréquence.

-Ici Thunderhawk Zealous Guardian à Maître Belial. Répondez, à vous.

Gabriel n'hésita pas un instant et répondit avec urgence à cet appel inespéré : des renforts !

-Maître Belial est indisponible. Ici Frère Gabriel. Besoin d'assistance urgente sur Kadillus Harbour, point Gamma Quatre, coordonnées trois-trois-zéro, deux-quatre-un. Au moins cent-trente Orks devant, nous ne pourrons plus leur résister. Balayez les d'Est en Ouest.

-Reçu, Frère Gabriel, mais la pluie ne nous facilite pas la tâche. Besoin de marquages. Serons sur positions dans trois minutes. Terminé.

-Gloire au Lion. Terminé.

Gabriel se retourna vers les Dark Angels qui se trouvaient derrière lui, scrutant attentivement le brouillard de grosses gouttes qui les séparaient des Orks. Là-bas, sur la plateforme, le duel à mort continuait sans relâche, et sans qu'aucun des deux adversaires ne prenne l'avantage sur l'autre.

-Les renforts arrivent ! Un Thunderhawk va faire une passe de mitraillage sur les Orks, mais pour ça il a besoin que nous lui marquions la cible. Il me faut un volontaire.

Il n'avait pas achevé sa phrase que se dégagea des rangs un Dark Angel de l'escouade Azraeth.

-Il me reste deux grenades flash : je pense qu'elles pourraient convenir à la tâche.

Gabriel regarda le Dark Angel. Tous deux savaient que c'était une mission sans retour : il faudrait couvrir une vingtaine de mètres à découvert sous le feu nourri des Orks, lesquels étaient notoirement aussi mauvais tireurs qu'ils avaient la gâchette facile. C'était un Astartes, c'était un Dark Angel, pour lui le sacrifice faisait autant sens que le devoir, pas plus, pas moins. Gabriel n'avait demandé un volontaire que parce qu'il n'existait pas d'autres mots pour cela. Ils se regardèrent chacun droit dans les yeux, ou plutôt dans les scanners. Pour l'honorer d'un regard franc et direct, Gabriel enleva son casque. L'autre fit de même, son visage apparut dans un sifflement d'air comprimé et un mince nuage de vapeur. Il était jeune, ses traits réguliers entaillés sur toute la longueur à droite de trois profondes cicatrices parallèles. Une fine brosse brune couvrait le sommet de son crâne. Ses yeux étaient du même vert profond que son armure. Il affichait un sourire tranquille, apaisé. Gabriel ne se souvenait pas l'avoir vu jusqu'ici, pourtant il croyait connaître tous les membres de sa Compagnie. Or il n'appartenait pas à une escouade Devastator, il était donc censément plus âgé. A moins que...

-Quel est ton nom, Frère ?

-Je m'appelle Frère Ramiel, Frère-Champion.

-Corrige-moi si je me trompe mais tu as été fraîchement promu d'une compagnie de réserve, n'est-ce pas ?

-Vous ne vous trompez pas, Frère-Champion. C'est ma première campagne au sein de la Troisième compagnie, et il m'importe assez peu qu'elle soit la dernière si tant est que je serve l'Empereur jusqu'au bout.

-J'imagine que c'est pour ce genre d'actions que tu as été récompensé de la sorte. C'était clairement mérité. Le Chapitre vénèrera ton nom, et je prendrais soin qu'il soit inscrit sur le Livre des Héros car grâce à toi nous poursuivrons le combat.

-Merci Frère.

Gabriel détourna la tête et s'adressa au reste des défenseurs :

-Que tous ceux à qui il reste des grenades offensives les donne à notre compagnon. Dépêchez-vous.

Gabriel collecta une dizaine de grenades, rendit les autres, et avec l'aide de Ramiel entreprit de les grouper autour des deux dernières Flash qu'ils possédaient. Puis Gabriel déchira sa robe de bure et noua grossièrement ensemble les grenades. Ramiel prit les deux engins explosifs à bout de bras. Gabriel se saisit du casque du Dark Angel, puis lui dit :

-Avec ça tu as de quoi faire un beau feu d'artifice. Maintenant hâte-toi, ajouta-t-il en lui fixant le casque sur la tête dans un nouveau sifflement d'air. Le Thunderhawk sera là dans une minute vingt.

Ramiel inclina la tête pour saluer et fit face à la pluie qui n'en finissait pas de tomber. On distinguait les étincelles d'énergie qui tombaient en cascade à chaque fois que les armes des deux duellistes s'entrechoquaient, là-bas, derrière le rideau d'eau.

-Feu de couverture ! Ordonna Gabriel.

Les Bolters de ses frères rugirent. Ramiel s'élança, droit devant lui, et disparu dans les trombes d'eau. Les rafales courtes succédaient aux courtes rafales. La riposte ne se fit pas attendre. Plusieurs grosses roquettes surgirent en miaulant, décrivant pour la plupart des trajectoires ubuesques, éclatant comme des pétards ou ne détonant pas, trempées par la pluie. D'autres atteignirent toutefois leurs buts, et explosèrent contre les murs du bâtiment, projetant des éclats un peu partout. Deux frères tombèrent, Gidéon se précipita vers eux. Il les mit en sécurité. Une quarantaine de secondes après que Ramiel eut disparu, une explosion fracassa les ténèbres, et l'on distingua nettement des corps orkoïdes jetés en tous sens et d'autres qui prenaient feu, jetant la pagaille dans la masse des peaux-vertes. Le comvox grésilla à nouveau presque aussitôt :

-Ici Zealous Guardian. Explosion repérée, passe de mitraillage dans trente secondes. A vous.

-Bien reçu, répondit Gabriel. Une seconde ne va pas tarder, straffing le long de la ligne.

Et comme pour appuyer ses dires, une deuxième boule de feu s'éleva dans un bruit de tonnerre, éclairant toute le champ de bataille, révélant tous les détails.

-Attaque lancée. Écartez-vous.

-Ramiel reviens ! cria quelqu'un derrière lui.

Gabriel détourna la tête vers le terrain découvert. Environné d'un impressionnant filet de balles traçantes qui s'écrasaient un peu partout autour de lui et faisaient voler des gravas en tous sens, Ramiel courait vers eux de toute la puissance de ses puissants membres, de ses muscles mécaniques et de ses servo-moteurs. Il ne lui restait plus qu'une dizaine de mètre lorsque quatre ou cinq impacts l'atteignirent dans le dos, le jetèrent à terre face contre sol, étendu les bras en croix.

Gabriel s'élança pour le récupérer et ramener son corps à l'abri mais un cri subit l'arrêta aussitôt. Hostilius pointait son unique bras valide vers les duellistes. Belial était à terre, et Gazkhull levait sa griffe d'un air mauvais. Mais à l'instant même où il allait frapper, une vague d'explosions transformèrent les immeubles derrière lui en un amoncellement de matériaux calcinés. Le vrombissement infernal des réacteurs d'un Thunderhawk déchira le vacarme de la guerre, éclata parmi les explosions et les fit toutes taire. On entendait plus que lui. Surpris, Gazkhull releva la tête une fraction de seconde pour entr'apercevoir une forme sombre auréolée de centaines de départs de coups, mais revint aussi vite à sa proie. Il reçue la lame énergétique de celle-ci en plein thorax, et fut perforé de part en part. L'Ork hurla de douleur alors que le champ énergétique lui brûlait les organes, mais si grande était la résistance du peau-verte qu'il parvint à se saisir du poignet de Belial , à présent de nouveau debout, alors que celui-ci retirait son épée, et le lui brisa. Belial lâcha son arme mais l'Ork le tenait toujours et, le tirant violemment à lui, il lui assena un puissant coup de tête. La plaque d'Adamantium dissimulée sous la dure et rugueuse peau verte par les talents d'un Mediko à moitié dingue fracassa le casque du Dark Angel et désorienta Belial quelques instants. Ils suffirent à Gazkhull pour le faucher de son énorme griffe, et lui emporter une jambe.

Belial tomba à la renverse en laissant échapper un cri de douleur et de surprise. Horrifié, il vit son dernier instant arriver mais une tornade de Bolts passa une vingtaine de centimètres au-dessus de lui pour s'écraser sur le Boss. Il tourna la tête dans une grimace de douleur et aperçut au travers des lentilles fendillées et inopérantes de son casque ses derniers hommes courir à sa rescousse. Leur nombre squelettique le laissa perplexe. Il comprit soudain qu'il avait commis une erreur. Une terrible, une atroce erreur. Il poussa un autre hurlement de douleur lorsqu'il sentit son bras gauche se faire arracher. La douleur le submergea malgré l'action des drogues. Prenant appui sur son bras valide, il glissa sur le dos et reçu son propre bras tout armé de céramite en plein visage. Le choc fut si fort que Belial sombra dans l'inconscience tandis que Gazkhull détalait en glapissant de dépit.

*
**

Menés par Gabriel, les survivants de la Troisième compagnie chargèrent en criant leurs cris de guerre à s'en fendre leurs poumons améliorés. Et l'improbable se produisit. Gazkhull, une profonde blessure ouverte dans la poitrine, battit en retraite tout en se protégeant du feu nourri des armes montées sur son exo-squelette. Balayés par la passe du Thunderhawk, ses Boyz retranchés dans les ruines se contentèrent de couvrir leur chef d'un tir puissant mais imprécis, sans grandes conséquences pour les Dark Angels. Gidéon n'avait pas achevé son rapide diagnostique que déjà plusieurs Space Marines soulevaient leur chef bien-aimé et le portèrent en lieu sûr, emportant avec eux ses débris ignobles. Un grésillement signala une communication entrante au Champion de compagnie :

-Ici Zealous Guardian. Attendons vos ordres, sommes prêts pour une seconde passe.

-Ici Gabriel. N'en faites rien Zealous Guardian, cherchez-vous plutôt un site d'atterrissage le moins éloigné possible d'ici. Maître Belial est gravement blessé et doit être soigné aussi vite que possible.

-Reçu. Zealous Guardian, terminé.

Les Dark Angels regagnèrent au pas de course l'abri du bâtiment de contrôle qu'ils tenaient toujours. Gabriel rejoignit son poste de guet, en léger surplomb par rapport à ses frères. Il se hissa, se tourna vers eux, et s'adressa à la petite assemblée qui comptait à peine vingt guerriers :

-Frères ! Malgré notre vaillance, Kadillus Harbour est tombé. Nous devons à présent porter Maître Belial en lieu sûr puis consolider une position sur la chaîne de Koth, afin de couper les renforts orks de ces éléments-ci, le temps pour nous que le reste du Chapitre arrive et que la Milice libre ait achevé sa mobilisation. Pilotes, à vos véhicules, et que tous soient pourvus, nous embarquerons dans les Rhinos Un à Cinq placés au centre et les autres fourniront une couverture à l'ensemble. Exécution immédiate. Les Orks vont revenir.

Une détonation sourde et mauvaise confirma le discours de Gabriel. Elle fut suivie par plusieurs autres et plusieurs obus de très gros calibre s'écrasèrent aux environs. Les Dark Angels coururent à leurs Rhinos, situés deux cent mètres plus loin. Gabriel les observa quelques instants, tandis que le pilonnage des Orks se faisait plus précis. Des cratères massifs s'ouvraient à mesure que les obus tombaient, faisant pleuvoir des trombes de débris alentours. Soudain, l'équipage du Thunderhawk lui transmit les coordonnées du site sur lequel il avait atterri, que relaya aussitôt Gabriel. Atars s'approcha de lui, la bannière de la Compagnie reposant sur son épaulière, enroulée. Le Dark Angel possédait une belle armure, ornée simplement mais très justement, qu'une large balafre en travers du thorax défigurait. Ses lauriers impériaux à l'or impérissable magnifiaient son épaulière droite malgré les nombreuses coupures, éraflures et entailles plus ou moins profondes.

-Nous appliquons donc le plan comme prévu, fit-il sur le canal privé.

-C'est cela. Nous allons piéger les Orks ici et faire sauter cette centrale maudite sur leurs damnées têtes vertes. Tu as la commande des explosifs ?

-Elle est ici, ne t'en fais pas, répondit Atars en désignant une des poches fixées à sa ceinture. Notre véhicule nous attend à deux cent mètres à l'est, le long de ce bâtiment, là-bas.

Gabriel jeta un oeil dans la direction que lui indiquait Atars et acquiesça, puis détourna la tête et regarda Hostilius, qui guettait comme eux l'arrivée imminente des Orks. Gidéon avait embarqué dans un transport avec Maître Belial afin de lui prodiguer le maximum de soins possibles avec le peu qu'il lui restait de moyens. Un sinistre bruit de chenille perça l'écho sourd de la pluie et les détonations des obus.

-Les Orks nous ramènent des genres de canons automoteurs on dirait ! signala ce dernier.

Atars comme Gabriel se saisirent une épaule et se serrèrent brièvement l'un contre l'autre, comme le font ceux qui vont mourir dans la fraternité. La fréquence des détonations redoubla, mais elles ne pouvaient guère toucher trois cibles isolées comme eux. Enfin, le tant attendu rugissement bestial des peaux-vertes gronda et une cinquantaine d'Orks se ruèrent hors des ruines qu'ils tenaient pour donner l'assaut au bâtiment. Surpris de ne pas être accueillis par une salve de bolts, leur progression ralentit un instant mais cet instant passa aussi rapidement qu'il était survenu et ils reprirent leur course de plus belle. Avec des beuglements ils escaladèrent les décombres et investirent les ruines. Ils firent quelques pas, mais furent soudain fauchés par des tirs précis venus de nulle part. Les Orks répliquèrent, au hasard, mais ne touchèrent que des ombres. Le pilonnage continuait, et avançait en un feu roulant mais imprécis. Un obus explosa parmi les peaux-vertes. C'était ce que Gabriel attendait pour lancer sa charge.

Le Champion expédia un bolt en pleine tête à un Ork, puis deux autres à un deuxième qui les reçut dans le ventre, répandant des viscères éclatées sur tout le sol. Il perfora de son épée un troisième mais la masse des autres réagit finalement, et se jetèrent sur lui. Il para une attaque de sa lame, détourna une hache grossière par son bouclier mais ne put empêcher une lourde épée tronçonneuse de lui ouvrir une profonde blessure à l'épaule. Il explosa de son dernier bolt le bras de son agresseur, qui le relevait pour frapper à nouveau, puis plongea entre deux peaux-vertes qui s'écharpèrent mutuellement de leurs kikoups. Il se mit à courir, laissant pendre son pistolet-Bolter au bout de la corde qui le retenait pour éviter qu'il ne le perde, et couvrit de sa main sa blessure. Plusieurs Orks le poursuivirent, mais après quelques détours ils furent abattus dans le dos par Atars, posté en surplomb. Les Orks étaient à présent réunis jusqu'au dernier dans le bâtiment, il était temps de le faire exploser et tout le complexe avec lui. Gabriel se retourna vers Atars, et lui fit un signe de tête. Le Bolter d'Hostilius claquait à mesure qu'il crachait ses rafales sur les assaillants pour les obliger à rester à couvert. Les obus continuaient à tomber tout autour d'eux. Gabriel aperçut du mouvement à droite. Il se précipita et jaillit au milieu d'une demie-douzaine d'Orks qui cherchait à les prendre à revers. Il en perça un de son épée, qu'il maniait maintenant de sa main gauche et en décapita un second lorsque derrière lui Atars cria :

-Gabriel ! Ca ne fonctionne pas !

Gabriel dans la seconde fit un pas de côté tout en détournant vivement la tête vers Atars. Il vit que ce dernier appuyait frénétiquement, compulsivement, sur le détonateur, mais sans effet. Atars, toujours concentré sur le détonateur, lui lança :

-Quelque chose a...

Mais il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Un obus le pulvérisa et ne laissa à sa place qu'un cratère fumant. Tout se passa ensuite en un éclair. Gabriel rompit le contact et courut vers celui-ci, poursuivit par les Orks. Une forme massive s'écrasa à quelques mètres sur sa gauche, comme tombée du mur. Elle se redressa sur son unique coude, et Gabriel devina Frère Hostilius. Il lui sembla qu'il tournait la tête vers lui quand dans ses écouteurs grésilla une voix faible : « je suis... désolé ». Gabriel n'eut pas le temps d'en savoir plus, ni d'en entendre d'avantage. Une forte lame rouillée et ensanglantée lui emporta le casque et le secoua quelque peu. Il eu la présence d'esprit de se casser en deux pour esquiver un second coup, puis trancha le bras de son agresseur avec son épée énergétique. Un Ork de grande taille, sans doute un nob, sauta du haut du mur sur Hostilius qui tentait de se relever, lui défonça le plastron sous son poids et l'écrasa de toute sa masse. Hostilius lâcha un râle, mais ce dernier s'acheva subitement quand le nob le décapita de son massif kikoup et brandit la tête en guise de trophée.

Gabriel, lui, courait pour sa survie, la rage au ventre et au coeur, la rage de la défaite et de l'humiliation. Il était talonné par une dizaine d'Orks, mais sa course slalomait entre les débris et les obstacles afin de dérégler totalement leur tir. Il aperçut du coin de l'oeil la bannière calcinée de la Troisième compagnie, bifurqua à droite, s'en saisit, et sauta par dessus un épais tuyau d'arrivée de carburant. Il lâcha un cri de surprise lorsqu'au lieu de rencontrer le sol ses pieds plongèrent dans le vide. Il roula le long d'une pente de gravas dans un faible nuage de poussière et se reçut tant bien que mal au sol dans une épaisse boue de pluie, de poussière et de gravas conglomérée. Dans un crissement de chenille, un Rhino dérapa à quelques mètres de lui, et abaissa sa rampe arrière. L'artilleur lâcha une tornade de bolts qui accueillit les Orks apparaissant au sommet de l'édifice, et plusieurs d'entre eux dégringolèrent au bas du mur, fauchés par les ogives autopropulsées.

-Monte, Frère, dépêche-toi ! hurla l'artilleur tout en lâchant encore une rafale de fulgurant vers le toit.

Gabriel récupéra son épée, qu'il avait lâché dans sa chute, ainsi que ce qui restait de la bannière de la Troisième compagnie, et effaça les derniers mètres qui le séparait de l'asile. Il s'engouffra dans le compartiment blindé du véhicule, et avant même qu'il n'ait appuyé sur le bouton le Rhino démarra dans un panache de fumée noire crachée par ses quatre tuyères d'échappement et le cliquetis de ses chenilles. Dans la sécurité du transport, Gabriel déroula sur le sol l'épaisse étoffe qu'il avait recueilli. L'adrénaline tombait, et son épaule lui faisait un mal de chien. Il inspecta rapidement sa blessure, mais ne put voire grand chose étant donné l'angle, si ce n'est que sa céramite était largement fendue et déchiquetée.

« Gideon va avoir du travail », pensa-t-il.

Il contempla ce qu'il restait de l'étendard. L'étoffe avait beaucoup plus souffert que lui. Elle était détruite aux trois quarts de sa longueur. Des traces brunes marquaient ses bords calcinées. Des trous de tailles diverses constellaient ce qui avait survécu de la bannière. Comme toujours, elle rendait hommage à la compagnie, elle était son image, son symbole. Et la Compagnie était à son image : réduite à moins du quart de ses effectifs, quasiment hors d'utilité, en piètre état pour les survivants d'un sacrifice totalement inutile. Un goût amer macérait au fond de la gorge du Champion de ce qui avait été autrefois une Compagnie de combat, la plus fière de tout le Chapitre des Dark Angels. Il allait falloir venger cet affront. Tous ces morts seraient vengés. Il ôta son casque de sa main valide, se redressa de toute sa stature et tendit son bras blessé au dessus de l'étendard meurtri dans une grimace de douleur, puis déclara d'une voix ferme et profonde, rugueuse et rageuse :

-Je jure que nous ajouterons le nom de Piscina au bas de cette bannière lorsqu'elle aura été reconstituée.

-MFT-

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Le fusil laser est au Garde Impérial ce que le préservatif est à l'amour : il ne sert jamais qu'une fois.
Le fusil laser est la meilleure arme de l'univers : il n'est jamais rechargé. La preuve, personne ne l'a jamais fait !
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Le fusil laser est, de tout l'arsenal de la Garde Impériale, l'arme qui a le meilleur taux de rendement. Avec lui, tout le monde se rend.
Un jour Chuck Norris a tué quelqu'un avec un fusil laser (il frappait avec la crosse).


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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Dim 14 Juil 2013 - 8:58

Énorme comme toujours mais je me demandais si pour cette histoire tu avais romancé du fluff existant?

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Dim 14 Juil 2013 - 10:17

J'imagine que c'est à la suite de la campagne sur Priscina que Gabriel a été nommé officier...

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Lun 15 Juil 2013 - 10:19

La Voix dans le Voile, ch 8 : Ex Tenebrae Lux

-Bravo Gabriel, excellent travail ! rugit Severian à travers le canal privé.

La voix était terrible et grondait comme le tonnerre dans le casque de Gabriel, ses intonations de colère et de rage étaient comme autant d'éclairs qui foudroyaient le jeune Maître. De ses nombreux siècles d'existence le vieil Investigateur écrasait littéralement son ancien protégé sous le poids de ses remontrances et de sa colère.

-Je vous avais bien dit que c'était trop risqué mais vous n'avez pas voulu m'écouter ! ajouta-t-il. Et voilà où nous en sommes !

Gabriel se ressaisit et répondit avec la même rage :

-C'était un risque calculé et...

-Votre risque calculé a mis le Chapitre et tous les Impardonnés au fond du précipice ! Vous avez totalement sous-estimé Cypher malgré mes conseils et il a déjoué tous vos calculs savants.

-Nous ne sommes qu'au bord du précipice, Frère-Chapelain. Cessez de noircir le tableau, il est déjà bien assez sombre ainsi et réfléchissons plutôt au moyen de nous en sortir.

-Noircir le tableau ? explosa Severian. Noircir le tableau ? Par l'Empereur, Gabriel j'aurais du vous faire lobotomiser après Hellébor et vous faire asservir au lieu de favoriser votre ascension. Vous n'êtes qu'un...

-Ca suffit ! rugit à son tour Gabriel. Tout cela ne mène à rien sauf à nous faire perdre notre temps. Alors faites ce que vous voulez, restez ici à tempêter ou allez écrire un rapport qui m'enverra droit dans la tombe, par le Lion je n'en ai rien à faire. J'ai une situation à redresser et ce n'est pas en restant ici à vous écouter vociférer que j'y arriverai. J'ai dit.

Et Gabriel laissa sur place un Severian stupéfait qu'on eut pu lui répondre de la sorte. Le Grand Maître profita de ce léger instant de surprise pour mettre la porte blindée entre le Chapelain et lui et entra dans l'ascenseur qui devait l'emmener aux ponts supérieurs. Il entendit Severian revenu à lui gronder de colère à nouveau et coupa son casque. Peu lui importait à présent. Son existence ne pesait pas lourd face à la destinée du Chapitre et s'il devait payer son erreur ou cet affront de sa vie, ce ne serait pas avant d'avoir tenté par tous les moyens de sortir les Impardonnés de l'ornière dans laquelle ils se trouvaient.

Parvenu sur le pont de commandement après avoir suivi un grand nombre de coursives et emprunté plusieurs ascenseurs, Gabriel grimpa jusqu'à la passerelle. Là, il enleva enfin son casque, s'assit sur son trône de commandement, et ordonna immédiatement à sa flotte de mettre le cap sur la position de l'Ophidium Gulf. Puis il lança un appel général aux postes de combat. Bethor le regarda droit dans le yeux. Il ne dit rien, mais le regard du vétéran était plus lourd qu'un long discours. Pas de reproches, ni de colère. C'était le poids de la responsabilité. Bethor lui aussi avait très bien compris qu'il n'y avait qu'une seule issue possible.

-Nous n'avons pas d'autre choix, fit Gabriel.

Le porte-étendard ne répondit rien mais il chargea son corps de répondre à sa place. Comme il savait si bien faire, il fit comprendre par la simple courbure de ses épaules ou l'inclinaison de sa tête qu'il approuvait son maître sans réserve ni remords, malgré l'ampleur de ce que cela impliquait.

*
**

L'énigmatique Astartes se tenait droit, fermement campé sur ses deux jambes, immobile et calme. Revêtu d'un unique tabard pour tout habit, il aurait pu être une simple colonne, comme il y en avait tant dans les espaces capitulaires de l'Ophidium Gulf. Ses bras étaient allongés le long de son corps, dans une apparente décontraction. Mais cette apparence ne trompa pas le Connétable Raimer. Lui qui l'observait depuis cinq minutes à travers une vitre sans teint donnant sur la cellule, il avait déceler la tension sous-jacente qui bandait ces muscles qui semblaient détendus. Le Black Templar était impressionné, car il lui avait fallu plusieurs minutes d'une étude attentive pour s'en rendre compte.

-Il n'a pas bougé d'un pouce depuis qu'on l'a enfermé ici, souffla Korbinian.

-Ca ne m'étonne pas. Je ne sais pas qui est ce Space Marine mais ce n'est manifestement pas n'importe qui.

Raimer se détourna de la vitre et s'approcha du mannequin qui supportait l'armure confisquée au prisonnier. Elle était belle, c'était une armure antique qui datait de la Grande Croisade. D'un noir plus profond encore que les armures des Templiers, elle était ouvragée avec une telle finesse que Raimer ne parvint pas à se remémorer s'il en avait déjà vu de semblables.

-Décidément non, ce n'est pas n'importe qui, siffla-t-il.

Il détailla l'armure des pieds au sommet. Parmi de nombreux autres motifs, celui d'un Lion tenant une épée revenait régulièrement. Au centre de la plaque pectorale, l'aigle bicéphale avait cédé la place à une épée ailée, qui était à nouveau frappée sur l'épaulière. Sur l'autre, un marquage personnel et deux inscriptions, la première en Haut Gothique qui récitait une litanie à l'Empereur, la seconde dans une langue que le Connétable ne connaissait pas. Il songea que si le personnage avait effectivement appartenu aux Dark Angels, il pouvait s'agir de Calibanite.

-C'est tout de même étrange, n'est-ce pas Korbinian ? Dans un tel contexte, j'aurai plutôt attendu une armure présentant des marques de corruption ou de blasphème. Mais rien de tout cela.

-Ce n'est pas clair, Frère-Connétable, mais rien n'est clair dans cette histoire. Souvenez-vous avec quel enthousiasme ce commandeur Gabriel a accepté notre aide.

-Oui. Je savais que les Dark Angels traînaient derrière eux une réputation sulfureuse mais je ne voulais pas y croire. J'avais tort, manifestement. Sont-ce ses armes ? ajouta-t-il en désignant un râtelier du menton.

-Oui Frère-Connétable. Il nous les a remis sans même s'en servir. Remarquez nous l'aurions transformé aussitôt en viande hachée. D'ailleurs il y a quelque chose de curieux que je voulais vous montrer, Frère Raimer.

-Quoi donc ?

Korbinian s'approcha du râtelier et s'empara de l'épée, délaissant les pistolets baroques. Il se retourna pour faire face au Connétable, et tira la lame hors de son fourreau. A la surprise de Raimer, il n'en tira qu'un fragment, rattaché à la garde qui était constituée de deux grandes ailes largement déployées.

-Il ne risquait pas de s'en servir contre nous, ricana le Champion.

-Pourquoi se trimballait-il avec quelque chose de pareil ? Donne-la moi, je te prie.

Il prit l'épée des mains de Korbinian et lâcha une exclamation de stupéfaction. Ce fragment, long de près d'un mètre, ne pesait presque rien, et si la lame n'avait pas été brisée elle aurait été parfaitement équilibrée à en juger par le léger surpoids qu'il sentait dans le pommeau de l'arme. Il l'examina, la retourna, l'ausculta pendant un long moment. Il déchiffra l'inscription qui courrait le long de la garde et lut : « Par ce don, mon fils, délivre en mon nom l'Humanité de l'esclavage ». Elle acheva de convaincre le Templier que cette arme n'était pas une arme d'exception. Elle était tout simplement unique : c'était l'arme d'un Primarque, l'un des dix-huit capitaines de l'Empereur lors de la Grande Croisade, l'un de ses propres fils. Il tenait en main une relique du temps où l'Empereur marchait encore parmi les siens, et selon toute vraisemblance, ses mains étaient posées là où l'Empereur avait posé les siennes dix millénaires plus tôt. Le Black Templar frissonna. Cet objet semblait le transporter de cent siècles en arrière, comme par un étrange enchantement. Raimer n'arrivait plus à décoller son regard de l'arme prodigieuse, du reflet ténébreux que renvoyait le tronçon de lame noire. Il avait déjà vu des reliques, mais jamais aussi splendide ni aussi mythique que celle-ci. Rien qu'à la toucher, il se sentait déjà envahi d'une puissance supérieure. Avec un effort de volonté, il parvint à remettre l'arme dans son fourreau et à en lâcher la poignée. Korbinian le regardait, l'air vaguement interloqué. Peut être ce sentiment diffus de puissance et de force nouvelle l'avait-elle transfiguré l'espace d'un instant. C'était une arme faite pour un Primarque, après tout, pas pour un Space Marine.

-Je crois qu'il est grand temps que nous ayons une petite conversation avec notre hôte, Korbinian. Reste-ici, et veille au grain.

-Bien Frère-Connétable.

Et d'un pas décidé, Raimer sorti de la pièce pour passer dans le couloir, puis il entra dans la cellule de Cypher.

*
**

-Soyez le bienvenu, Connétable Raimer, salua le prisonnier. Je vous attendais.

-Trop aimable, répondit le Templier.

Malgré une légère surprise de s'entendre appeler par son nom, Raimer n'en laissa rien paraître. Il s'attendait à l'aplomb que déploierait le personnage et ne fut pas déçu. L'autre le fixait, de ses beaux yeux gris, toujours immobile au centre de la cellule, toujours aussi détendu en apparence. Raimer le contourna, et passa dans son dos. Le prisonnier de bougea pas, et continua de regarder droit devant lui, la tête haute, peut être légèrement trop. Peut être légèrement moqueuse ?

-D'où vient que tu connaisses mon nom, ô anonyme ?

-L'enfance de l'art, voyons, Connétable. J'ai simplement capter toutes vos communications entre Korbinian et vous.

-En effet, l'enfance de l'art comme tu dis.

Raimer continuait de tutoyer l'individu, bien que l'autre ne cessait de lui servir la deuxième personne pluriel la plus respectueuse qui soit. Bien qu'il sut déjà qu'il était vain d'essayer de faire sentir à son interlocuteur qu'il se trouvait en position de faiblesse, il décida de continuer dans cette voie. Question de... protocole...

-Tutoyez-moi si vous le souhaitez, Connétable, l'encouragea l'autre. Je n'y vois aucun inconvénient. Vous ne m'en voudrez pas si je garde à votre égard une certaine... distance respectueuse.

Une fois de plus, cette ironie sous-jacente et le fait que ses pensées étaient pénétrées à nouveau agacèrent Raimer. Il revint se planter devant lui, et le regarda au fond des yeux pour mâchonner :

-Assez parlé de moi, bel inconnu. Et si tu me disais plutôt qui tu es ?

Un petit rire secoua les épaules du personnage. Ses pommettes se relevèrent pour dessiner un sourire léger. Il avait un grand visage, bien découpé, une mâchoire carrée encadrée par ses grands cheveux noirs qui lui tombaient jusqu'à la base du cou. Ils avaient tous deux à peu près la même taille. Un nez droit, lui aussi taillé avec justesse. Un personnage de grande prestance, même à demi-nu.

-Je ne m'étonne pas que l'on ne vous ai pas présenté à moi plus tôt. On ne peut pas compter sur les Dark Angels.

-Je ne vous le fais pas dire. Ce que j'aimerais vous faire dire en revanche, c'est votre nom.

-Je suis Cypher. Ou plutôt le Seigneur Cypher. Ou plutôt l'actuel Seigneur Cypher.

-Mon cher ami, vos salamalecs commencent à m'excéder, et si vous ne répondez pas à ma question je vais vous en présenter une autre, avec un grand Q.

-Pourquoi faire, par l'Empereur ? Je viens d'y répondre, à votre question, et je n'ai envie que d'une chose, c'est que vous me posiez des questions. Alors allez-y, cher Connétable, allez-y, posez ! Pourquoi donc sortir les grands mots, les grands outils, quand nous sommes entre gens de si bonne compagnie ?

Énervé, Raimer se remit à marcher d'un pas vif en fronçant les sourcils. Il atteignit le coin de la cellule, puis se retourna et lança :

-Eh bien, poursuis donc ! Explique-moi ça, tous ses titres pompeux que tu lances à tour de bras.

-Il suffit de demander vous savez, Frère Raimer. Le titre de Seigneur Cypher est un vieux titre Dark Angel dont la signification exacte vous importerait assez peu. Sachez juste qu'elle en a beaucoup pour les Dark Angels, en particulier ceux qui servirent avec le Lion lui-même. Et qu'elle en conserve beaucoup pour leurs « descendants » actuels.

-« Descendants » ? Pourquoi une telle emphase sur ce mot ?

-Je vous l'expliquerai bien mais j'ai peur que vous ne trouviez cela un peu long, que vous m'accusiez de vouloir gagner du temps ou de noyer le poisson, et m'envoyiez immédiatement au chevalet pour voir si je réponds mieux. Ce qui ne servirait à rien puisqu'il faudra que je reprenne tout depuis le début, ironisa le Seigneur Cypher.

-Tu es donc un Dark Angel, biaisa Raimer pour éviter d'entrer dans le jeu de son interlocuteur et tomber du même coup dans le piège qui visait à le tourner en ridicule. Pourquoi tes Frères te poursuivent-ils ?

-A votre avis ?

-C'est moi qui pose les questions, ici !

-Dans ce cas, posez-en qui ne portent pas déjà leurs réponses en elle. Nous gagnerions du temps.

-Quelle genre de menace un agitateur blasphémateur perdu sur une planète peuplée d'extra-terrestres qu'il s'est asservi, au fond d'une région hors dehors des limites de l'Imperium, peut-il bien faire planer sur le Chapitre des Dark Angels ?

-Voilà une bonne question, Frère Raimer, je suis heureux que vous me la posiez. Hé bien le genre de menace que quelqu'un qui possède l'Epée du Lion peut faire peser sur un Chapitre en quête de rédemption.

-C'est donc bien l'épée de Lion El'Jonson ?

-Celle-là même. Même si vous avez pu constater par vous-même qu'en l'état elle n'es plus très utile.

-Et qu'est-ce que c'est que cette histoire de rédemption ?

-La rédemption que tout Chapitre ayant trahit un jour l'Empereur doit trouver, voyons.

-Alors c'est vrai, Jonson a bien trahi l'Empereur ?

-Non, coupa Cypher avec fermeté. Si vous m'interrogez, écoutez un peu ce que je réponds à vos questions. J'ai dit que les Dark Angels avaient trahi l'Empereur. Est-ce que j'ai parlé du Lion ?

-Pour qui te prends-tu, espèce d'hérétique ? lança Raimer avec hargne.

-Pour le genre d'hommes qui détient l'épée brisée d'un Primarque, une armure datant de la Grande Croisade en parfait état de marche et qui vous tient tête à vous en faire perdre patience depuis dix minutes. Et qui se sait parfaitement invulnérable malgré qu'il soit votre « prisonnier ». Cela vous suffit-il ? Mais nous perdons du temps par trop précieux. Puisque vous ne savez pas mener un interrogatoire je vais m'interroger moi-même, vous n'aurez qu'à prendre des notes ou vous fier à votre mémoire.

Raimer esquissa un mouvement de colère et son poing se détendit presque pour frapper l'arrogant personnage mais un changement minime dans la posture de l'autre lui montra que le coup serait dévié avant même qu'il n'ait parcouru un tiers de la distance. Cypher avait raison, il le savait et se payait sa tête. Les moustaches du connétable frémirent de colère mais il relâcha peu à peu son poing. Il capitulait.

-Je t'écoute.

-Vous savez comme moi qu'aux derniers instants du siège de Terra, Horus abaissa les boucliers de sa barge de bataille pour provoquer l'Empereur en duel et l'inciter à le combattre dans un corps à corps final. Peu de gens à travers tout l'Imperium connaissent ce point. Encore moins devinent pourquoi il fit ce geste d'orgueil démesuré, lui qui était si bon stratège. La plupart l'attribuent à la corruption du Chaos qui lui aurait finalement brouillé le jugement. Ceux qui savent savent qu'il n'en est rien : c'est parce que les renforts loyalistes arrivaient et qu'ils étaient suffisant pour balayer les troupes exténuées d'Horus.

-Je sais tout cela, et l'attitude équivoque que certains récits que je ne voulais pas croire jusqu'ici attribuaient à Lion El'Jonson.

-Et vous avez eu raison de ne pas les croire, Raimer, car on l'oublie souvent mais les Dark Angels ne représentaient que la moitié des effectifs. L'autre, c'était Leman Russ et ses guerriers dégénérés. En vérité, le pire ennemi de Lion El'Jonson fut Lion El'Jonson lui-même. Sa pratique du secret lui valu d'être suspecté à son tour, lui qui n'a eu de cesse de presser cette outre gorgée de bière de Russ, qui ne pensait qu'à remettre dans le droit chemin les planètes rebelles par le châtiment et le carnage. Je vous le dis, Raimer, et retenez bien ce que je vous dis, le Lion n'a pas trahi l'Empereur, et l'Empereur marcherait encore avec nous si Leman Russ avait été plus intelligent.

-Vous chargez beaucoup la mémoire de Leman Russ, répliqua Raimer qui se mordit aussitôt la langue d'avoir utiliser le « vous » malgré lui, tant ce maudit personnage l'impressionnait.

-Je dédouanerai le Lion pour le Loup ? Et pourtant c'est vous-même qui me disiez ne pas avoir voulu croire les allégations sur le rôle du Lion dans le ciel de Terra. Jonson est le coupable idéal, trop même. Personne n'aurait pensé à Russ, ni à sa bande d'assassins en sous-main de l'Empereur. A votre avis, pourquoi ont-ils été envoyer brûler Prospero, eux plutôt que d'autres ? Pourquoi ont-ils eu un rôle louche dans plusieurs autres disparitions d'agents ou de personnels impériaux ? Les Space Wolves étaient les exécuteurs de l'Empereur pendant la Grande Croisade, et cela s'est retourné contre Lui lorsqu'Il s'est trouvé assiégé, car il était dans la nature même du Loup de Fenris tout comme dans son « éducation » par l'Empereur qu'il assaille toutes les planètes de Ses domaines qui s'étaient rebellées contre Lui, et ce au mépris de toutes les urgences, de toutes les priorités.

-Si le Lion n'a pas trahi, qu'est-ce que cette histoire de rédemption a à voir avec tout ça ?

-Lorsqu'il est rentré sur Caliban, Jonson a découvert que les graines de la discorde qu'il avait lui-même semé par des décisions malheureuses et sa défiance naturelle avaient fini par germer. La moitié de sa Légion s'était retournée contre lui.

-Les Dark Angels ont donc trahi l'Empereur ? lâcha Raimer dans un souffle, comme subjugué par le récit de l'Astares. Par le nom de Sigismund je comprends bien des choses.

-Non Raimer, vous n'avez toujours rien compris, le reprit Cypher. J'ai dit que les Dark Angels s'étaient retournés contre Jonson, et vous avez déformé ma parole pour entendre qu'ils s'étaient retournés contre l'Empereur. Le frère combattit le frère et Caliban fut anéantie. Pour finir, le cataclysme fut tel que le Lion disparut avec son monde natal, mais les Dark Angels survécurent. Et c'est alors qu'ils trahirent l'Empereur.

-Comment cela ? Ils ont depuis renié leurs serments ?

-Non, mais c'est tout comme. Sous prétexte de servir l'Empereur ils ont ouvert le feu sur Ses soldats à plusieurs reprises. Ils croient toujours Le servir, et le professent, mais ils servent leurs propres intérêts sans se l'avouer ni l'avouer à ceux de leurs frères qui ne le savent pas. C'est depuis qu'ils ont décidé de traquer sans relâche les Déchus qu'ils ont trahis l'Empereur. Leur trahison ne date pas de l'Hérésie d'Horus, mais de l'aube de l'Imperium.

-Et toi, j'imagine que tu es le bon, dans cet histoire ?

-Nous avons tous notre part de responsabilité dans cette tragédie. Je veux simplement obtenir le pardon de l'Empereur pour la faute que fut cette guerre intestine et celui du Lion pour la faute que j'ai commis en me détournant de lui à l'époque. L'épée du Lion sera reforgée et je la lui rendrais intacte. Ainsi le schisme prendra fin.

-Tu parles du Lion comme s'il existait toujours, mais tu disais à l'instant qu'il avait disparu.

-Aux yeux de l'univers, oui, sans doute, mais je sais où il se trouve, caché aux yeux des hommes. Mais vous n'en saurez pas plus, Raimer.

-Et en attendant, qu'est-ce qui me prouve que c'est toi qui as raison ? Tu n'es qu'un agitateur hérétique, après tout...

-Eh bien je pense que d'ici peu vous ne tarderez pas à l'admettre. Et je crains fort qu'il ne s'agisse en l'occurrence de votre dernière pensée.

La porte de la cellule s'ouvrit avant que Raimer ne put répondre et Korbinian entra promptement.

-Frère Sénéchal, annonça-t-il, le Grand Maître Gabriel vous demande sur la passerelle.

-MFT

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Lun 15 Juil 2013 - 11:05

Haha le Dark Angel qui rumine sa rencoeur contre Leman Russ. Super recit! C'est bien le meme que celui presente dans le codex Black Templar, nan? Par contre, n'est-ce pas la flotte de l'Alpha Legion qui empecha Russ de rejoindre la bataille de Terra, plus que sa soif de remettre les planetes rebelles dans leur droit chemin? Etrange point de vu que celui-la.

Enfin, vivement la suite!
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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Lun 15 Juil 2013 - 11:16

totolandy a écrit:
Par contre, n'est-ce pas la flotte de l'Alpha Legion qui empecha Russ de rejoindre la bataille de Terra, plus que sa soif de remettre les planetes rebelles dans leur droit chemin? Etrange point de vu que celui-la.

Oui enfin, je rappelle que c'est Cypher qui parle... vous n'êtes pas obligés de le croire... Wink qui sait ce qu'un hérétique est capable de vous faire avaler comme mensonge bien crédible ? Ou comme vérité incroyable ? Twisted Evil 

C'est bien le même épisode que celui raconté dans le codex BT en effet.

La suite... ben on atteint un point où elle n'est pratiquement plus écrite Wink je carbure je carbure...

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Lun 15 Juil 2013 - 12:34

Super texte !

Juste 2-3 remarques cependant, si tu me le permet !

Citation :
Le titre de Seigneur Cypher est un vieux titre Dark Angel

A la base c'est un titre purement Calibanite, il est le Gardien des Traditions et Secrets de l'Ordre.
D'ailleur le Seigneur Cypher n'est à la base pas un Chevalier de l'Ordre mais de l'ordre Lupus (du loup...bizarre non ?)

Citation :
On ne peut pas compter sur les Dark Angels.

Je verrais plus un :
" On ne peut compter sur mes anciens Frères !"


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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Lun 15 Juil 2013 - 13:39

Tu pinailles là.
Tout le monde sait que l'on ne peut pas compter sur les Dark Angels. C'est d'ailleurs là tout leur charme...
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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Lun 15 Juil 2013 - 17:46

Ahh je veux la suite et savoir si Gabriel torpille les BT!

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Mar 16 Juil 2013 - 8:49

Technaugure a écrit:
Tu pinailles là.

bey non, je clarifie ^^
et puis cela ne change rien au texte !

Technaugure a écrit:
Tout le monde sait que l'on ne peut pas compter sur les Dark Angels. C'est d'ailleurs là tout leur charme...

si, les Impardonnés peuvent compter sur leurs Frères, personne d'autre ne peut se vanter de la chose !

Technaugure a écrit:
Et n'oublie pas que MFT en est un fervent fan !

Je ne le sais que trop bien, mon Frère MFT est le Gardien du Scriptorium du Roc !

Citation :
Ahh je veux la suite et savoir si Gabriel torpille les BT!
De toute facon, si ce n'est Frère Gabriel qui le torpille, l'Ophidium Gulf "disparait" corps et âmes de toute façon...donc le problème est résolu ^^

Pour le Lion et la Légion !

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Mar 16 Juil 2013 - 12:07

La Voix dans le Voile, Chapitre 9 : Le Choix est un fardeau

Raimer tourna les talons et suivit Korbinian hors de la cellule. Un malaise sourd et profond s'était définitivement emparé de lui, bien plus menaçant encore et bien plus dérangeant que celui qui l’avait étreint dans la cellule. C’était même plus que cela encore, comme un sombre pressentiment. Il remonta la coursive pour atteindre l'ascenseur qui lui donnait accès. Korbinian, décontenancé, ne dit rien par discipline. Il n'avait rien entendu de la conversation entre son Sénéchal et l'étrange prisonnier. Tout juste avait-il noté l'énervement extrême de l'officier et l'attitude orgueilleuse et provocatrice du mystérieux personnage. Ils montèrent dans la cabine et sélectionnèrent un étage. L'ascenseur s'éleva rapidement, poussé par les puissants mécanismes qui le servaient fidèlement depuis tant de siècles. Raimer s'appuya sur la paroi, très légèrement. S'en fut trop pour Korbinian que de voir son sénéchal chercher un appui.

-Frère-sénéchal, qu'a-t-il dit qui puisse vous mettre dans un tel désarroi ?

La voix du Champion mêlait la surprise à une forme de compassion, incongrue chez un tel guerrier. Elle piqua au vif Raimer dont les nerfs avaient été fort malmenés et qui s'en voulu immédiatement d'avoir offert le spectacle d'une faiblesse à son subordonné. Mais l'officier sut maîtriser la bouffée de colère qui lu monta à la gorge. Korbinian n'était responsable de rien. Il n'avait pas à s'en prendre à lui.

-Korbinian, fais mettre le navire en état d'alerte maximum pendant que je discute avec ce cher Gabriel quelques instants. Tout le monde à son poste de combat, batteries chargées et canons de bombardement prêts à faire feu.

-Frère-sénéchal, vous croyez vraiment que... ?

-Fais ce que je te dis. J'espère sincèrement que nous n'en aurons pas besoin mais je ne fie plus à ça désormais.

-Mais... Frère-Sénéchal... ouvrir le feu sur des frères de l'Astartes, ce serait...

-Hérétique, oui. Exactement.

Il n'ajouta rien, et Korbinian se tut.

Pendant le cours trajet qui l'amenait des geôles à la passerelle, Raimer songea à la stratégie qu'il allait devoir mettre en oeuvre au cours de la communication qui s'annonçait cruciale avec Gabriel. Devait-il attaquer tout de suite, ou se tenir sur la défensive ? Devait-il utiliser des informations que lui avait transmit son prisonnier pour mettre à mal l'argumentaire du Dark Angel ? Ou bien au contraire les garder secrètes aussi longtemps que possible ? Et surtout, devait-il vendre son prisonnier ou le garder avec lui ? Il était d'une valeur inestimable pour les Dark Angels, mais quelle valeur avait-il pour les Black Templars ? Toute la question résidait là. Tout le choix pèserait ici. C'était ici qu'était la ligne de faille, là qu'était le point crucial autour duquel tout basculait, le noeud qu'il fallait trancher et qui déciderait de toute l'affaire. Et pour décider laquelle des deux options il choisirait, il lui fallait décider d'abord qui croire entre Gabriel et le mystérieux Cypher.

Raimer entra sur le pont de commandement sans avoir précisément arrêté sa décision et sa stratégie. Il grimpa sur la passerelle, à partir de laquelle il dominait les serviteurs et les Space Marines qui contrôlaient tout le navire, qui en faisait une machine de guerre vivante consciente d'elle-même et de l'extérieur. La mine grave, il s'assit quelques instants sur le trône du commandant, et contrôla les indicateurs et les écrans des consoles qui l'environnaient. Il ne se connecta pas pourtant au navire comme l'aurait fait un capitaine attendant un combat. Dans l'immédiat il était encore une place pour la paix et les palabres avant de déchaîner les enfers.

Il se leva donc et se dirigea vers la salle du conseil dans laquelle se tiendrait la communication. Là, debout, face à l'écran, il sentit le poids de l'instant sur ses épaules. Solennellement, il réajusta sa fine moustache, l'étira un peu, vérifia que les plis de son tabard tombaient bien. S'il devait mourir, ce ne serait pas sans panache. Il affronterait la mort et Gabriel avec tout le lustre qui se devait. Il appuya sur un bouton et enclencha le commutateur.



*

**

Le visage de Raimer, barré de son élégante moustache, apparut sur l'écran de Gabriel. Les deux officiers s'affrontèrent du regard. L'un comme l'autre savaient très bien de quoi il retournait, et se jaugeaient tels deux duellistes avant de se lancer dans un corps-à-corps verbal. Dans son dos, Gabriel sentait la lourde présence menaçante de l'Investigateur Severian peser de son regard chargé de reproches et de ressentiment.

-Bienvenue, Sénéchal Raimer, prononça Gabriel.

Raimer répondit à son salut protocolaire par une formule identique. Ils n'échangèrent pas plus pendant une courte minute. Chacun cherchait à adopter le meilleur angle d'attaque en fonction de ce qu'il parvenait à deviner des intentions de l'adversaire, dans l'expression maîtrisée des yeux, des muscles du visage, des micro-rides du front de chacun. Ce fut Gabriel qui rompit le premier le silence et lança le premier assaut.

-Je n'irais pas par quatre chemins, Frère Raimer. Vous n'êtes pas un imbécile, et je vous tiens en haute estime, alors autant ne pas biaiser. Nous savons tous deux que vous avez quelque chose qui m'appartient dans vos ponts carcéraux.

-Qui vous « appartient » ? Tiens donc...

-Exactement. Qui m'appartient. Voici trois mois que je lutte pour m'emparer de cet agitateur, j'y ai perdu plus d'un tiers de mes hommes. J'estime que cette prise me revient, Raimer. Vous conviendrez qu'après tant d'efforts il est légitime que je récupère ma proie.

-C'est effectivement une demande légitime. Mais je dois vous corriger : ce n'est qu'une demande, légitime peut-être, mais une demande quand même. Il est tout aussi légitime qu'en vertu des lois de la guerre bien connue et du droit de prise, je garde mon prisonnier, ne trouvez-vous pas ?

-Les lois de la guerre ne sont que des lois forgées par ceux qui les invoquent à partir de leurs intérêts propres. Par votre expérience, vous savez mieux que moi qu'il n'y a pas de loi de la guerre dans notre univers, Frère Raimer.

-Eh bien appelez cela être bon joueur plutôt que mauvais perdant, ou encore l'amour fraternel que doivent entretenir entre eux les Fils de l'Empereur. D'ailleurs quelle importance pour les Dark Angels peut bien avoir un agitateur hérétique qui professe un message blasphémateur à destination d'une population d'extraterrestres asservis et qui n'ont jamais entendu parler de la Lumière de l'Empereur ?

-Sa seule existence constitue un affront à l'Empereur notre Père, de même que celle de son peuple d'esclaves xenos. C'est une raison largement suffisante pour intéresser les Dark Angels.

-Dans ce cas, qu'il soit puni par vous ou par moi ne change rien, somme toute ? Les Black Templars sont tout aussi qualifiés pour ce genre de besogne.

-Ils sont peut être aussi qualifiés, mais sont moins légitimes que nous à le faire. Que je sache, cela ne vous a pas coûté autant d'efforts qu'à moi. Vous comprendrez bien qu'oeuvrer sans relâche dans un effort harassant pour se voir voler les récompenses de la victoire n'est pas propice à développer « l'amour confraternel », n'est-ce pas ?

-Partageons les lauriers, mais pas le butin. C'est ça ?

-Quand le butin est aussi maigre, il n'est pas juste que celui qui en a fait le moins en ait le plus.

-Quand le butin est aussi maigre, il n'est pas juste que celui qui l'a acquis en soit dépouillé. C'est la volonté de l'Empereur qui l'a placé entre nos mains.

-L'Empereur n'est pas un dieu omnipotent capable d'influencer ce genre de choses, Raimer. Et vous savez aussi bien que moi ce qu'il s'est passé.

-Ne blasphémez pas, Gabriel, votre emportement vous égare dans des voies damnables.

-Il ne s'agit pas de blasphème, Raimer, juste de divergences doctrinaires. Mais je conçois que cela vous passe un peu au-dessus, rajouta Gabriel, assassin.

-On obtient pas grand chose avec des insultes, Gabriel, domptez un peu vos nerfs si vous voulez devenir un vrai négociateur, répondit l’autre plus assassin encore.

-Un vrai négociateur sait utiliser toute la palette des arguments dont il dispose, Raimer. Et je serais désolé de devoir utiliser un argument plus... violent...

-Allons, allons, Gabriel, revenez à la réalité. Vous n'oseriez pas ouvrir le feu sur vos Frères, n'est-ce pas ?

En réponse, Gabriel leva la main d'un geste sec à destination de Bethor qui se tenait hors-champ. Celui-ci se retourna immédiatement en direction des quatre autres vétérans et de leurs serviteurs rivés aux écrans de contrôle, pour lancer :

-A toutes les pièces : parées à faire feu sur la cible !

*

**

Les systèmes de contrôles hurlèrent une alarme stridente, mais Raimer n'eut même pas besoin de la reconnaître pour qu'il ne sache déjà qu'elle signifiait que son vaisseau était verrouillé par les collimateurs de tir des Dark Angels. Raimer détourna la tête à gauche, et vit que l'agitation s'était emparée du pont de commandement. Korbinian monta quatre à quatre les degrés qui menaient à la passerelle et pénétra dans la pièce en trombe, sous l'effet de la stupeur.

-Les Dark Angels braquent leurs armes sur nous, Frère-sénéchal ! Lança-t-il.

Sa voix éclata avec plus de force qu'il ne l'aurait souhaitait, tant la stupéfaction d'être ainsi mis en joue par ses propres Frères le stupéfiait.

-Donne-moi plutôt la position de leurs frégates plutôt que de me crier ce que je sais déjà, le rabroua Raimer, agacé.

Il revint à l'écran. Gabriel était plus déterminé que jamais, tous les muscles de son visage, affichaient une profonde fermeté. Jusque dans son regard on lisait la volonté absolue d'aller jusqu'au bout. Raimer éclata de rage :

-Gabriel, je vous jure que...

-Raimer, coupa le Dark Angel d'une voix tranchante et glacée, je vous laisse cinq minutes pour réfléchir à ma proposition. Vous savez aussi bien que moi que vous n'êtes pas en état de résister plus de quelques instants à ma flotte, et que vous ne nous infligerez aucun dégât significatif tandis que vous-même serez détruit sans coup férir. Réfléchissez bien, Raimer : ce prisonnier est-il plus important pour votre Chapitre que vous-même et l'Ophidium Gulf ? Prenez la bonne décision, Raimer, vous avez cinq minutes.

Et Gabriel sortit du champ de vision, coupant la communication sans l'éteindre. Raimer se dégagea lui aussi du champ de la caméra. Il était à la fois profondément enragé et profondément perplexe. Gabriel allait-il vraiment aller jusqu'au bout de sa logique ? Allait-il aller jusqu'au parjure le plus ignoble et les anéantir tous même si le prisonnier lui était rendu ? Malgré tout ce qu'il avait entendu, Raimer ne parvenait pas à le croire. Il se refusait, s'obstinait à ne pas le croire, à ne pas croire en ce que l'autre hérétique enfermé à fond de cale avait insinué dans son esprit, à ne pas croire à ce qu'il voyait. Il prit appui des deux mains sur la console, son dos se courba sous le fardeau du choix qu'il devait faire à présent. Korbinian, lorsqu'il vit son chef bien-aimé ainsi écrasé, fit un mouvement, comme pour se rapprocher de lui. Raimer étendit le bras et l'arrêta de la main.

-Non, laisse-moi seul Frère Korbinian.

Korbinian s'arrêta, ravala sa salive puis tourna les talons et sortit pour s'éloigner le long du mur de vitres et se mettre en travers du chemin, défendant à quiconque de monter déranger le Sénéchal. Il regretta amèrement que le Frère-Chapelain Amaranth ait été tué par les maudites armes exotiques de ces misérables Xenos. Lui aurait su conseiller le Sénéchal et lui insuffler une nouvelle confiance. Lui aurait su le faire se redresser, rejeter le poids du fardeau plutôt que courber ainsi l'échine. Un Black Templar ne devait pas ressentir d'émotions, mais parfois elles étaient si fortes que, malgré le psycho-endoctrinement qui l'avait constitué comme Space Marine étant plus jeune, il lui était difficile d'empêcher des sentiments refoulés remonter des vestiges de sa condition humaine. Le coeur serré, il refusa le passage à plusieurs Frères qui voulaient transmettre des informations à leur commandant, et il chercha à se concentrer sur la lecture de celles-ci pour dissiper le malaise qui l'affectait.



*

**

Enfoncé dans son fauteuil de commandement, Gabriel était tel une statue de marbre, immobile, las, le visage rejeté dans la pénombre de la capuche qu'il avait tiré sur sa tête. Il ne voulait pas que l'on distingue ses traits, il voulait s'isoler du reste du monde, lui aussi, devenir impénétrable, inaccessible. Aucun de ses membres ne bougeait, il aurait tout aussi bien pu être un cadavre rigide. Rester seul avec sa responsabilité, seul face à son choix. Ou plutôt son absence de choix. Le choix, il l'avait fait bien longtemps auparavant, peut être même avant d'accepter l'aide de Raimer et de ses Templiers. Certes, à partir du moment où il s'était engagé dans la voie de la collaboration avec Raimer, il avait pratiquement condamné celui-ci à mort au cas où les choses tourneraient mal. Severian avait raison depuis le début. Il n'aurait pas du accepter. Il avait mal calculé son risque. Non seulement il avait totalement sous-estimé Cypher, mais il n'avait pas assez pris conscience du fait qu'il n'y avait pas d'autre option pour son allié que l'anéantissement s'il venait à découvrir l'existence de Cypher. A présent qu'il était face à cette réalité, que la possibilité était là, face à lui, dans toute sa matérialité, dans toute l'étendue de son horreur, Gabriel sentait la culpabilité sur le point de l'anéantir.

Mais ce choix était plus ancien encore que le jour où il avait autorisé Raimer à se joindre à lui. Il datait de l'instant fatidique où il avait accepté la charge de Grand Maître de la Troisième Compagnie. Il avait pris sur son dos la faute des Dark Angels le jour où il avait été intronisé au sein du Cercle Intérieur. Oui, la charge du commandement en était bien une, et pas mince. Lorsqu'il l'avait agréée, il avait agréé du même coup de détruire tous ceux qui, de près ou de loin, devaient avoir connaissance du péché des Impardonnés. Non. Gabriel n'avait absolument aucun choix à faire aujourd'hui. Il l'avait déjà fait huit ans auparavant, dans cette crypte. Aujourd'hui, il devait appliquer ce qu'il avait juré de faire, à mots couverts, tacitement, en acceptant de prendre pour lui l'horrible péché que certains parmi ses plus anciens frères avaient commis il y a de cela dix millénaires.

Gabriel avait juré de donner sa vie pour le Chapitre et pour protéger son secret. Sa vie lui importait peu face à la destinée du Chapitre. Sa vie, oui, mais son âme ?

Les pensées agitaient son esprit avec la violence des tempêtes Warp les plus déchaînées. Rien du masque d'ombres et de dureté qu'il s'était composé ne laissait transparaître les terribles réflexions du Maître de la Troisième compagnie. Il était seul face à sa propre responsabilité, qui l'avait entraîné jusque dans ces abysses de ténèbres. Dans un coin de la pièce, Severian l'observait sans mots dire. Son regard fixait Gabriel et le scrutait à travers ses lourdes robes et son épaisse armure. Il ne disait rien, laissant son ancien novice seul face à sa conscience, isolé, anéanti. Il tenait sa revanche.

Cela allait même bien au-delà. Il achevait de transformer le jeune Gabriel en un véritable membre du Cercle Intérieur, en un véritable Dark Angel. Severian savait pertinemment que Gabriel n'avait pas d'autre solution que de franchir l'abîme en y plongeant pour renaître comme un être nouveau de l'autre côté. Il serait là pour l'accueillir.

Mais en attendant, il ne prononcerait rien, pour laisser l'entière responsabilité de ses actes à Gabriel, pour le forcer à assumer jusqu'au bout le péché de l'ancienne Première Légion.



*

**

Raimer était exténué. La tête basse, le souffle court, il tentait de tracer la meilleure voie à prendre dans ce cauchemar pour prendre le dessus sur Gabriel. Il ne restait plus que deux minutes avant l'expiration de l'ultimatum.

-Je ne peux pas... articula-t-il péniblement. Je ne peux... pas... croire... un hérétique.

Le Templier était en proie au doute, une découverte atroce pour quelqu'un qui n'y avait jamais été exposé jusque là. Pour quelqu'un qui ignorait jusqu'au sens du mot, qu'il avait toujours mis sur le compte du manque de foi et de volonté des hommes de peu. Pour la première fois il y était confronté, dans le moment le plus tragique de son existence. Croire Cypher, c'était tout remettre en cause, tout remettre en question, tout, depuis son noviciat jusqu'aux guerres qu'il avait mené contre tous ceux qui professaient un message différent du credo impérial. Le Sénéchal se mordit les lèvres pour tenter de revenir dans la matérialité, pour essayer de se concentrer sur ce qu'il devait faire. Pour la première fois depuis qu'il était devenu un Black Templar, il était paralysé.

-Sois maudit, Gabriel. Je ne verrai pas le jour où toi et les tiens serez annihilés, mais par l'Empereur, le souvenir de cet instant te persécutera sans que tu ne puisses jamais plus trouver le repos.

Il se releva soudain, plein d'une nouvelle vitalité, d'une nouvelle fureur. Ses traits tirés étaient fatigués, mais la vigueur qui animait ses muscles était celle du Sénéchal combatif qu'il avait toujours été, et qu'il ne cesserait jamais d'être jusqu'au dernier instant. Il prit une tablette de donnée, et rédigea un message à l'adresse de l'Eternal Crusader et du Sénéchal Hellbrecht, le maître des Templiers.

-Korbinian ! appela-t-il.

Tout heureux d'être appelé, et de retrouver la voix de toujours de son Sénéchal, Korbinian fut devant lui en un instant.

-Korbinian, tu vas descendre faire libérer le prisonnier. Puis vous prendrez mon propre Thunderhawk et tu le rendras aux Dark Angels. Nous disparaîtrons ensuite de ce coin pourri de la galaxie. Prends également ce message et donne le à transmettre immédiatement par notre astropathe en code alpha.


-Bien Frère-sénéchal, fit le Champion en s'inclinant.

Alors qu'il s'éloignait, Raimer parut sur la passerelle et ordonna de lancer les moteurs Warp et de calculer un saut en direction du plus proche avant-poste des Templiers. Puis il retourna vers l'écran de communication sans toutefois apparaître dans le champ de la caméra, et inspira profondément.

-Tu peux toujours nous détruire, Gabriel, dit-il à voix basse, mais tu n'auras fait que gagner la première manche. Notre mort n'est pas une fin, c'est un point de départ et nous serons vengés. Sois-en sûr, nous serons vengés.

Et d'un pas décidé, il reparut devant la caméra.

*

**

Le temps semblait comme figé dans la salle de commandement. Tous les serviteurs attendaient aux commandes de leurs moniteurs. Les cinq Dark Angels qui constituaient l'escouade de commandement de Gabriel regardaient tous dans la direction de la passerelle, n'attendant qu'un signe de leur maître pour agir. Gabriel, lui, ne bougeait toujours pas. Ses yeux étaient perdus dans l'espace infini qui se déployait à l'extérieur des vitres blindés qui lui faisaient face. Il savait qu'aucun de ses cinq compagnons ne critiquerait son ordre. Ils l'exécuteraient.

Il les maudit tous et se maudit lui-même d'une effroyable malédiction.

Il repensa aux sinistres jours où, par deux fois, il avait bu la Coupe du Châtiment, jusqu'à lie, lors de son initiation comme vétéran puis lors de son intronisation comme Maître. Son choix, il l'avait déjà fait à ce moment là, le jour où il s'était définitivement damné. Les Dark Angels s'appelaient eux-mêmes les Impardonnés, mais pas parce qu'ils avaient l'espoir d'être pardonnés. Non, c'était parce qu'ils se savaient impardonnables. Cette quête de rédemption serait sans fin, car trop de péchés mortels avaient déjà été commis pour effacer le péché originel. Il n'était pas de rédemption possible. Il comprenait à présent toute la signification du Banquet des Damnés. Il était bien plus qu'un rite liant ceux qui savaient et ceux qui ne savaient rien de la Trahison. Il était la plus intense des malédictions proférée, la plus impitoyable. Il en était aussi la réitération, celle qui faisait de tous les Dark Angels des damnés jusqu'à la fin des temps. Tous, sciemment ou non, devenaient des êtres impies en y buvant. Ce calice était celui de la Damnation, pas de la Rédemption. Il n'y en avait pas de possible dans une telle abjection. Et il l'avait bue, jusqu'à la lie.

-Monseigneur, nous détectons une perturbation Warp en amplification provenant approximativement des coordonnées de l'Ophidium Gulf.

La voix de Bethor tira Gabriel hors de son intense réflexion pour le replonger dans la répugnante réalité. Severian se précipita contre la balustrade de la passerelle et s'écria :

-Ils vont quitter ce système !

Gabriel se leva. Il voyait très bien ce qu'il en était, la plaie violacée qui commençait à déchirer la trame de la réalité pour projeter ses longs tentacules d'énergies psychiques pures à travers l'univers réel. Il fit trois grandes enjambées pour trouver Raimer à l'écran. Avant même qu'il n'ait pu dire un mot, Raimer l'apostropha.

-Vous avez gagné, Gabriel. Effectivement, je ne pense pas que l'intérêt de mon Chapitre trouve son compte si je gardais envers et contre-tout mon prisonnier. Je vous le restitue. Voici mon Thunderhawk personnel qui décolle en votre direction. Il vous le ramène, couvert de chaines. Adieu.

Et il coupa l'écran. Son visage disparu pour ne plus laisser qu'une paroi, qu'un mur, nu.

-Un Thunderhawk s'approche de nous, Frère Gabriel, annonça Bethor.

-Gidéon, allez prendre possession de Un-zéro-zéro, répondit-il.

-Nous détectons un flux Warp en provenance de l'Ophidium Gulf, Frère Gabriel, déclara Frère Marcus.

-Par le Lion, rugit Severian, ils vont passer une communication avant de prendre la tangente !

Gabriel ne répondit rien. Il n'y avait rien à dire. Les deux mains agrippées à la balustrade, les épaules voutées, ses yeux cherchaient presque avec désespoir un signe parmi les étoiles qui scintillaient à perte de vue au-delà des vitres blindées.

-Gabriel, ils passent une communication ! Par la fureur de Jonson réagissez !

-Paquet réceptionné, le Thunderhawk décolle pour retourner à bord de l'Ophidium Gulf, résonna la voix de Gidéon dans les systèmes de transmission de la passerelle.

Gabriel regarda une dernière fois à travers l'espace. Rien, définitivement rien. Il était seul pour affronter sa faute, rien dans l'univers ne viendrait le secourir pour porter sa culpabilité. Il avait juré de tout faire pour sauvegarder le secret du Chapitre et il était maintenant arrivé le moment suprême de mettre ses actes en conformité avec sa parole.

-Gabriel, hurla à nouveau Severian, Gabriel, il va s'enfuir ! Vous devez faire quelque chose !

-Feu de toutes les batteries, lâcha Gabriel avec juste assez de force pour que son ordre soit intelligible.



*

**

Le minuscule Thunderhawk fut d'abord pulvérisé par une bordée de lasers lourds. Le pauvre engin d'assaut n'avait aucune chance d'en réchapper à pareille distance. Korbinian n'eut même pas le temps de penser que son chef l'avait envoyé à la mort sans le lui dire. Ils n'eurent pas le temps de sentir ni de comprendre quoi que ce fut.

Au même instant, une puissante salve des batteries d'armes tribord jaillit des trois-cent bouches à feu qui hérissaient la coque du Winged Vengeance ainsi que des frégates de son escorte. Elles abattirent les boucliers de protection de l’Ophidium Gulf par la violence de leur attaque. Un fragment de seconde plus tard, l'Ophidium Gulf vibra sous les impacts des énormes canons de bombardement du croiseur Dark Angel. A bout portant, ses décharges percèrent la coque de l'infortuné vaisseau Black Templar, qui commença à se fissurer. Des débris, des corps et des matériels de tout genre s'échappèrent par les brèches percées dans les flancs du géant.

L'Ophidium Gulf répliqua, mais ses tirs désordonnés par la sauvagerie de l'attaque manquèrent de puissance et de précision, et ne causèrent aucun dégât. Martelé sur son arrière par les batteries de l'Isiah, le géant agonisait. Le Winged Vengeance prit du champ, continuant de tirer sans discontinuer sur l'épave du malheureux bâtiment. L'Isiah se retira lui aussi. Puis, parvenu à une certaine distance, le Winged Vengeance vira de bord pour faire face une dernière fois au croiseur d'attaque Black Templar et lui asséner le coup de grâce.

Resté durant toute l'action dressé face à Raimer, droit, comme au garde-à-vous, les mâchoires serrées, les yeux durs, les traits fermés, Gabriel avait assisté à la mise à mort sans cesser un instant de regarder en direction de la passerelle adverse. Raimer avait été un grand guerrier, et si Gabriel devait l'anéantir, il n'échapperait pas un seul instant à son destin : endurer cette vision d'horreur qu'il avait déclenché, endurer toute la responsabilité de son action effroyable. C'était rendre hommage, par la souffrance atroce qu'il ressentait au plus profond de son âme, à la noblesse du Black Templar. Avec une tristesse infinie, il commanda un dernier ordre.

-Tubes un à six. Feu.

Les torpilles furent propulsées hors de l'étrave et filèrent droit vers l'Ophidium Gulf. Quelques instants plus tard, les engins explosifs détonèrent et pulvérisèrent le navire dans une formidable explosion. Les volets verts de céramite tombèrent en un instant pour protéger les vitres blindées du pont de commandement des débris et des radiations des moteurs plasmas, tandis que le champ de Geller se déployait au-dehors pour ériger une barrière face au vortex Warp que Gabriel eut le temps de voir s'ouvrir pour aspirer les restes des Templiers comme un siphon.

Le Winged Vengeance trembla sous l'onde de choc Warp.

Gabriel une dernière fois avait bu le calice. Jusqu'à la lie.

-MFT-

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Mar 16 Juil 2013 - 13:16

Épique...


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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Mar 16 Juil 2013 - 14:16

Yop, je reste sans voix moi... Wink

J'ai lâché le texte il y a quelques temps et je le reprends avec ces deux derniers passages qui sont superbes.

Bravo à toi.

Aub.

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Mar 16 Juil 2013 - 18:09

Ils sont abjectes à souhait, ces personnages.
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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Mar 16 Juil 2013 - 20:35

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Mar 23 Juil 2013 - 13:23

Intronisation, Chapitre 18bis : La chaîne de Koth

Lorsque l’aube bleutée se leva sur la chaîne de Koth –car la planète était éclairée par une nova couleur d’eau-, les sentinelles soulagées des FDP furent relevées par une nouvelle garde, et regagnèrent leurs quartiers pour un septième matin consécutif sans alerte. Les défenseurs n’avaient pas vu une peau-verte depuis une semaine, et chaque jour gagné était un pas de plus vers la victoire. Chacun le savait, du dernier garde jusqu’à l’Etat-major de l’Astartes, et le moral des conscrits locaux s’accroissait en proportion. Les rares soldats assez expérimentés ou plus malins que les autres qui savaient qu’il n’y avait pas de raison à cela restaient bouche cousue, qu’on l’a leur ferma avec violence ou non.

Pour sa part, Gabriel était préoccupé. Après une nuit blanche supplémentaire passée à compulser à marche forcée tous les rapports des unités de reconnaissance lancée par Belial à la recherche d’un vaisseau de débarquement, ainsi que le maximum de données collectées par les scribes impériaux sur celui qu’ils avaient nommés « le Fléau d’Armageddon », Gabriel décida d’aller prendre un peu l’air. Il se leva et traversa le compartiment du Rhino qui lui servait de PC mobile à pas lents, lourd et fatigué qu’il était. Il pointa le nez dehors, sentit la même odeur de peur et de kérosène brûlé qu’il sentait depuis des jours, et remarqua que malgré tout la tension parmi les hommes de troupe qu’il avait sous ses ordres avait chuté. Le climat général était moins lourd et oppressant qu’il ne l’était lorsque les malheureux troupiers avaient vu grimper jusqu’à leurs positions une maigre colonne de véhicules aux allures de spectres dans la nuit.

Gabriel fit quelques pas, son regard balaya la chaîne d’éperons calcinés aux flancs désertiques qui s’étendait à sa gauche, devant lui et à sa droite. Il décida d’aller inspecter les hommes. Il se dirigea droit vers le QG du colonel Nekar de la Milice Libre. Ce dernier prenait quelques heures de repos mais il rencontra son adjoint, le lieutenant-colonel Saramosc qui tenait le quart du petit jour. Saramosc était un bon soldat, tout comme Nekar, mais celui-ci avait été nommé par le conseil de Piscina à la tête de la Première Ligne de défense de la Milice Libre parce qu’il supplantait Saramosc de seulement trois quartiers de noblesse. Gabriel supposait qu’il devait s’agir d’une obscur arithmétique destinée à calculer la quantité de sang noble courant dans les veines d’un quidam, et se demanda ironiquement ce qu’il advenait lors d’une transfusion sanguine. Toujours était-il que cela nuisait considérablement à la qualité de la coopération entre les deux hommes, et par conséquent cela se ressentait dans toute l’armée qui avait déroulé ses tranchées à ses pieds. Il avait fallu taper d’un grand coup sur la table pour dégripper un peu les rouages de la machine. Saramosc sauta sur ses pieds sitôt qu’il vit le géant en bure os et céramite verte entrer dans sa tente, abrité au creux d’une crevasse. La peur était un puissant accélérateur du zèle des hommes, se dit l’Astartes.

-Lieutenant-colonel Saramosc au rapport, monseigneur lança Saramosc figé dans un garde-à-vous impeccable.

-Je vous écoute, répondit Gabriel, sans lui proposer de se mettre au repos.

-Nos stations d’écoute n’ont relevé aucun signe précurseur. La Quatrième compagnie de reconnaissance quadrille le secteur Epsilon-6 et des éléments de la Cinquième ont même atteint les limites du secteur Khi-14. Pour l’instant le sol est vide d’Orks sur une centaine de kilomètres. Mais j’ai le regret de vous déclarer la perte de la Septième compagnie de Transmission.

-Vous vous moquez de moi, colonel Saramosc ? Vous êtes bien en train de me dire que vous avez « perdu » une compagnie de transmission ?

Saramosc se mit à trembler comme une feuille.

-C’est-à-dire… le colonel Nekar…

-Vos pitoyables excuses ne m’intéressent pas, Saramosc, siffla Gabriel en rapprochant son visage aux traits durs de celui de l’officier. Vous avez huit heures pour les retrouver, ou par le Lion je vous fais tous les deux casser et muter aux latrines, quartiers de noblesse ou non.

-Oui, bégaya avec difficulté Saramosc. Dans huit heures… vous en aurez des nouvelles avant huit heures, oui monseigneur, bien sûr…

Gabriel lui tourna le dos, et ressortit de la crevasse pour marcher le long des lignes. Bien qu’il connût le dispositif par cœur, puisqu’il en était le créateur, il arpenta d’un pas redevenu souple le réseau de tranchées et de boyaux qui zébrait les fortes pentes de la chaîne montagneuse. Cette chaîne n’était pas très élevée, elle était surtout constituée de pitons rocheux effilés au sommet calciné. Les approches de ces derniers étaient arides et présentaient à la fois un dénivelé important et un sol propice à des barrages d’artillerie dévastateurs. L’aube bleutée commençait à céder la place à un jour très clair, tandis qu’elle chassait toujours plus au nord les restes de la nuit d’encre, loin au-dessus du défilé de Koth-Ethan. C’était une parfaite position défensive pour contrer une offensive ork, mais un adversaire puissant et décidé parviendrait malgré tout à passer sur le corps des gardes mal équipés. Les Dark Angels, bien qu’ils eussent pansés leurs plaies et réapprovisionner autant que possible, avaient payés le prix fort pour les pertes extrêmement sévères qu’ils avaient infligées aux forces de Gazkhull Thrakka. Mais ils n’étaient plus assez nombreux pour pallier aux déficiences de la Garde et Gabriel ne doutait pas que, compte tenu de ce que Gazkhull avait été capable de déverser sur Armageddon, il avait en réserves des forces suffisantes pour balayer les défenses de la chaîne de Koth. Il devait acheter du temps, chaque jour qui passait rapprochait le Chapitre de Piscina, et si l’Ork devait savoir que les renforts impériaux finirait par arriver, il devait avoir calculé sa fenêtre d’opportunité en tenant compte de la lenteur caractéristique du Léviathan impérial. Il serait bien surpris par l’arrivée du Roc tout entier dans les dix prochains jours, et les Dark Angels auraient l’opportunité d’anéantir à eux seuls l’un des pires ennemis de l’Humanité, et ramener son gigantesque crâne balafré au Roc pour qu’il intègre enfin sa juste place dans la galaxie.

Mais d’ici-là il devait encore affronter les peaux-vertes, avec à peine une cinquantaine de Dark Angels et une dizaine de scouts, ainsi qu’une armée de va-nu-pieds, peu enthousiastes dans l’ensemble et sous-équipés. Il savait que les survivants ultra-disciplinés dont il avait à présent la charge avait surnommé la ligne de tir FDP « le système PEU : Pas-d’Equipement-Utile » tant il manquait de fournitures : l’arme la plus commune était la pelle de tranchée. « De peu d’intérêt face à un Ork, soupira-t-il. »

Il acheva son tour des positions et le dernier des quatre kilomètres de fortification. L’ouvrage était cependant exemplaire : redoutes, tranchées, positions d’armes lourdes fortifiées et camouflées, batteries d’artillerie pointée et réglée au centimètre près, champs de mines. Il n’avait rien épargné pour rendre cette position inexpugnable. La seule chose qui rendait cette position fragile, c’était le niveau d’équipement et le moral de ses hommes. Piscina n’avait jamais été une planète très industrialisée, et n’aurait été d’aucun intérêt pour les Dark Angels si elle n’avait pas possédé quelques tribus barbares particulièrement féroces sur le grand continent du sud, maintenu en vase-clôt et coupé de tout contact avec la civilisation impériale. La planète payait également une dîme sur toutes ses matières premières au Chapitre, et Gabriel avait eu connaissance depuis qu’il était commandant par intérim qu’elle recelait une usine de traitement du Prométhéum de très grande qualité. C’était un des rares atouts en sa possession.

L’autre, c’était ce qu’il restait de la Troisième Compagnie. Gabriel avait réparti ses hommes tout le long du dispositif, tout particulièrement ses armes lourdes, mais avait gardé trois escouades mobiles pour intervenir à l’endroit critique au bon moment. Ses guerriers étaient peu nombreux, mais leur ténacité proverbiale compensait leur faible nombre et suffirait pour un temps à faire pencher la balance. Mais pour combien de temps ?

Quoiqu’il en fut, les choses étaient claires : qu’ils vivent ou qu’ils meurent, ses compagnons comme lui-même tiendraient jusqu’à la dernière goutte de sang, car chacune d’elle était une minute de plus achetée. L’important n’était pas que la position tienne, l’important était qu’elle tienne le plus longtemps possible. La défaite de Gazkhull était inéluctable, Gabriel en était persuadé, et il lui importait peu de la voir ou non.

Les miliciens le regardaient avec un mélange de crainte et de confiance depuis les boyaux qu’ils avaient creusés. Gabriel nota avec contentement que le sentiment général qu’il avait saisi une heure plus tôt n’était pas le fruit de son imagination. L’appréhension n‘avait évidemment pas disparue, mais les hommes lançaient des plaisanteries moins morbides et les rires étaient plus francs. Malgré le système PEU à peu près universel dans les compagnies, il sentait que peu à peu ces hommes et ces femmes se construisaient comme un véritable instrument de combat, comme une machine de guerre efficace.

Satisfait de son inspection matinale, Gabriel revint au tableau de contrôle du Rhino de commandement. Il s’agissait maintenant de s’atteler aux problèmes de stratégie. Il consulta les nouveaux rapports, brefs et peu nombreux. Aucun Ork dans un rayon de trois jours de marche au nord. En apparence, c’était bon signe, mais Gabriel savait depuis longtemps aller au-delà des apparences. Gazkhull était une brute pleine d’une malignité vicieuse, ce qui en faisait un grand chef de guerre Ork. Sa vision de la stratégie n’était guère intelligible par les généraux de scriptorium impériaux, et sans douce « malignité vicieuse » était le concept qui s’en rapprochait le plus, mais elle produisait des pensées et des résultats redoutables. Le Dark Angel avait eu le temps de prendre toute la mesure de la menace que représentait l’Ork en compulsant les données qu’il avait pu rassembler sur lui.

Du moins avait-il déjà déjoué une partie de ses plans. A en juger par les attaques orks, tout ce qui était susceptible de leur fournir de l’énergie était la cible de leurs prédations. Les assauts acharnés sur la centrale de Kadillus Harbour lui avaient laissé suspecter la chose, car plutôt que de mettre au pillage les ateliers du Méchanicum présents dans la capitale dévastée par deux semaines de combats de rue, les Orks avaient concentré tous leurs efforts sur la centrale. Les Gorges de Barall et leur centrale hydromotrice était aussi tombée entre leurs mains. C’est pourquoi Gabriel avait dérouté les renforts de la Milice libre qui se dirigeaient vers Kadillus pour la chaîne de Koth : elle barrait l’accès au seul réacteur nucléaire de la planète. A quoi pouvait bien servir toute cette énergie aux Orks, Gabriel n’en savait rien, mais il avait chargé de le découvrir le plus compétent des Dark Angels pour cette mission : le sergent Naaman.

Gabriel avait été extrêmement heureux de retrouver celui qui avait été son instructeur durant ses années de noviciat lorsqu’il avait pris le commandement des Dark Angels survivants. Jusqu’à présent il n’avait pas été mis au courant par Belial que c’était le sergent Naaman qui s’occupait de trouver des recrues pour le Chapitre parmi les tribus du sud. Et de fait, les Dark Angels étant restés cantonnés à proximité de la cathédrale qu’ils avaient bâtie voici des siècles, il lui aurait été difficile de le croiser. Il avait été rappelé de toute urgence par Belial quand l’invasion ork avait pris de l’ampleur, mais jusqu’à présent toutes les reconnaissances qu’il avait menées ainsi que celle de l’escadron de la Ravenwing qui était à sa disposition étaient restées vaines.

A l’heure actuelle, il ne lui restait plus comme ressource que la dizaine de scouts emmenée par le prestigieux instructeur, puisque la Ravenwing a été annihilée au cours d’une audacieuse action retardatrice, l’Empereur les ait en Sa sainte garde. Mais elle n’était pas l’unité idéale pour cette mission. Bien sûr, leur rapidité était sans égale, mais on ne pouvait pas parler de furtivité pour de tels moteurs, et l’escouade Naaman était au contraire la plus à même de s’infiltrer jusqu’au point de débarquement des Orks. Une fois qu’il l’aurait localisé, Naaman avait ordre de rester camouflé jusqu’à ce que le Roc arrive, et il pourrait guider la quasi-totalité de la Deathwing sur place pour anéantir cette source d’approvisionnement pendant que Gazkhull allait se fracasser sur la Chaîne de Koth. Il n’aurait pas le temps de revenir, et une fois coupé de ses ressources et de son moyen de sortie, l’Ork devenu proie ne pourrait plus échapper à la mort des mains des Dark Angels.

Un point néanmoins causait du trouble à l’Astartes : si chaque jour ses troupes recevaient un peu plus de matériel et gagnait un peu plus en cohésion, chaque jour qui passait était aussi une occasion pour Gazkhull d’accumuler encore plus de forces. Or, si pour l’instant le moral était bon parmi les miliciens, Gazkhull savait certainement qu’à mesure que le temps s’écoulait, les hommes finiraient par se rendre compte que le délai qu’il leur accordait n’était plus tant pour refaire ses rangs que pour percevoir encore plus de moyens de destruction. L’Ork était un malin et il savait que les jours qui suivraient seraient des jours de trop pour les troupes locales. Il leur fallait un bon combat victorieux, pour capitaliser sur cette hausse et lui donner une assise solide. Gazkhull manifestement en était aussi conscient que Gabriel et il entendait bien en profiter. Or il était maître du jeu, il avait l’initiative de déclencher ou non cette bataille, tandis que l’Imperium était forcé de rester sur la défensive et d’attendre les coups avec vigilance. Par conséquent, même si Gabriel ne doutait pas un instant que le sort des armes soit finalement favorable aux Dark Angels, il ne doutait guère non plus qu’il ne serait plus vivant pour le voir, car plus les jours fileraient, moins paradoxalement l’on pourrait compter sur la Milice libre pour tenir efficacement la ligne. Mais il n’avait pas le choix et pour l’instant il devait souffrir sa loi.

*

Et en effet les jours passèrent, il s’en écoula encore trois avant que les éléments de reconnaissance avancés ne signalent l’approche d’une myriade d’orks, à pieds ou en véhicules. Le jour suivant, plusieurs accrochages se déroulèrent en amont du défilé de Koth-Ethan et les Orks percèrent l’écran que Gabriel avait disposé en plusieurs endroits. Ou plus exactement ils percèrent là où Gabriel avait décidé qu’ils le feraient, sacrifiant cyniquement quelques unités de valeur moindre pour guider les Orks vers les gorges et éviter qu’ils ne tentent de s’emparer des crêtes et des rares chemins qui pouvaient emmener jusqu’aux positions impériales. De toutes manières, ces avant-postes ne pouvaient qu’infliger des piqures de moustiques aux colonnes orks, et n’entraveraient certainement pas leur progression, manière encore d’inciter les orks à délaisser les hauteurs pour se concentrer sur leur objectif principal : le cœur nucléaire de Koth-Emrshan. Enfin, le cinquième jour, les postes d’écoute détectèrent les Xenos à moins de cinq heures de marche de la première tranchée impériale.
Gabriel était néanmoins assez surpris d’une chose : les Dark Angels avaient abandonné la maîtrise de l’espace aérien aux Orks, ne voulant pas exposer leur dernier Thunderhawk, beaucoup trop précieux, et les FDP locales n’avaient pas d’aviation. Pourtant aucun appareil ork ne passait dans les cieux, à croire que cela non plus ne les intéressait pas. Etonnement, le ciel restait vierge alors que dans toutes les campagnes que Gabriel avait du mener contre des Orks, il était encombré des traînées noirâtres de leurs moteurs rudimentaires. Gabriel commençait à suspecter un autre mauvais coup de Gazkhull.

C’est la sirène d’alarme qui retentit dans la nuit noire qui suivit qui lui donna une partie de la réponse. Leur hululement sinistre ne parvenait pas à couvrir le grondement sourd et terrible qui gagnait progressivement en puissance jusqu’à recouvrir toute la chaîne, alors que Gabriel se hâtait vers la crevasse qui abritait l’Etat-major. Les projecteurs balayèrent les flancs de la montagne mais ne découvrirent rien. Soudain, Gabriel eu l’intuition qu’ils ne cherchaient pas au bon endroit.

-Colonel Nekar, orientez vos projecteurs vers le ciel, immédiatement.

L’officier acquiesça, et se rua vers son téléphone de campagne pour aboyer un ordre d’une voix rauque. Un instant plus tard, les doigts de lumière dévièrent vers les cieux, et sur trois kilomètres le même cri de stupeur s’éleva. Ils étaient là. Des centaines d’espèces d’engins volants à double rotors recouvraient le ciel. Ils étaient des milliers. Gabriel, le plus vif, fut le premier à réagir. En deux pas, il était près de la console de commandement, s’empara du combiné et hurla :

-Ici Fère Gabriel, priorité. A toutes les batteries antiaériennes, feu à volonté !

La chaîne de Koth fut noyée dans un maelström de départ de coups et une double pyramide inversée se déploya dans les airs. Les obus traçants se ruaient à l’assaut des cieux et en un clin d’œil, le ciel s’embrasa dans une multitude de petites explosions. Gabriel, prévoyant des raids aériens sur ces positions, avait concentré pratiquement tout ce que Piscina comptait comme unités de DCA, et à présent ces dernières déversaient un enfer de shrapnel, comme s’il avait été trop longtemps contenu. Très vite, ce fut l’apocalypse dans les airs. La Chaîne de Koth résonnait du fracas des milliers de détonations successives des pièces d’artillerie, des explosions des obus et des explosions encore plus grosses des appareils orks. Ces derniers étaient durement frappés. Certains étaient tout simplement pulvérisés et éclataient en une boule de feu, petite étoile éphémère qui éclairait les alentours comme en plein jour. D’autres tombaient comme des pierres, vomissant une épaisse fumée noire, leurs morceaux se détachant durant leur course folle vers le sol. Certains partaient en vrille, un rotor arraché. De temps à autres l’un d’entre eux entrait en collision avec un voisin et leur débris mêlés finissaient par s’écraser dans les montages.

Durement frappée, la première vague fut pratiquement anéantie en trois minutes. Des Orks tombaient, déjà morts ou gesticulant comme des pantins dans leur chute avant de rencontrer le sol avec le bruit mat d’un fruit trop mûr. De temps à autres, on voyait certains peaux-vertes se jeter dans le vide avant d’enclencher ici une fusée dorsale, là une espèce de parachute primitif. Mais rares étaient ceux qui parvenaient à se tirer d’affaire de cette manière, et plus rares encore étaient ceux qui parvenaient à atterrir vivants. Et même ceux-là étaient vite neutralisés sans qu’ils n’aient rien accomplir de sérieux.

La deuxième vague fut éparpillée en à peine plus longtemps. Mais elle donna plus de fil à retordre aux troupes impériales. En effet le Boss qui devait les mener avait sans doute pris sur lui d’ordonner le débarquement avant le point prévu et la nuit se trouva éclairée par des milliers de petites étoiles supplémentaires alors que les Orks sautaient hors de leurs étranges appareils et allumaient leurs fusées dorsales.

Les obus explosifs délaissèrent les transports pour focaliser leur attention sur les nouveaux assaillants mais les premiers shrapnells eurent à peine commencé à prélever leur lourd tribut parmi les peaux-vertes qu’une nouvelle menace, plus urgente, les accapara : deux à trois-cent Kopters orks apparurent en rase-motte. A leur tour, ils se fracassèrent sur la barrière de feu tissée par les batteries antiaériennes mais pendant ce temps les Shockboyz, trop nombreux pour être repoussés par les miliciens mal équipés, se posèrent parmi les boyaux et se ruèrent à l’attaque. Les cris sauvages d’un corps à corps sanglant emplirent la chaîne.

-Escouades d’assaut, en avant ! rugit Gabriel dans son communicateur.

Lui-même sortit en trombe de la crevasse après avoir ordonné de maintenir le feu antiaérien aussi longtemps que nécessaire, priant pour que le volume de munitions qu’il avait veillé à entasser pour ces batteries suffise, et fonça vers le corps à corps le plus proche. Des langues de feu déchiraient la nuit et dessinaient des silhouettes inquiétantes. Le vacarme était total, les officiers rugissaient leurs ordres mais n’étaient guère entendus que de leurs hommes les plus proches. Soudain, un appel de clairon éclata, et une grande clameur venue de la gauche lui fit écho. Gabriel détourna la tête pour voir l’incroyable : en rang compact, serrés, les hommes chargeaient, armés de pelles, de fusils, de leur simple baïonnette ou même de gourdins. Cette masse culbuta les corps à corps, et renversa les Orks tout surpris qu’un adversaire bien connu pour sa couardise puisse les assaillir avec tant de force.

Cette charge renversa les Orks et le cours de la bataille. Les peaux-vertes furent balayés, d’autant que les escouades de Dark Angels s’ingéniaient à éliminer les leaders Nobz qu’ils pouvaient repérer dans ces combats éparpillés. Bientôt, l’assaut Ork qui n’avait pas brillé pour sa cohérence d’ensemble fut brisé, ses chefs abattus les uns après les autres afin d’empêcher les Orks d’organiser une riposte ou de coordonner leurs efforts, et ils commencèrent à refluer, d’abord pied à pied puis de plus en vite. Leur effectif fondit comme neige au soleil, et si certain, plus vifs que d’autres, essayèrent bien d’allumer leur ersatz de réacteur dorsal pour filer, ce ne fut que pour être malgré tout déchiqueté par la mitraille.

Au petit matin, tout était terminé. Les corps des Orks étaient entassés en de multiples endroits puis incinérés, d’autres étaient simplement jetés dans les brasiers qui résultaient de la bataille ou qui ravageaient les carcasses des bricolages orks abattus durant la nuit. Couvert de sang, Gabriel revint à son Rhino de commandement. Un serviteur lui tendit un rapport rédigé sur un fragment de parchemin, et lui proposa un rafraîchissement. Gabriel fit un signe de tête, prit le rapport et le parcourut pendant que le serviteur allait chercher de quoi l’alimenter. Il le trouva avec un profond sourire de satisfaction sur le visage : seulement deux Dark Angels de plus avaient donné leur vie pour Piscina, et si une dizaine d’autre souffraient de blessures légères, un seul d’entre eux requéraient les soins urgents et appliqués de Gidéon.

Le fils du Lion dévora les quelques provisions que lui avait apporté son serviteur, pendant que ce dernier réparait et nettoyait son armure des fluides visqueux qui la maculait. Puis, l’ayant revêtu à nouveau, il alla droit au Quartier Général de la Milice. Il entendit la violente algarade qui s’y déroulait vingt-cinq mètres avant d’y pénétrer. Et lorsqu’il y entra, il ne put que mesurer l’étendue des dégâts. Nekar et Saramosc s’insultaient si copieusement qu’ils ne remarquèrent même pas que Gabriel était parmi eux. Rangés de part et d’autre de la crevasse, les gardes du corps des deux officiers se dévisageaient les uns les autres, la main sur la sécurité de leurs armes, prêts à se ruer au combat au moindre geste équivoque. Aussitôt que les gardes s’avisèrent de sa présence, ils prirent un garde-à-vous tellement rigide qu’ils devaient presque loucher pour continuer à se défier entre eux d’un regard haineux. Nekar et Saramosc prirent soudainement conscience que quelque chose n’allait pas, jetèrent un coup d’œil à la ronde, aperçurent Gabriel dont les bras croisés sur la poitrine et l’air extrêmement désapprobateur annonçait une tempête cent fois plus forte, et se turent, fixant le sol comme deux enfants penauds.

-J’ose croire que vous avez une explication à me fournir ? dit Gabriel d’une voix glacée. Commençons par l’officier le plus élevé.

Le colonel Nekar déglutit avec difficulté, puis bredouilla :

-Je faisais valoir au lieutenant-colonel Saramosc que sa conduite intempestive avait peut-être mis les Orks en déroute mais qu’elle m’avait coûté extrêmement cher : j’y ai perdu ma deuxième compagnie d’infanterie et la moitié de la quatrième. Cette charge a totalement dégarni mon flanc gauche et j’ai reçu de plein fouet l’attaque de deux escadrons d’engins volants orks. Ce ne serait pas arrivé si mon flanc gauche avait été couvert.

-Nos pertes auraient été beaucoup plus élevées si je n’avais pas mené cette attaque. Dans cette obscurité nos troupes étaient isolées et peu capables de se soutenir mutuellement, les Orks auraient été bien plus difficile à contenir, sans parler de les éradiquer. C’était la meilleure solution. Et monseigneur, ajouta-t-il avec un signe de tête en direction de Gabriel, aurait perdu plusieurs Frères car eux seuls étaient en mesure de nous sauver.

Gabriel ne répondit rien. Il n’aima pas être impliqué dans cette querelle par Saramosc. Il se trouvait obligé d’intervenir, mais il aurait préféré que Saramosc ne le cite pas, afin de sauvegarder l’apparence d’un jugement objectif et impartial. Ce crétin avait tout fichu par terre en voulant prendre appui sur lui et obtenir sa caution. Mais quoiqu’il en fût, sa décision était arrêtée depuis que Nekar avait ouvert la bouche pour déverser sa malveillance. Il cherchait à briser son second et s’était servi de cette action comme d’un prétexte pour le faire sortir de ses gonds, et obtenir une bonne raison de le traduire en cour martiale. Mais Gabriel était devenu de fait le Seigneur Protecteur de Piscina, puisqu’il se trouvait à présent à la tête des Dark Angels et que la planète était leur protectorat. Il avait la haute main sur toutes les décisions, et si jusqu’alors il avait laissé les instances autonomes mener les affaires comme elles l’entendaient afin de se concentrer sur les questions militaires, il était temps de reprendre les rennes : la bonne conduite de l’armée en dépendait et la guerre ne pourrait être gagnée si l’état-major était à couteaux-tirés. Il regarda d’un œil sévère et impersonnel les deux officiers, qui sentirent que quelque chose de grave allait se passer, et attendaient le verdict avec anxiété. La tension, qui n’avait pas vraiment décru, était à présent littéralement palpable.

-Messieurs, en tant que Seigneur Protecteur de Piscina, par les présentes je nomme le lieutenant-colonel Saramosc général en chef des forces armées de Piscina, promotion avec effet immédiat. Colonel Nekar, vous êtes déchu, cassé et renvoyé ignominieusement de l’armée. Vous avez un quart d’heure pour avoir quitté le camp, après m’avoir rendu vos armes et vos galons.

A l’instant même où il prononçait ces mots, ce fut comme si le ressort vital du colonel se brisait. Il le vit blêmir, se décomposer, puis prendre appui sur une console pour absorber le coup. Gabriel porta l’estocade finale.

-Hors de ma vue, avec vos fiers à bras. Vous n’avez rien à faire en ce lieu, citoyen.

Nekar, vaincu, écrasé, disloqué, sortit de la crevasse en titubant, et ses gardes du corps le soutinrent jusqu’à sa tente. Gabriel le regarda partir, puis s’apprêta à faire de même lorsque derrière lui Saramosc l’appela timidement :

-Monseigneur, je…

Gabriel le coupa en levant la main droite d’un geste sec, se retourna à moitié et lui lança :

-Epargnez-moi vos remerciements et concentrez-vous sur vos nouvelles fonctions, ce sera du temps mieux utilisé.

Le nouveau généralissime se mit au garde-à-vous, mais Gabriel ne le remarqua même pas tandis qu’il quittait le PC. Il savait qu’il avait agit pour le mieux. Il n’avait aucun remord, même si il avait du casser un officier méritant, et Neckar était un officier très méritant. Gabriel avait un certain respect pour le mérite militaire, mais le bien de la mission passait avant tout. Pour que Gazkhull soit défait, il fallait que l’armée tienne, et elle ne tiendrait jamais si ses deux chefs se faisaient la guerre entre eux. Saramosc n’avait pas les mêmes états de service que Nekar, c’était indéniable, et peut être n’était-il pas aussi habile que lui à dresser un aussi solide réseau de tranchées. Mais contrairement à lui, Saramosc avait le sens de l’instant opportun, et la nuit dernière, il était clair qu’il avait pris la bonne décision, et il avait tout à fait raison. Ce n’était sans doute pas un génie terrassier, mais il était entreprenant et c’était sans doute plus important. Surtout, la raison essentielle pour laquelle Gabriel avait décidé de le remplacer était que cette charge massive aurait été impossible sans que ses hommes l’adorassent. Etre capable d’emmener autant de soldats mal équipés au corps à corps contre des Orks signifiait qu’il avait su gagner une confiance absolue de la part de ses troupes, et dans les temps sombres qui s’annonçaient, c’était encore la meilleure garantie de victoire.

Gabriel réintégra ses quartiers, et saisit le macabre rapport final des pertes de la Milice libre. Elles étaient conséquentes, mais elles auraient put être désastreuses. Plus inquiétant, les batteries de DCA signalaient un stock de munitions dramatiquement bas. Gazkhull avait-il sciemment sacrifié plusieurs milliers de boyz et des quantités délirantes de matériel pour obtenir ce résultat ? C’était possible. L’Ork avait l’expérience de sa longue guerre d’Armageddon derrière lui pour connaître et redouter l’efficacité des armes anti-aériennes de l’Imperium lorsqu’elles étaient braquées sur des cibles rapides mais mal protégées comme l’étaient la plupart des véhicules orks. Quoiqu’il en soit, les faits étaient là. Gabriel était à présent obligé de répondre très rapidement à cette question cruciale : devait-il ordonner à ses redoutables batteries de garder le silence lors de la prochaine attaque peau-verte, en considérant que l’Ork avait gardé en réserve de quoi constituer une nouvelle vague d’assaut aérien ? Et où étaient ses chasseurs-bombardiers ? D’un autre côté, il pouvait aussi s’agir d’un bluff de sa part, destiné à tromper Gabriel sur ses intentions en lui faisant attendre une nouvelle attaque aérienne qui n’arriverait jamais, faute de moyens. Gazkhull était-il aussi malin que ça ? C’était un pari très risqué que de le croire. Mais où étaient ces damnés avions ? Après quelques instants de réflexion supplémentaire, Gabriel avait pris sa décision. Ces avions étaient absents parce qu’ils n’existaient pas. Les Orks avaient manifestement optés pour une forme originale et inédite de débarquement planétaire, que Gabriel ne comprenait pas et qu’il manquait encore à découvrir. Mais cette stratégie diabolique les avait sans doute obligés à délaisser le matériel lourd, ce qui expliquait qu’ils n’avaient pas d’avions et étaient montés à l’attaque avec ces bricolages improvisés la nuit dernière. Ceci expliquait aussi pourquoi il n’avait pas vu de véhicules pesants hormis quelques chars récupérés parmi ceux qu’avaient abandonnés les miliciens. Ni d’ailleurs de titans, ou de marcheurs super-lourds. Gabriel ne pouvait être certain que Gazkhull n’avait pas gardé quelques appareils de transport en réserve, mais le nombre incroyable qu’il en avait détruit durant la nuit l’incitait à le penser, et son intuition l’y encourageait plus encore. Il choisit de l’écouter une fois encore, et jusqu’ici cela lui avait presque toujours été favorable.

« En tous cas, pensa Gabriel avec le sourire, les pertes subies vont donner le temps aux autres de s’équiper sur les morts, et peut-être même aurons-nous le temps de recevoir un convoi de ravitaillement avant la fin du jour, voire la première attaque ! »

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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Lun 30 Sep 2013 - 10:29

S'il te plaît MFT, la suite...
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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Lun 30 Sep 2013 - 12:37

Malheureusement elle n'est pas encore écrite et pour l'instant je n'ai pas le temps ni la force de l'écrire Wink

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Le fusil laser est au Garde Impérial ce que le préservatif est à l'amour : il ne sert jamais qu'une fois.
Le fusil laser est la meilleure arme de l'univers : il n'est jamais rechargé. La preuve, personne ne l'a jamais fait !
Le fusil laser est la seule arme de l'univers qui soit une arme jetable. C'est plus pratique pour courir.
Le fusil laser est, de tout l'arsenal de la Garde Impériale, l'arme qui a le meilleur taux de rendement. Avec lui, tout le monde se rend.
Un jour Chuck Norris a tué quelqu'un avec un fusil laser (il frappait avec la crosse).


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alino
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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   Jeu 13 Fév 2014 - 10:25

Franchement ces txtes cont dignes de Black Library je suis un fan de l'univers 40k et je lis beaucoup de space marines battle. Cette histoire est vraiment très bien écrite et captivante. Quelques fautes d'orthographe de ci de là mais rien de grave. Et comme le dit si bien technaugure depuis le début on attend la suite avec impatience. Tu as vraiment du talent et de l'imagination Smile tu donnes carrément vie à un chapitre !
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MessageSujet: Re: L'Ange Gabriel   

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